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Tanakh — Neviim Aharonim

Yeshayahou

Le rouleau de Qumrân, les trois Isaïe, et le dossier du serviteur

Le livre qui fournit le plus de haftarot, le seul conservé intégralement à Qumrân, et celui dont deux passages ont nourri quinze siècles de controverse judéo-chrétienne. Ce module suit la structure en huit couches.

1. Le livre

Soixante-six chapitres, le plus long des prophètes derniers. Le nom est celui du prophète : יְשַׁעְיָהוּ, Yeshayahou, « le Seigneur sauve ». Il exerce à Jérusalem de la mort d’Ozias — vers 740 — jusqu’au règne d’Ézéchias, période où le royaume du Nord disparaît et où Juda échappe de justesse aux Assyriens.

La structure apparente comporte trois masses : oracles sur Juda et les nations (1-39), avec un appendice narratif repris de 2 Rois (36-39) ; la consolation (40-55) ; les oracles du retour (56-66).

Passages principaux

Les passages de Yeshayahou qui font l’objet d’un sous-module transversal, avec les autres livres où ils reviennent. Voir l’index des passages.

PassageDans ce livreRevient aussi dans
La création (à venir)Is 40,12-28 ; 45,18Bereshit, Tehilim, Mishlei, Iyov, Yirmeyahou
Le jardin et la transgression (à venir)Is 51,3Bereshit, Yehezqel, Trei Asar
Le Déluge et l’alliance avec Noé (à venir)Is 54,9Bereshit, Tehilim, Yehezqel, Divrei ha-Yamim
Babel (à venir)Is 13-14Bereshit, Trei Asar
L’appel d’Abraham (à venir)Is 41,8 ; 51,2Bereshit, Yehoshoua, Yehezqel, Ezra-Nehemya
Sodome et Gomorrhe (à venir)Is 1,9-10 ; 13,19Bereshit, Devarim, Yirmeyahou, Yehezqel, Trei Asar, Eikha
Le buisson ardentIs 6Chemot, Devarim, Yirmeyahou
La sortie d’ÉgypteIs 43,16-21 ; 51,9-11Chemot, Devarim, Yehoshoua, Tehilim, Yirmeyahou, Yehezqel, Trei Asar, Ezra-Nehemya
Le chabbat (à venir)Is 56,2-7 ; 58,13-14Bereshit, Chemot, Devarim, Yirmeyahou, Yehezqel, Ezra-Nehemya
L’oracle de Nathan (à venir)Is 55,3Shmuel, Divrei ha-Yamim, Tehilim, Melakhim, Yirmeyahou
Les vocations prophétiques (à venir)Is 6Yirmeyahou, Yehezqel, Trei Asar, Chemot, Shmuel
Le char divin (à venir)Is 6Yehezqel, Daniel, Melakhim
Les ossements desséchés (à venir)Is 26,19Yehezqel, Daniel
L’enfant et le roi à venir (à venir)Is 7,14 ; 9,5-6 ; 11,1-10Trei Asar
Le Serviteur (à venir)Is 42,1-9 ; 49,1-6 ; 50,4-9 ; 52,13-53,12Trei Asar
Le jour du Seigneur (à venir)Is 2,12-22 ; 13Trei Asar, Yehezqel
Dieu et Israël comme époux (à venir)Is 54 ; 62,4-5Shir ha-Chirim, Trei Asar, Yehezqel, Yirmeyahou
Le retour d’exil (à venir)Is 44,28-45,1Ezra-Nehemya, Divrei ha-Yamim, Yirmeyahou, Daniel

2. Le texte

Le grand rouleau d’Isaïe, 1QIsaa, découvert en 1947 dans la première grotte, est le seul livre biblique conservé intégralement à Qumrân : sept mètres trente, dix-sept feuilles de cuir, cinquante-quatre colonnes, daté d’environ 125 AEC. Il précède de plus de mille ans le plus ancien témoin massorétique complet. Les écarts sont en grande majorité orthographiques, ce qui a constitué la démonstration la plus spectaculaire de la stabilité du texte hébreu.

Quelques divergences sont substantielles. En Is 53,11, le rouleau porte « il verra la lumière », leçon partagée par la Septante et absente du texte massorétique — les éditions critiques modernes la retiennent souvent. Le rouleau conserve aussi, à plusieurs endroits, un système orthographique plus plein et des formes dialectales qui renseignent sur l’hébreu de l’époque.

Is 7,14 : alma et παρθένος L’hébreu porte הָעַלְמָה, ha-alma, « la jeune femme ». Le mot désigne une femme en âge de porter, sans rien dire de sa virginité ; l’hébreu a un mot pour cela, betoula, et il n’est pas employé ici. La Septante traduit par παρθένος, qui en grec courant signifie vierge, et Matthieu 1,23 cite ce grec.

Le contexte est daté : Achaz est menacé par la coalition de Damas et de Samarie, en 734-732, et le prophète lui donne un signe — un enfant va naître, et avant qu’il sache rejeter le mal, les deux rois qui l’effraient auront disparu. Le signe mesure un délai de quelques années, ce qui suppose une naissance imminente. La difficulté n’est donc pas d’abord lexicale mais chronologique : un signe donné à un roi en 733 pour le rassurer d’une menace immédiate.

3. Le dossier historico-critique

Bernhard Duhm propose en 1892 de distinguer trois ensembles d’époques différentes, et cette division est aujourd’hui reçue par la quasi-totalité des chercheurs, juifs compris.

EnsembleSituation supposéeArguments
1-39Jérusalem, VIIIe siècle, avec des additions ultérieures — notamment 24-27 et 34-35Menace assyrienne, rois nommés, contexte politique cohérent
40-55Babylone, exil finissant, vers 545-538Cyrus est nommé deux fois (44,28 ; 45,1) et appelé « mon berger » et « son oint ». Jérusalem est déjà détruite, la consolation suppose la catastrophe accomplie, le vocabulaire et le style diffèrent nettement
56-66Juda après le retourLe Temple existe à nouveau, les préoccupations sont communautaires et cultuelles

La tradition juive a-t-elle vu la difficulté ? Oui, et bien avant Duhm. Ibn Ezra, au XIIe siècle, annote la seconde moitié du livre de formules qui signalent un problème sans le nommer, selon son procédé habituel — « le sens est profond » —, et plusieurs de ses lecteurs médiévaux ont compris qu’il envisageait un auteur plus tardif. Le Talmud, de son côté, attribue la mise par écrit du livre à « Ézéchias et sa compagnie » (b. Baba Batra 15a), ce qui pose déjà une distance entre le prophète et le rouleau.

Ce qui reste discuté est l’unité rédactionnelle : plusieurs travaux récents insistent sur les reprises lexicales qui relient les trois ensembles et sur l’existence d’un travail éditorial global. La question s’est donc déplacée de « combien d’auteurs ? » vers « comment le livre a-t-il été composé comme un tout ? ».

4. La lecture

Isaïe fournit plus de haftarot qu’aucun autre livre. Le dispositif le plus remarquable est celui des sept semaines de consolationshiva de-nehamta — qui suivent le 9 Av : sept haftarot tirées d’Isaïe 40 à 66, lues successivement jusqu’à Roch ha-Chana. Elles sont précédées de trois haftarot de réprimande, dont la dernière — la vision d’Isaïe 1 — donne son nom au chabbat qui précède le jeûne, Chabbat Hazon.

Le cycle est une construction liturgique : dix semaines qui conduisent du deuil à la consolation, bâties presque entièrement sur un seul livre. C’est l’exemple le plus net de ce que produit l’exégèse par montage.

5. Le targum

Ce que fait le targum Jonathan de 52,13 Le targum ouvre le quatrième chant par : « voici que mon serviteur, le Messie, prospérera ». Il identifie donc explicitement le serviteur au Messie — ce qui contredit l’idée d’une lecture juive uniformément collective. Mais il opère ensuite un déplacement systématique : partout où le texte hébreu attribue au serviteur la souffrance, l’humiliation ou la maladie, le targum transfère ces éléments aux nations ou au peuple, et réserve au Messie la gloire et la victoire. Le Messie du targum est triomphant ; il ne souffre pas. Le document est donc doublement instructif : il atteste une lecture messianique ancienne, et il montre le travail précis qu’il a fallu faire sur le texte pour en écarter la souffrance.

6. La parshanut

Rachi lit le serviteur du chapitre 53 comme Israël souffrant parmi les nations. Sa lecture devient la position standard du judaïsme médiéval et elle s’impose dans le contexte des controverses avec les chrétiens, où l’enjeu est immédiat.

Ibn Ezra suit la même ligne et argumente par le pluriel de 53,8 — « à cause de la faute de mon peuple, le coup est sur eux », leçon que le texte massorétique porte au pluriel là où la Septante et la Vulgate ont un singulier.

Radak développe la lecture collective et son commentaire sur Isaïe a été expurgé par la censure chrétienne dans les éditions imprimées, ce qui est un indice de son efficacité polémique.

Nahmanide, contraint de disputer à Barcelone en 1263 devant Jacques Ier d’Aragon, soutient la lecture collective tout en reconnaissant que des textes rabbiniques lisent le passage du Messie — et il distingue, ce qui est décisif, entre ce qu’un midrash propose et ce qui oblige.

7. Midrash et halakha

Is 6,3 — « saint, saint, saint » — fournit le cœur de la qedousha, récitée à chaque office avec répétition. Is 11 nourrit la représentation messianique du rejeton de Jessé et de la paix des animaux. Is 58, sur le jeûne qui délie les liens de l’injustice, est lu à Yom Kippour.

Le dossier du Messie souffrant dans la littérature rabbinique mérite d’être exposé sans arrondir les angles. Plusieurs textes appliquent au Messie des motifs de souffrance : b. Sanhédrin 98b propose comme nom du Messie « le lépreux de la maison de Rabbi », en s’appuyant explicitement sur Is 53,4 ; Pesiqta Rabbati 36-37 décrit un Messie souffrant pour les péchés d’Israël. Ces textes existent, ils sont minoritaires, et ils ne construisent pas une doctrine — mais leur existence interdit d’affirmer que le judaïsme n’a jamais lu Is 53 messianiquement.

8. Réception chrétienne et sa critique

Le cadre historique des controverses où ces versets ont été employés — Paris 1240, Barcelone 1263, Tortose 1413-1414 — est exposé dans le module Rencontres et polémiques.

PassageLecture chrétienneLecture juiveÉtat du dossier
Is 7,14Annonce de la naissance virginale ; Mt 1,23 cite la SeptanteUn signe daté donné à Achaz en 733, portant sur un délai de quelques annéesL’hébreu porte alma, non betoula. Le problème principal est chronologique : un signe destiné à rassurer un roi sur une menace immédiate
Is 9,5Les titres de l’enfant lus comme divinsTitres théophores portés par un roi, procédé attesté dans l’onomastique royale du Proche-OrientLe débat porte sur la syntaxe des titres, qui admet plusieurs découpages
Is 53Prophétie de la Passion ; Ac 8,26-35 met le passage dans la bouche de l’eunuque éthiopienIsraël souffrant parmi les nations, selon Rachi et la tradition médiévale — avec des lectures messianiques minoritaires attestéesLe texte lui-même identifie le serviteur à Israël en Is 49,3 ; mais Is 49,5-6 lui donne mission envers Israël. La tension est dans le texte

Il faut ajouter un fait d’histoire : Origène rapporte dans le Contre Celse I, 55 avoir disputé d’Is 53 avec des juifs qui soutenaient que le serviteur était le peuple entier. Le témoignage date du IIIe siècle et il établit l’ancienneté de la lecture collective, bien avant Rachi.

La mahloket

Qui est le serviteur d’Isaïe 53 ?

Le passage le plus disputé entre les deux traditions, et l’un des plus discutés à l’intérieur du judaïsme. Le texte ne nomme pas le serviteur dans le quatrième chant ; il l’a nommé Israël en 49,3 et lui a donné mission envers Israël en 49,5. La tension est dans le texte avant d’être entre les lecteurs.

Le Beit Midrash classique

La lecture la plus ancienne attestée est collective : Origène en témoigne au IIIe siècle et le targum, tout en identifiant le serviteur au Messie, lui retire toute souffrance. Les deux lectures coexistent donc anciennement, ce qui est le régime normal d’un texte prophétique. Pesiqta Rabbati et b. Sanhédrin 98b appliquent des motifs de souffrance au Messie sans en tirer de doctrine — le midrash propose, il n’oblige pas.

Orthodoxie moderne

Le texte doit être lu dans son contexte, celui des chants du serviteur pris ensemble. En 49,3, le serviteur est nommé Israël ; en 49,5-6, il a mission de ramener Jacob, ce qui suppose une distinction. La solution la plus économe est celle d’une identité fluctuante — Israël, un reste, une figure représentative — qui est un procédé courant dans la prophétie où l’individuel et le collectif s’échangent. On n’a pas besoin d’un référent unique parce que le texte n’en pose pas.

Monde haredi et litvak

La lecture reçue est celle de Rachi, et elle suffit. Il faut ajouter une observation sur le contexte dans lequel ces débats ont eu lieu : ce ne sont pas des séminaires universitaires, ce sont des disputes forcées où un juif contraint de parler risquait sa communauté. Nahmanide, dont le récit revendique l’avantage à Barcelone, a été poursuivi pour l’avoir publié et a quitté l’Aragon. Interpréter aujourd’hui les positions juives médiévales sans tenir compte de cette contrainte revient à lire un aveu comme une opinion.

Hassidisme

Le serviteur est celui qui porte. La tradition connaît la figure du juste qui souffre pour sa génération — le tsaddik dont les épreuves allègent le jugement porté sur les autres —, et cette conception n’a pas besoin d’Is 53 pour exister, elle la rencontre. Que la souffrance d’un juste ait une valeur pour d’autres est une intuition profondément juive, et l’avoir abandonnée par réaction polémique serait céder deux fois.

Massorti

Historiquement, les chants du serviteur appartiennent à la seconde partie du livre, composée à Babylone vers 545-538, et le serviteur y désigne très probablement Israël en exil, dont la souffrance est présentée comme ayant un sens pour les nations. Cette lecture est celle que le contexte impose et elle n’est pas une réponse à la polémique chrétienne : elle est antérieure, comme le montre Origène. Reconnaître par ailleurs l’existence de lectures messianiques rabbiniques n’affaiblit pas la position ; cela la rend honnête.

Réformé et libéral

Le mouvement lit le passage comme la formulation la plus haute de la vocation d’Israël : un peuple dont l’histoire souffrante porte un témoignage pour les nations. Cette lecture a été explicitement mobilisée au XIXe siècle sous le nom de mission d’Israël, avec une difficulté que l’on ne dissimule plus : elle a parfois servi à donner un sens à la persécution, ce qui est devenu intenable après 1945. Personne ne soutient plus qu’une souffrance historique ait une fonction providentielle.

Monde séfarade et mizrahi

Il faut rappeler que les grandes disputes où ce texte a été employé ont eu lieu en terre chrétienne — Paris, Barcelone, Tortose — et que le monde judéo-arabe n’a pas connu cette pression sur ce verset précis, l’islam ne fondant pas sa christologie sur Isaïe. La parshanut séfarade traite le passage avec une liberté que la polémique n’a pas contrainte : Ibn Ezra argumente grammaticalement, Saadia traite le chapitre sans urgence apologétique. Cette différence de climat mérite d’être prise en compte quand on compare les commentaires.

Où en est la discussion

Trois acquis. La lecture collective est ancienne — Origène l’atteste au IIIe siècle —, ce qui ruine l’idée reçue d’une invention médiévale destinée à répondre aux chrétiens. Des lectures messianiques rabbiniques existentb. Sanhédrin 98b, Pesiqta Rabbati, et le targum qui nomme le Messie tout en lui retirant la souffrance —, ce que la voix classique reconnaît sans embarras parce qu’un midrash propose et n’oblige pas. La tension est dans le texte : le serviteur est nommé Israël en 49,3 et reçoit mission envers Israël en 49,5, et l’orthodoxie moderne en conclut que l’exigence d’un référent unique est une habitude de lecteur plutôt qu’une demande du texte. S’ajoute une observation de méthode que Justin accepte entièrement : les positions juives médiévales sur ce passage ont été formulées sous contrainte, dans des disputes où l’un des deux camps ne risquait rien.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Sept pistes formulées de manière falsifiable. Le livre dispose du meilleur témoin manuscrit du Tanakh et d’un dossier de réception exceptionnellement documenté des deux côtés.

H1. 1QIsaa : typologie des écarts

  • Doctorat
  • Critique textuelle
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les divergences du grand rouleau avec le texte massorétique se répartissent selon un profil qui distingue nettement les trois parties du livre, ce qui fournirait un indice matériel indépendant en faveur de la division tripartite.

État de la question
Les écarts sont catalogués depuis les années 1950 et traités globalement. Leur distribution par section du livre n’a pas été analysée comme argument.
Corpus
1QIsaa et 1QIsab ; fragments isaïens des autres grottes ; texte massorétique ; Septante d’Isaïe ; éditions de Ulrich et Flint.
Méthode
Coder chaque variante par type — orthographique, morphologique, lexicale, substantielle — et analyser la distribution par chapitre.

Ce qui la réfuterait : Une distribution homogène des écarts sur l’ensemble du livre.

H2. Le targum d’Isaïe 53 : anatomie d’un déplacement

  • Doctorat
  • Targoumique
  • 4-5 ans

Hypothèse. Le transfert systématique de la souffrance du serviteur vers les nations dans le targum Jonathan obéit à des règles repérables, et sa datation permet de déterminer s’il constitue une réponse à la lecture chrétienne ou une élaboration indépendante.

État de la question
Le procédé est connu depuis l’édition de Stenning en 1949. Sa datation et son rapport à la polémique restent disputés.
Corpus
Targum Jonathan sur Is 52,13-53,12 ; texte hébreu ; Septante ; targum sur les autres chants du serviteur ; datation des couches du targum.
Méthode
Coder chaque écart du targum par type de déplacement, puis dater les couches par critères linguistiques.

Ce qui la réfuterait : Une datation du targum antérieure à toute polémique christologique attestée.

H3. La censure chrétienne du commentaire de Radak

  • Master
  • Histoire du livre
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les passages expurgés du commentaire de Radak sur Isaïe dans les éditions imprimées se concentrent sur un petit nombre de versets, et leur relevé fournit la liste des arguments juifs que la censure jugeait les plus efficaces.

État de la question
La censure des livres hébreux est documentée. Le relevé passage par passage pour un commentateur donné n’a pas été publié en français.
Corpus
Manuscrits du commentaire de Radak ; éditions de Venise expurgées ; Sefer ha-Ziqouq, manuel des censeurs ; index romains ; travaux de Popper et d’Amnon Raz-Krakotzkin.
Méthode
Collationner manuscrits et éditions imprimées et relever les suppressions.

Ce qui la réfuterait : Des suppressions réparties sans concentration sur les passages polémiques.

H4. Les lectures messianiques rabbiniques d’Is 53

  • Doctorat
  • Littérature rabbinique
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les textes rabbiniques appliquant des motifs de souffrance au Messie forment un corpus restreint mais cohérent, dont la datation et la géographie permettent de déterminer s’ils précèdent ou suivent le contact avec la christologie.

État de la question
Le dossier est mobilisé par les missions chrétiennes depuis le XIXe siècle et minimisé en réponse. Un traitement froid, indépendant des deux usages, manque.
Corpus
b. Sanhédrin 98b ; Pesiqta Rabbati 34-37 ; Zohar II, 212a ; midrashim tardifs ; targum ; recueils polémiques chrétiens citant ces textes.
Méthode
Dater et localiser chaque attestation, et coder le degré d’application à Is 53.

Ce qui la réfuterait : Une datation uniformément postérieure aux polémiques attestées.

H5. Les sept semaines de consolation : formation du cycle

  • Master
  • Liturgie
  • 12-18 mois

Hypothèse. Le cycle des trois haftarot de réprimande et des sept de consolation est une construction médiévale dont les étapes sont datables, et les listes divergent entre rites d’une manière qui révèle des sensibilités distinctes.

État de la question
Le cycle est universellement pratiqué et sa formation est rarement étudiée. Les divergences entre rites sont tabulées sans analyse.
Corpus
Pesiqta de-Rav Kahana ; Mahzor Vitry ; Abudarham ; listes ashkénaze, séfarade, italienne, yéménite ; fragments de la Genizah.
Méthode
Dater les premières attestations et comparer les listes par rite.

Ce qui la réfuterait : Une attestation ancienne et uniforme du cycle dans tous les rites.

H6. Alma : établir le champ sémantique

  • Master
  • Lexicographie
  • 12-18 mois

Hypothèse. Le relevé exhaustif des emplois d’alma et de betoula dans le corpus biblique et dans l’épigraphie ouest-sémitique établit que les deux mots ne sont pas interchangeables et que le premier ne porte pas la virginité — conclusion que la polémique des deux camps a également brouillée.

État de la question
Le point est traité dans toutes les introductions et rarement par un relevé complet incluant l’épigraphie et l’ougaritique.
Corpus
Toutes les occurrences des deux mots ; ougaritique glmt ; Septante et ses choix ; Aquila, Symmaque, Théodotion, qui rendent par νεᾶνις.
Méthode
Relever et coder chaque occurrence par contexte et par indication d’état matrimonial.

Ce qui la réfuterait : Des emplois d’alma impliquant explicitement la virginité.

H7. La dispute de Barcelone : deux comptes rendus

  • Master
  • Histoire des polémiques
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les récits hébreu de Nahmanide et latin de la partie chrétienne divergent sur des points vérifiables, et la comparaison permet d’établir non pas qui dit vrai mais ce que chaque camp devait rapporter à son public.

État de la question
Les deux textes sont édités et abondamment commentés. Leur comparaison systématique comme documents rhétoriques, plutôt que comme sources de faits, est moins pratiquée.
Corpus
Vikouah ha-Ramban ; procès-verbal latin de 1263 ; bulles de Jacques Ier ; travaux de Robert Chazan et de Ram Ben-Shalom.
Méthode
Collationner les deux récits point par point et coder les divergences par type — omission, ajout, inversion d’issue.

Ce qui la réfuterait : Une concordance substantielle des deux récits.

Bibliographie sélective

Sources et instruments

  • Ulrich, Eugene, et Peter W. Flint. Qumran Cave 1.II : The Isaiah Scrolls. DJD XXXII. Oxford : Clarendon, 2010.
  • Stenning, John F. The Targum of Isaiah. Oxford : Clarendon, 1949.

Études

  • Chazan, Robert. Barcelona and Beyond : The Disputation of 1263. Berkeley : University of California Press, 1992.
  • Duhm, Bernhard. Das Buch Jesaia. Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 1892.
  • Janowski, Bernd, et Peter Stuhlmacher, dir. The Suffering Servant. Grand Rapids : Eerdmans, 2004.
  • Raz-Krakotzkin, Amnon. The Censor, the Editor, and the Text. Philadelphie : University of Pennsylvania Press, 2007.
  • Sawyer, John F. A. The Fifth Gospel : Isaiah in the History of Christianity. Cambridge : Cambridge University Press, 1996.
  • Sommer, Benjamin D. A Prophet Reads Scripture : Allusion in Isaiah 40-66. Stanford : Stanford University Press, 1998.

Voir aussi