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Orientation — Module I

Histoire d’Israël ancien

Des patriarches à Bar Kokhba : ce que les sources établissent, ce qu’elles laissent ouvert

Écrire l’histoire d’Israël n’est pas raconter le récit biblique. Les deux opérations emploient des sources différentes, obéissent à des règles différentes, et aboutissent à des récits qui coïncident sur certaines périodes et divergent sur d’autres. Ce module expose ce que chaque type de source établit, et signale à chaque étape ce qui est assuré, ce qui est probable et ce qui n’est pas documenté.

Trois écoles, et pourquoi le site n’en choisit aucune Les maximalistes tiennent le récit biblique pour historiquement fiable sauf preuve du contraire. Les minimalistes — école dite de Copenhague — le tiennent pour une construction tardive, souvent perse ou hellénistique, sans valeur documentaire avant le VIIIe siècle. La position majoritaire est intermédiaire et variable selon les périodes : très prudente sur les patriarches et l’Exode, beaucoup plus assurée à partir du IXe siècle, où les sources extérieures se multiplient. Ce site adopte la démarche et non une école : pour chaque période, il dit ce que la documentation permet d’affirmer.

Les patriarches

Ce que dit le récit. Abraham quitte Our, reçoit une promesse, engendre Isaac ; Jacob devient Israël, ses douze fils donnent les tribus ; Joseph mène le clan en Égypte. L’ensemble occupe Gn 12 à 50.

Ce que l’archéologie établit. Rien de direct : aucun texte extérieur ne mentionne aucun patriarche, et aucune fouille ne documente ces personnes. Ce n’est pas surprenant pour des chefs de clan et cela ne prouve rien contre eux. La difficulté est ailleurs.

L’argument qui s’est effondré. William Foxwell Albright a soutenu dans les années 1930-1950 que les récits patriarcaux reflétaient fidèlement le Bronze moyen, en s’appuyant sur trois séries : les noms des patriarches, attestés à Mari ; les coutumes familiales, éclairées par les tablettes de Nuzi ; et la vie pastorale décrite. La construction a été démontée dans les années 1970 par Thomas Thompson et John Van Seters : les noms sont attestés sur une plage de mille ans, les parallèles de Nuzi ne correspondent pas aux situations bibliques une fois lus dans leur contexte, et rien ne permet de dater les récits par leur contenu.

Le dossier des chameaux. Les récits font des chameaux des bêtes de somme ordinaires. Les travaux de Lidar Sapir-Hen et Erez Ben-Yosef sur les mines de cuivre de l’Arava, publiés en 2013, ont daté l’apparition du chameau domestiqué au Levant de la fin du Xe siècle. L’anachronisme n’invalide pas les récits : il indique qu’ils ont été mis par écrit ou remaniés bien après l’époque qu’ils décrivent.

Où en est la discussion. La position dominante est que les récits patriarcaux ne sont pas des rapports historiques et qu’ils ne permettent pas de reconstituer un « âge patriarcal ». Ils peuvent conserver des traditions anciennes — le culte des dieux du père, les itinéraires, certains noms de lieux —, mais leur fonction principale est de fonder : ils expliquent les rapports entre Israël et ses voisins par des liens de parenté, ce qui est un procédé attesté dans tout le Proche-Orient.

L’Égypte et l’Exode

ÉlémentÉtat de la documentation
Présence sémitique en ÉgypteBien attestée. Période hyksos (XVIIe-XVIe s.), Sémites employés aux travaux, listes d’esclaves aux noms sémitiques, papyrus Anastasi mentionnant des nomades autorisés à entrer
Un exode de six cent mille hommesNon documenté et matériellement improbable. Aucune source égyptienne, aucune trace archéologique dans le Sinaï, et un tel effectif dépasserait la population de plusieurs villes égyptiennes réunies
Première mention d’IsraëlStèle de Merneptah, vers 1208 AEC. « Israël est dévasté, sa semence n’est plus » — un peuple, non un pays, déjà présent en Canaan. C’est le point fixe du dossier
Noms égyptiens dans la tribu de LéviFait remarquable. Moïse, Phinéas, Hophni, Merari, Poutiel portent des noms d’origine égyptienne — et seulement dans cette tribu. Argument souvent avancé en faveur d’un noyau de souvenir

L’hypothèse la plus répandue aujourd’hui est celle d’un groupe restreint — peut-être lévitique — ayant effectivement quitté l’Égypte, dont l’expérience serait devenue le récit fondateur de l’ensemble. Elle a l’avantage d’expliquer à la fois l’absence de traces massives et la présence des noms égyptiens. Elle reste une hypothèse.

L’installation en Canaan

Trois modèles ont été proposés et le troisième l’emporte largement.

ModèleThèseDifficulté
Conquête (Albright, Yadin)Invasion militaire depuis l’extérieur, conforme à JosuéJéricho et Aï ne sont pas habitées à l’époque supposée. Plusieurs villes réputées détruites ne le sont pas, ou à d’autres dates
Infiltration pacifique (Alt, Noth)Pénétration progressive de groupes pastorauxRend mal compte de l’homogénéité culturelle des nouveaux sites
Émergence interne (Mendenhall, Gottwald, Finkelstein)Israël naît en Canaan, par regroupement de populations locales dans les hautes terres lors de l’effondrement du Bronze récentExplique mal la mémoire d’une origine extérieure, si constante

La donnée décisive est la prospection des hautes terres : environ deux cent cinquante villages nouveaux apparaissent au Fer I, petits, sans fortifications, sans temples, avec une culture matérielle continue avec celle de Canaan — même poterie, même architecture à quatre pièces. Un seul trait les distingue : l’absence quasi totale d’os de porc, alors que les sites philistins contemporains en livrent en abondance. Ce marqueur alimentaire est l’indice matériel le plus fort d’une différenciation en cours, et son interprétation — frontière ethnique, contrainte écologique, ou les deux — est discutée.

La royauté

La stèle de Tel Dan, découverte en 1993 et datée d’environ 840 AEC, porte en araméen l’expression beit David — « maison de David ». C’est la première mention extérieure de la dynastie, environ un siècle et demi après son fondateur supposé. Elle établit qu’au IXe siècle, le royaume de Juda se définissait par référence à un ancêtre nommé David. Elle n’établit rien sur l’étendue de son royaume.

La controverse du Xe siècle porte précisément là-dessus. Israel Finkelstein propose une « chronologie basse » qui abaisse d’un siècle la datation de monuments attribués à Salomon — les portes à six chambres de Meguiddo, Hatsor et Guézer —, ce qui ferait de la monarchie unifiée une chefferie modeste plutôt qu’un empire. Amihai Mazar défend une chronologie modifiée. Les fouilles de Khirbet Qeiyafa, depuis 2007, ont relancé le débat en livrant une ville fortifiée datée du début du Xe siècle. La question n’est pas tranchée et elle est instrumentalisée politiquement des deux côtés, ce qu’il faut savoir en lisant la littérature.

Les deux royaumes

Un déséquilibre doit être signalé, parce qu’il change la lecture des livres des Rois. Le royaume du Nord — Israël — est plus grand, plus riche, plus peuplé et mieux documenté par les sources extérieures que Juda. Les Assyriens l’appellent « maison d’Omri » longtemps après la mort d’Omri ; la stèle de Mésha, roi de Moab, vers 840, mentionne Omri et la domination israélite ; l’obélisque noir de Salmanasar III montre Jéhu se prosternant. La Bible, elle, est écrite depuis Juda et juge sévèrement tous les rois du Nord sans exception. Le récit biblique est le récit du petit royaume sur le grand.

Samarie tombe en 722 sous Sargon II, qui revendique la déportation de 27 290 habitants. Juda survit un siècle et demi, et sa population augmente fortement à cette époque — Jérusalem passe d’une petite ville à une agglomération, probablement par afflux de réfugiés du Nord. C’est dans ce contexte que se forme une part importante de la littérature biblique.

Juda, l’exil et le retour

DateÉvénementSource extérieure
701Campagne de Sennachérib ; Lakish prise, Jérusalem assiégée mais non priseAnnales de Sennachérib — Ézéchias « enfermé comme un oiseau en cage » ; reliefs de Lakish au British Museum ; inscription du tunnel de Siloé
622Réforme de Josias après la découverte d’un livre dans le TempleAucune source extérieure ; le lien avec Devarim est une hypothèse ancienne et solide
597 et 586Deux prises de Jérusalem par Nabuchodonosor ; destruction du TempleChronique babylonienne ; tablettes de rations de Jojakin, roi déporté nourri à Babylone ; ostraca de Lakish
538Édit de Cyrus autorisant le retourCylindre de Cyrus — politique générale de restauration des cultes, non un décret propre à Juda
515Achèvement du second Temple
Ve s.Esdras et NéhémiePapyrus d’Éléphantine — voir ci-dessous
Éléphantine, ou ce que le récit biblique ne dit pas Les papyrus araméens découverts à Éléphantine, en Haute-Égypte, documentent une garnison juive du Ve siècle qui possédait son propre temple avec sacrifices, en pleine contradiction avec la centralisation prescrite par Devarim. Ces juifs célébraient la Pâque, correspondaient avec les autorités de Jérusalem et de Samarie, et associaient à YHW des divinités féminines dans leurs formules de serment. Quand leur temple fut détruit en 410, ils écrivirent au gouverneur de Juda pour demander l’autorisation de le rebâtir — et ne reçurent pas de réponse à leur première lettre. Ce dossier montre qu’au Ve siècle, il existait des judaïsmes que la Bible ne décrit pas et dont elle ne dit rien.

Du grec au romain

Alexandre en 332 ; les Ptolémées puis les Séleucides ; l’hellénisation, qui n’est pas une agression extérieure mais un processus auquel une part de l’élite de Jérusalem participe activement. La crise de 167 sous Antiochos IV, l’insurrection maccabéenne, la réinauguration du Temple en 164. Les Hasmonéens deviennent rois et grands prêtres, cumul contesté qui explique en partie la naissance des groupes dissidents — la communauté de Qumrân trouve là son origine probable.

Rome intervient en 63 avec Pompée. Hérode règne de 37 à 4 AEC et reconstruit le Temple sur une échelle inédite. Deux révoltes suivent : celle de 66-70, qui s’achève par la destruction du Temple, et celle de Bar Kokhba en 132-135, dont les conséquences sont plus lourdes encore — interdiction d’accès à Jérusalem, refondation en Aelia Capitolina, effondrement démographique de la Judée. Le centre de gravité juif se déplace alors vers la Galilée puis vers la Babylonie, ce qui conditionne toute l’histoire ultérieure.

La mahloket

Que faire du récit quand l’histoire ne le confirme pas ?

La question n’est pas de savoir si l’archéologie contredit la Bible — elle la confirme sur certaines périodes et reste muette sur d’autres. Elle est de savoir ce que change, pour une tradition religieuse, le fait qu’un récit fondateur ne soit pas documenté.

Le Beit Midrash classique

La Torah n’est pas un livre d’histoire et la tradition ne l’a jamais lue ainsi. Rachi ouvre son commentaire en demandant pourquoi elle commence par la création, puisqu’elle est un livre de commandements — la question suppose que le récit y est subordonné à autre chose. Le midrash ne se soucie pas de chronologie : « il n’y a ni avant ni après dans la Torah », dit une règle classique. Ce que l’on demande à Bereshit est ce qu’il enseigne, non ce qu’il rapporte.

Orthodoxie moderne

La recherche archéologique est légitime et ses résultats sont des données. L’argument du silence a toutefois une portée limitée : l’absence de trace d’un événement ancien n’est pas la preuve de son inexistence, et l’archéologie du Levant est loin d’avoir tout fouillé. Cela dit, la position ne consiste pas à attendre une confirmation : elle consiste à tenir que l’autorité de la Torah ne dépend pas de la vérification externe. Soloveitchik a écrit que la halakha ne s’effondrerait pas s’il apparaissait que le récit avait été autrement.

Monde haredi et litvak

La Torah est vraie, y compris dans ce qu’elle rapporte, et l’archéologie est une science conjecturale qui révise constamment ses conclusions — la chronologie basse de Finkelstein en est un bon exemple, contestée par ses pairs. Il n’y a pas lieu de reconstruire la foi à chaque campagne de fouilles. Ce qui est demandé n’est pas de nier les objets trouvés mais de refuser à une discipline jeune le pouvoir de juger d’une transmission de trois mille ans.

Hassidisme

La question est mal orientée. Ce qui est en jeu dans Bereshit ou dans l’Exode n’est pas ce qui s’est passé mais ce qui se passe : la sortie d’Égypte est une réalité de chaque jour, et la haggada le dit en toutes lettres — chacun doit se voir comme sortant lui-même d’Égypte. Un récit dont on doit se rendre contemporain n’est pas menacé par la datation de son objet.

Massorti

Le mouvement enseigne la critique historique dans ses séminaires depuis leur fondation et il assume les conséquences : une part des récits fondateurs ne sont pas des rapports. Cela ne diminue pas leur autorité, cela en précise la nature — ce sont des textes constitutifs, qui disent ce qu’Israël est et non ce qui lui est arrivé. La position exige une éducation soignée, car elle est difficile à transmettre : il est plus simple d’enseigner que tout est arrivé, ou que rien n’est arrivé.

Réformé et libéral

Le mouvement a intégré ces résultats sans crise, parce qu’il ne fondait pas l’autorité du texte sur sa facticité. Il faut ajouter une conséquence éthique que les autres positions abordent peu : si le récit de la conquête n’est pas historique, alors les textes d’extermination de Josué ne rapportent pas un ordre exécuté mais expriment une idéologie de fondation — ce qui ne les rend pas moins problématiques, et peut-être davantage, puisqu’ils ont été écrits plutôt que subis.

Monde séfarade et mizrahi

Il faut rappeler que ces débats sont nés dans une aire précise et dans une langue précise. Les grandes autorités du monde méditerranéen et oriental n’ont pas eu à se positionner sur la chronologie basse, et cela ne les a pas empêchées de commenter, de décider et d’enseigner. Il y a un usage savant de l’histoire et un usage communautaire du récit, et ils ne s’opposent que si l’on exige du second qu’il réponde aux critères du premier. Les communautés ont vécu trois mille ans sans se poser la question, ce qui ne prouve pas qu’elle soit mauvaise, mais indique qu’elle n’est pas vitale.

Où en est la discussion

Aucune des sept positions ne fonde l’autorité du texte sur sa vérification archéologique, et c’est le premier acquis de la discussion : la question qui paraît menaçante ne l’est pour aucune d’elles, quoique pour des raisons opposées. Les divergences portent sur trois points. Le statut des résultats : données à intégrer, conjectures révisables, ou questions étrangères. La transmission : la voix massorti nomme la vraie difficulté, qui est pédagogique et non doctrinale, et Justin avoue n’avoir pas de solution. Les conséquences éthiques, où la voix réformée opère le retournement le plus fort de la mahloket : un ordre d’extermination qui n’a pas été exécuté a été composé, ce qui le rend plus lourd et non plus léger.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Sept pistes formulées de manière falsifiable. Le champ est l’un des plus disputés et des plus politisés des sciences historiques : les sujets retenus privilégient les protocoles explicites et les données comptables sur les reconstitutions d’ensemble.

H1. Les os de porc comme marqueur : tester l’hypothèse

  • Doctorat
  • Archéozoologie
  • 4-5 ans

Hypothèse. L’absence d’os de porc dans les sites des hautes terres au Fer I est un marqueur culturel et non écologique : la comparaison avec des sites de même altitude, même climat et même économie hors de l’aire concernée permet de départager les deux explications.

État de la question
Le fait est établi et abondamment cité. L’explication écologique — le porc s’élève mal en zone sèche — est avancée sans avoir été testée par un groupe de contrôle géographique.
Corpus
Rapports archéozoologiques des sites des hautes terres ; sites philistins de la plaine côtière ; sites transjordaniens et anatoliens de milieu comparable ; travaux de Brian Hesse et Paula Wapnish, de Lidar Sapir-Hen.
Méthode
Constituer un échantillon apparié par altitude, pluviométrie et type d’économie, et comparer les proportions.

Ce qui la réfuterait : Une absence comparable de porc dans les sites de contrôle hors de l’aire israélite.

H2. Les noms égyptiens de la tribu de Lévi

  • Master
  • Onomastique
  • 12-18 mois

Hypothèse. La concentration de noms d’origine égyptienne dans la seule tribu de Lévi est statistiquement significative au regard de l’onomastique biblique d’ensemble, ce qui constitue l’argument le plus solide en faveur d’un noyau de souvenir égyptien.

État de la question
L’observation est ancienne et régulièrement invoquée, notamment par Richard Elliott Friedman. Elle n’a pas été soumise à un test statistique tenant compte de la taille des corpus par tribu.
Corpus
Onomastique de Ex 6 ; 1 Ch 6 ; Nb 26 ; corpus onomastique égyptien du Nouvel Empire ; onomastique ouest-sémitique comparée ; épigraphie hébraïque ancienne.
Méthode
Coder l’origine linguistique de chaque nom par tribu et tester la significativité de la concentration.

Ce qui la réfuterait : Une concentration comparable dans d’autres tribus une fois la taille des corpus contrôlée.

H3. Les papyrus d’Éléphantine et la centralisation

  • Doctorat
  • Histoire du judaïsme perse
  • 4-5 ans

Hypothèse. L’existence d’un temple juif sacrificiel en Égypte au Ve siècle, et la correspondance de ses desservants avec Jérusalem, établissent que la prescription de centralisation de Devarim 12 n’était pas reçue comme contraignante par toutes les communautés juives à cette date — ce qui fournit un terme ante quem pour sa diffusion effective.

État de la question
Le dossier est publié et bien connu des spécialistes. Sa conséquence pour la datation de la réception de Devarim n’est pas systématiquement tirée dans les introductions.
Corpus
Papyrus araméens d’Éléphantine (Cowley, Porten-Yardeni) ; lettre à Bagohi de 407 ; « papyrus de la Pâque » ; Dt 12 ; Esdras-Néhémie ; papyrus de Wadi Daliyeh.
Méthode
Reconstituer la position des acteurs d’Éléphantine et de leurs correspondants de Jérusalem, et en tirer les conséquences chronologiques.

Ce qui la réfuterait : Des indices de réception de la centralisation à Éléphantine, ou une datation de la colonie incompatible.

H4. La chronologie basse : anatomie d’une controverse

  • Doctorat
  • Archéologie / sociologie des sciences
  • 4-5 ans

Hypothèse. La controverse sur la datation du Xe siècle oppose deux lectures des mêmes données et son issue dépend moins des résultats du radiocarbone que des présupposés sur la nature de l’État ancien ; la corrélation entre position chronologique et position politique déclarée des chercheurs est testable.

État de la question
Le débat Finkelstein-Mazar dure depuis 1996. L’accusation d’instrumentalisation politique est portée dans les deux sens sans étude.
Corpus
Publications de Finkelstein, Mazar, Garfinkel, Faust depuis 1996 ; datations radiocarbone de Tel Rehov, Meguiddo, Khirbet Qeiyafa ; interventions publiques et médiatiques des mêmes auteurs.
Méthode
Coder les positions chronologiques et les prises de position publiques, et tester la corrélation en discutant honnêtement la circularité du codage.

Ce qui la réfuterait : Une absence de corrélation, ou l’impossibilité de coder les positions publiques sans arbitraire.

H5. La stèle de Mésha et les Rois

  • Master
  • Épigraphie
  • 12-18 mois

Hypothèse. La confrontation de la stèle de Mésha et de 2 R 3 sur les mêmes événements permet de mesurer la manière dont chaque source traite une défaite, et fournit un étalon rare pour évaluer la fiabilité du récit biblique là où un contrôle existe.

État de la question
Le parallèle est classique et exploité ponctuellement. Une analyse méthodique des procédés de chaque source sur le même événement n’a pas été publiée en français.
Corpus
Stèle de Mésha (Louvre) et ses lectures, dont la ligne 31 disputée ; 2 R 1,1 ; 3,4-27 ; inscriptions royales assyriennes comme corpus de comparaison des conventions.
Méthode
Comparer les deux récits élément par élément et coder les procédés — omission, inversion, attribution divine.

Ce qui la réfuterait : Une divergence telle qu’il soit impossible d’établir qu’il s’agit des mêmes événements.

H6. Jérusalem après 722 : mesurer l’afflux

  • Master
  • Archéologie urbaine
  • 12-18 mois

Hypothèse. La croissance de Jérusalem à la fin du VIIIe siècle est due principalement à un afflux de réfugiés du royaume du Nord, hypothèse testable par la culture matérielle du nouveau quartier occidental comparée à celle des sites du Nord.

État de la question
La croissance est établie par les fouilles du quartier juif et le mur large. L’origine de la population nouvelle est supposée sans vérification par la culture matérielle.
Corpus
Fouilles du quartier juif de Jérusalem (Avigad) ; mur large ; céramiques comparées Nord/Sud ; sceaux et bulles ; travaux de Magen Broshi et de Finkelstein sur la démographie.
Méthode
Comparer les assemblages céramiques et les pratiques du nouveau quartier à ceux des sites du Nord et de Juda.

Ce qui la réfuterait : Une culture matérielle purement judéenne dans les quartiers nouveaux.

H7. Les récits patriarcaux comme chartes de parenté

  • Doctorat
  • Anthropologie historique
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les généalogies de Bereshit fonctionnent comme des chartes expliquant les rapports politiques entre Israël et ses voisins par des liens de parenté, et la comparaison avec les généalogies segmentaires attestées ailleurs permet d’établir que la structure suit les rapports politiques de l’époque de rédaction et non ceux de l’époque décrite.

État de la question
Le procédé est reconnu depuis les travaux de Robert Wilson sur les généalogies. Son application systématique à Bereshit, avec test de la datation par la configuration politique, reste à faire.
Corpus
Gn 10 ; 19,30-38 ; 22,20-24 ; 25 ; 36 ; généalogies segmentaires comparées (études arabes et africaines) ; Wilson, Genealogy and History in the Biblical World.
Méthode
Reconstituer la configuration politique impliquée par chaque généalogie et la confronter aux configurations attestées à différentes époques.

Ce qui la réfuterait : Une configuration correspondant au Bronze moyen plutôt qu’aux époques de rédaction envisagées.

Bibliographie sélective

Instruments

  • Finkelstein, Israel, et Neil Asher Silberman. La Bible dévoilée. Paris : Bayard, 2002.
  • Liverani, Mario. La Bible et l’invention de l’histoire. Paris : Bayard, 2008.

Études

  • Faust, Avraham. Israel’s Ethnogenesis. Londres : Equinox, 2006.
  • Grabbe, Lester L. Ancient Israel : What Do We Know and How Do We Know It ? 2e éd. Londres : Bloomsbury, 2017.
  • Mazar, Amihai. Archaeology of the Land of the Bible. New York : Doubleday, 1990.
  • Porten, Bezalel. Archives from Elephantine. Berkeley : University of California Press, 1968.
  • Römer, Thomas. L’invention de Dieu. Paris : Seuil, 2014.
  • Schwartz, Seth. Imperialism and Jewish Society. Princeton : Princeton University Press, 2001.
  • Thompson, Thomas L. The Historicity of the Patriarchal Narratives. Berlin : De Gruyter, 1974.

Voir aussi