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Le site

Note méthodologique

D’où ce site est écrit, ce qu’il se refuse à faire, et pourquoi Justin

Cette page n’est pas une préface d’usage. Elle énonce d’où ce site est écrit, ce qu’il se refuse à faire, et pourquoi son dispositif de controverse a la forme qu’il a. Elle doit être lue avant les modules.

D’où ce site est écrit

Ce site est rédigé depuis une position extérieure au judaïsme, dans une perspective académique et comparatiste, par les auteurs qui tiennent également un site de théologie chrétienne. Cette position n’est ni illégitime ni neutre, et il faut dire les deux.

Elle n’est pas illégitime. L’étude savante du judaïsme par des non-juifs est une tradition ancienne, et elle a produit des instruments dont le judaïsme lui-même se sert — éditions critiques, lexiques, archéologie, papyrologie. Un savoir n’appartient pas à ceux qu’il décrit.

Elle n’est pas neutre. L’érudition chrétienne a longtemps traité le judaïsme comme un objet mort, un état dépassé, ou une préparation. La Wissenschaft des Judentums s’est constituée au XIXe siècle en partie contre cette érudition, et son fondateur Leopold Zunz notait que l’on étudiait les juifs comme on étudie une antiquité. Cette histoire n’est pas close, et elle oblige à des règles explicites.

Cinq règles

Le site ne tranche aucune question halakhique. Il expose des positions, leurs raisons et leurs autorités. Un lecteur cherchant une décision doit s’adresser à une autorité rabbinique, ce qu’un site de référence n’est pas.

Le site ne parle au nom d’aucune communauté. Les voix du dispositif de controverse sont des constructions pédagogiques, élaborées à partir de sources citées, et non des porte-parole. Chaque position est étayée par des textes que le lecteur peut vérifier.

Le site n’emploie pas de vocabulaire supersessionniste. Pas d’«Ancien Testament» pour le Tanakh, pas de «loi» pour la Torah, pas d’«accomplissement» pour désigner le rapport du christianisme à un texte juif. Les datations sont en ère commune.

Le site ne présente jamais une lecture chrétienne comme l’aboutissement d’un texte juif. Là où un même texte a deux histoires interprétatives, les deux sont exposées côte à côte, chacune dans ses termes propres, et aucune n’est donnée comme le sens que l’autre aurait manqué.

Le site déclare ses lacunes. Les corpus les moins accessibles à ses auteurs — littérature en hébreu contemporain, responsa non traduites, traditions orales mizrahi — sont signalés comme tels dans les modules concernés plutôt que passés sous silence.

Pourquoi Justin

Le site chrétien fait dialoguer six voix confessionnelles avec les interjections du professeur Tryphon Goldberg, persona pédagogique juive. Ce site inverse exactement le dispositif : sept voix juives, et les interjections de Justin, visiteur chrétien lettré.

Les deux noms viennent du même texte. Le Dialogue avec Tryphon de Justin Martyr, écrit vers 160, est le texte fondateur du genre de la dispute judéo-chrétienne. C’est une composition chrétienne : Tryphon y pose des objections, Justin y répond, et Tryphon ne l’emporte jamais. Le genre qui en est issu — les disputes de Paris en 1240, de Barcelone en 1263, de Tortose en 1413 — a eu des conséquences matérielles graves, les autodafés du Talmud en premier lieu.

Le renversement pratiqué ici est délibéré, et il n’est pas une revanche. Justin n’est pas ridiculisé : il est lettré, courtois, et ses questions sont celles qu’un chrétien cultivé pose réellement. Il se trouve seulement qu’il est cette fois l’hôte et non le maître de maison, qu’il apprend plus qu’il n’enseigne, et qu’il lui arrive de reconnaître qu’une objection qu’il préparait vient de tomber. C’est le même dispositif pédagogique, retourné, et ce qu’il rend visible est précisément ce que le premier dissimulait : dans une dispute, la position d’où l’on parle détermine qui a le droit de conclure.

Conventions

Translittération simplifiée et francophone, appliquée uniformément : chabbat, halakha, mahloket, Choulhan Aroukh. L’hébreu carré est donné aux premières occurrences des termes techniques.

Références aux sources primaires selon les conventions rabbiniques : m. Berakhot 1,1 pour la Mishna, b. Chabbat 31a pour le Talmud de Babylone, y. Peah 1,1 pour celui de Jérusalem, Bereshit Rabba 1,1 pour le midrash. Les études suivent le SBL Handbook of Style.

Hypothèses de travail. Chaque module comporte de trois à sept pistes de recherche formulées de manière falsifiable, avec état de la question, corpus, méthode et condition de réfutation. C’est le même apparat que sur le site chrétien, et il répond au même principe : une affirmation qui ne prévoit pas ce qui la réfuterait n’est pas une hypothèse de travail.