Plans cotés, coupe et emplacement des deux Temples
Aucun des deux Temples de Jérusalem n’a laissé de vestige de son sanctuaire. Du premier, il reste une description dans les livres des Rois et des Chroniques ; du second, rebâti par Hérode, il reste l’immense esplanade, ses murs de soutènement et quelques inscriptions, plus deux descriptions qui ne concordent pas : celle de Josèphe et celle du traité Middot de la Mishna. Ce module réunit ce que l’on peut dessiner à partir de ces textes — plans à l’échelle, coupe, emplacement —, en distinguant toujours ce que le texte donne de ce que l’architecte restitue.
Un lieu disputé L’esplanade du Temple est aujourd’hui le Haram al-Charif, troisième lieu saint de l’islam, et l’un des points les plus sensibles du conflit israélo-palestinien. Ce module en traite comme d’un objet d’histoire de l’architecture et de la halakha ; les questions politiques actuelles relèvent d’autres cadres et n’y sont pas tranchées.
1. Ce que donnent les textes
Source
Temple décrit
Nature de la description
1 R 6-7
Temple de Salomon
Mesures intérieures, matériaux, mobilier ; pas d’épaisseurs de murs ni de plan de la cour
2 Ch 3-4
Temple de Salomon
Reprise des Rois avec des variantes (vestibule de 120 coudées, voile, autel de 20 × 20)
Éz 40-48
Temple idéal, en vision
Le plan le plus complet de la Bible, mesuré à la canne, avec portes, cours et chambres ; jamais construit
Josèphe, Antiquités XV, 380-425 ; Guerre V, 184-247
Temple d’Hérode
Témoin oculaire ; dimensions en stades et en coudées, portiques, inscriptions d’avertissement
Mishna, traité Middot
Temple d’Hérode, de mémoire
Mesures en coudées de chaque cour et de chaque porte ; rédigé plus d’un siècle après la destruction
2. Le Temple de Salomon : plan et coupe
Plan à l’échelle, en coudées, d’après 1 Rois 6 : vestibule de 10 × 20 coudées, grande salle de 40 × 20, Saint des saints de 20 × 20, ceints de chambres latérales ; les deux colonnes devant l’entrée. Les épaisseurs de murs et la profondeur des chambres sont restituées.
Le plan est tripartite, en enfilade d’est en ouest : un vestibule (oulam) de 20 coudées sur 10, une grande salle (hekhal) de 40 sur 20, et une salle du fond (devir), cube de 20 coudées. Le tout mesure 60 coudées sans le vestibule, 30 de haut. Trois niveaux de chambres latérales (yatsia) entourent le bâtiment ; chacune est en retrait sur la précédente, de sorte que les poutres ne s’encastrent pas dans le mur du sanctuaire (1 R 6,6). Avec une coudée commune de 0,45 m, la grande salle mesure 18 mètres sur 9, haute de 13,5 : un édifice modeste, comparable aux temples royaux syriens, non un monument colossal.
Lecture des plans. Mesures intérieures selon le texte, en coudées ; épaisseurs de murs, profondeur des chambres et emplacement des baies restitués d’après Ézéchiel 41 et les parallèles d’Ain Dara et de Tell Tayinat. Échelle graphique en coudées et en mètres.
La coupe
Coupe à l’échelle : grande salle haute de 30 coudées, éclairée par des fenêtres hautes au-dessus des chambres latérales ; Saint des saints cubique de 20 coudées sous la même toiture ; colonnes de 18 coudées portant des chapiteaux de 5.
La coupe montre ce que le plan cache : le Saint des saints est un cube de 20 coudées sous une toiture qui en a 30. Le texte ne dit pas comment l’écart est traité ; les restitutions placent soit un plancher surélevé, soit — comme ici — un plafond plus bas avec un espace au-dessus. Les fenêtres de la grande salle sont nécessairement hautes, au-dessus du troisième niveau des chambres.
3. Le Temple hérodien selon la Mishna
Plan à l’échelle d’après la Mishna : parvis des femmes de 135 coudées de côté, quinze marches jusqu’à la porte de Nicanor, cour de 187 × 135 coudées divisée en parvis d’Israël, parvis des prêtres, autel de 32 coudées, et sanctuaire de 100 coudées en façade, de profondeur et de hauteur.
Hérode reconstruit le sanctuaire à partir de 20/19 avant l’ère commune et agrandit l’esplanade en la portant à près de 15 hectares, sur des murs de soutènement dont le Mur occidental est un tronçon. La Mishna en donne un plan mesuré : une cour extérieure, le parvis des femmes de 135 coudées de côté, quinze marches semi-circulaires — sur lesquelles les lévites chantaient les quinze cantiques des montées — jusqu’à la porte de Nicanor, puis la cour (azara) de 187 coudées sur 135, divisée en parvis d’Israël, parvis des prêtres, autel de 32 coudées de base, et le sanctuaire de 100 coudées en façade, en profondeur et en hauteur. L’intérieur reprend les proportions de Salomon : 40 coudées pour le hekhal, 20 pour le devir, séparés par deux rideaux (m. Yoma 5,1).
Ce qui en reste. Les murs de l’esplanade et leurs pierres de taille ; l’arche de Robinson et l’arche de Wilson, qui portaient des accès à l’ouest ; les portes de Houlda au sud, murées ; une pierre portant l’inscription « vers le lieu de la sonnerie [de trompette] », tombée de l’angle sud-ouest ; deux exemplaires de l’inscription grecque interdisant aux non-juifs, sous peine de mort, de franchir la balustrade intérieure, que décrit Josèphe.
4. Où se trouvait le sanctuaire ?
L’esplanade hérodienne, devenue le Haram al-Charif, sur coordonnées géographiques ; le carré de 500 coudées du traité Middot ; et trois hypothèses sur l’emplacement du sanctuaire : sur le Rocher (L. Ritmeyer), au nord (A. Kaufman), au sud (T. Sagiv).
La position exacte du sanctuaire sur l’esplanade est inconnue. Trois hypothèses principales s’affrontent. Pour la majorité des chercheurs, dont Leen Ritmeyer, le Saint des saints se trouvait sur le Rocher qu’abrite le Dôme du Rocher, et le carré de 500 coudées de la Mishna correspond à l’esplanade pré-hérodienne, dont une marche subsisterait au nord-ouest de la plate-forme. Asher Kaufman a proposé un emplacement plus au nord, à une centaine de mètres, près du petit Dôme des Esprits ; Tuvia Sagiv, un emplacement plus au sud, près de la fontaine d’al-Kas. La question a une portée halakhique directe : elle détermine où un juif qui monte sur l’esplanade risquerait d’entrer dans la zone interdite.
5. La visite en trois dimensions
Une visite 3D du Temple de Salomon permet de parcourir l’édifice à l’échelle : la cour, l’autel, les colonnes, le vestibule, la grande salle et le Saint des saints. Elle repose sur les mêmes mesures que ces plans.
La mahloket
Faut-il reconstruire le Temple ?
La prière quotidienne demande le rétablissement du service du Temple ; Maïmonide range sa construction parmi les commandements ; Rachi enseigne que le troisième Temple descendra tout bâti du ciel. Le Grand Rabbinat interdit depuis 1967 de monter sur l’esplanade ; des groupes militent pour y prier ; les courants libéraux ont retiré ces demandes de leur liturgie. La question posée aux sept voix — en tant que question religieuse.
Le Beit Midrash classique
La tradition est claire sur l’espérance et prudente sur les moyens. Maïmonide compte la construction du sanctuaire parmi les commandements et l’attribue au roi messie (Hilkhot Melakhim 11,1). Rachi, sur Soukka 41a, enseigne que le Temple futur sera construit par le Ciel. Entre les deux, on prie, et l’on attend. Ce n’est pas une affaire de pierres qu’un groupe déciderait de poser.
Orthodoxie moderne
L’orthodoxie moderne suit dans sa grande majorité le Grand Rabbinat : l’emplacement exact du sanctuaire est inconnu, l’impureté du mort ne peut être purifiée faute de vache rousse, et monter sur l’esplanade risque la transgression. Elle relève que le débat sur l’emplacement — Ritmeyer, Kaufman, Sagiv — n’est pas académique : il commande la halakha. Une minorité, qui s’appuie sur des mesures, permet de monter dans des zones jugées sûres.
Monde haredi et litvak
Il est interdit de monter sur la montagne, et il est interdit de hâter la fin. Le Temple sera rebâti quand Dieu le voudra, par le messie. Ceux qui veulent le préparer de leurs mains ignorent les serments et mettent Israël en danger. Nous pleurons la destruction le 9 av, et nous ne jouons pas avec la montagne.
Hassidisme
Le hassidisme dit que chaque juif est un sanctuaire, et que la chekhina habite au-dedans de ceux qui la reçoivent (lecture d’Ex 25,8 : « je demeurerai au milieu d’eux », non « au milieu de lui »). Le Temple reviendra ; en attendant, la maison d’étude et la table du chabbat sont des sanctuaires réduits (miqdach meat, Éz 11,16). Ce que l’on peut construire maintenant, c’est cela.
Massorti
Historiquement, le judaïsme rabbinique s’est construit sans Temple et a remplacé les sacrifices par la prière, l’étude et les œuvres de bonté (Avot de-Rabbi Nathan A 4). Le judaïsme massorti a modifié les passages qui demandent le rétablissement des sacrifices, en gardant le souvenir du Temple. Il tient que l’espérance d’un lieu de rencontre avec Dieu à Jérusalem ne passe pas par le retour des sacrifices animaux.
Réformé et libéral
Le judaïsme réformé a retiré de sa liturgie dès le XIXe siècle les demandes de rétablissement du Temple et des sacrifices, et il tient que la synagogue en est l’héritière. Il s’inquiète des mouvements qui veulent reconstruire, en raison de leurs conséquences sur la paix et sur le respect d’un lieu saint pour d’autres. Il rappelle que les prophètes ont souvent relativisé le Temple lui-même (Jr 7).
Monde séfarade et mizrahi
Toutes les communautés ont gardé des gestes de deuil, et la tradition séfarade y tient avec une rigueur particulière : on laisse un pan de mur non enduit dans sa maison, on brise un verre au mariage, et l’on déchire son vêtement en voyant pour la première fois le lieu du Temple. Ces gestes disent une attente qui ne se traduit pas en programme. Le rabbin Ovadia Yossef a soutenu l’interdiction de monter sur l’esplanade.
Où en est la discussion
Toutes les voix gardent l’espérance du Temple, et la plupart refusent d’en faire un programme. La voix classique confie la construction au messie ou au Ciel. L’orthodoxie moderne suit l’interdiction de monter, que l’incertitude sur l’emplacement justifie. La voix haredi refuse de hâter la fin. Le hassidisme parle du sanctuaire réduit. La voix massorti garde le souvenir sans les sacrifices. La voix réformée voit dans la synagogue l’héritière du Temple. La voix séfarade rappelle les gestes du deuil. Justin note que la théologie chrétienne du Temple s’est construite sur la même absence.
Hypothèses de travail — mémoire et thèse
Quatre pistes formulées de manière falsifiable.
H1. Le vestibule de 120 coudées
Master
Critique textuelle
12-18 mois
Hypothèse. Le chiffre de 120 coudées de 2 Ch 3,4 résulte d’une erreur de transmission, attestée par des témoins textuels qui portent 20, et non d’une conception du vestibule comme tour.
État de la question
La Septante (Codex Alexandrinus) et la Peshitta portent 20 ; le débat porte sur la priorité.
Corpus
2 Ch 3,4 en hébreu, grec et syriaque ; 1 R 6,3 ; restitutions de type tour (Busink).
Méthode
Critique textuelle et analyse architecturale.
Ce qui la réfuterait : Des témoins anciens unanimes en faveur de 120.
H2. Middot et Josèphe
Doctorat
Histoire / littérature rabbinique
3-4 ans
Hypothèse. Les divergences entre Middot et Josèphe sur les dimensions du Temple hérodien s’expliquent par la visée idéale de Middot, qui harmonise le Temple avec Éz 40-48.
État de la question
La thèse est discutée (Levine, Patrich).
Corpus
m. Middot ; Josèphe, Antiquités XV et Guerre V ; Éz 40-48.
Méthode
Comparaison systématique des dimensions.
Ce qui la réfuterait : Des divergences sans rapport avec Ézéchiel.
H3. La marche du carré de 500 coudées
Doctorat
Archéologie
3-4 ans
Hypothèse. La marche taillée dans le rocher au nord-ouest de la plate-forme du Dôme du Rocher est le seul vestige visible de l’enceinte pré-hérodienne de 500 coudées.
État de la question
L’hypothèse de Ritmeyer est influente et discutée.
Corpus
Relevés de Ritmeyer ; relevés de Warren et Wilson (XIXe s.) ; m. Middot 2,1.
Méthode
Analyse des relevés et de l’orientation.
Ce qui la réfuterait : Une datation postérieure de la marche.
H4. L’inscription d’avertissement
Master
Épigraphie
12-18 mois
Hypothèse. Les deux exemplaires de l’inscription interdisant l’accès aux non-juifs correspondent à la description de Josèphe et attestent une limite physique — la balustrade (soreg) — que la Mishna situe au même endroit.
État de la question
Les inscriptions sont publiées (1871, 1935) ; leur emplacement d’origine est discuté.
Corpus
Inscriptions du Musée archéologique d’Istanbul et du Musée Rockefeller ; Josèphe, Guerre V, 193-194 ; m. Middot 2,3.
Méthode
Confrontation épigraphique et textuelle.
Ce qui la réfuterait : Une incompatibilité entre les sources.
Bibliographie sélective
Ouvrages de référence
Busink, Theodor A. Der Tempel von Jerusalem von Salomo bis Herodes. 2 vol. Leyde : Brill, 1970-1980.
Ritmeyer, Leen. The Quest: Revealing the Temple Mount in Jerusalem. Jérusalem : Carta, 2006.
Patrich, Joseph. « 538 BCE–70 CE: The Temple (Beyt ha-Miqdash) and Its Mount ». Dans Where Heaven and Earth Meet: Jerusalem’s Sacred Esplanade, dir. Oleg Grabar et Benjamin Z. Kedar. Jérusalem : Yad Ben-Zvi, 2009.
Études
Monson, John. « The New ‘Ain Dara Temple: Closest Solomonic Parallel ». Biblical Archaeology Review 26/3 (2000) : 20-35.
Levine, Lee I. Jerusalem: Portrait of the City in the Second Temple Period. Philadelphie : Jewish Publication Society, 2002.
Kaufman, Asher S. The Temple Mount: Where Is the Holy of Holies? Jérusalem : Har Year’eh Press, 2004.
Hurowitz, Victor Avigdor. I Have Built You an Exalted House. Sheffield : JSOT Press, 1992.
« Architecture du Temple », Judaica Comparata, révision du 1er octobre 2026, <https://www.etude-judaica.ch/modules/architecture-temple.html>, consulté le 18 octobre 2026.
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