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Tanakh — Torah, livre I

Bereshit

Module pilote : les huit couches d’un livre du Tanakh

Premier livre, et le plus disputé entre les deux traditions. Ce module applique pour la première fois la structure en huit sections arrêtée par le plan de couverture du Tanakh : le livre, le texte, le dossier critique, la lecture, le targum, la parshanut, le midrash et la halakha, et la réception chrétienne.

1. Le livre

Le nom hébreu est le premier mot : בְּרֵאשִׁית, Bereshit. Le procédé vaut pour les cinq livres de la Torah et il dit quelque chose — le titre n’est pas un résumé mais une amorce. « Genèse » vient de la Septante, Γένεσις, qui traduit toledot, « engendrements », mot qui scande effectivement le livre onze fois et en constitue l’armature.

Cinquante chapitres, douze parashiyot hebdomadaires. La structure suit les toledot : origines du monde (1-11), puis trois cycles patriarcaux — Abraham (12-25), Isaac et Jacob (25-36), Joseph (37-50). Le passage du cosmique au familial est brutal et il est délibéré : le livre commence par l’univers et finit par un cercueil en Égypte.

Passages principaux

Les passages de Bereshit qui font l’objet d’un sous-module transversal, avec les autres livres où ils reviennent. Voir l’index des passages.

PassageDans ce livreRevient aussi dans
La création (à venir)Gn 1,1-2,4a ; 2,4b-25Tehilim, Mishlei, Iyov, Yeshayahou, Yirmeyahou
Le jardin et la transgression (à venir)Gn 2-3Yehezqel, Yeshayahou, Trei Asar
Caïn et AbelGn 4,1-26
Le Déluge et l’alliance avec Noé (à venir)Gn 6-9Yeshayahou, Tehilim, Yehezqel, Divrei ha-Yamim
Babel (à venir)Gn 11,1-9Trei Asar, Yeshayahou
Les généalogiesGn 5 ; 10 ; 11,10-32 ; 25 ; 36 ; 46Chemot, Bamidbar, Rut, Divrei ha-Yamim, Ezra-Nehemya
L’appel d’Abraham (à venir)Gn 12,1-9Yehoshoua, Yeshayahou, Yehezqel, Ezra-Nehemya
L’alliance avec Abraham et la circoncision (à venir)Gn 15 ; 17Yirmeyahou, Tehilim
Sodome et Gomorrhe (à venir)Gn 18-19Devarim, Yeshayahou, Yirmeyahou, Yehezqel, Trei Asar, Eikha
La ligature d’Isaac (à venir)Gn 22Divrei ha-Yamim
Béthel et le Yabboq (à venir)Gn 28,10-22 ; 32,23-33 ; 35Trei Asar
Joseph et ses frères (à venir)Gn 37-50Tehilim, Trei Asar
Les bénédictions de Jacob et de Moïse (à venir)Gn 49Devarim
Le chabbat (à venir)Gn 2,1-3Chemot, Devarim, Yirmeyahou, Yeshayahou, Yehezqel, Ezra-Nehemya

2. Le texte

Le texte de Bereshit est remarquablement stable, mais trois lieux font difficulté et sont attestés dans la tradition elle-même.

Gn 4,8. Le texte massorétique porte « Caïn dit à Abel son frère » — et rien de ce qu’il dit. La phrase reste suspendue. La Septante, le Pentateuque samaritain, le targum et la Vulgate complètent : « allons aux champs ». Les manuscrits de Qumrân appuient le texte long. La tradition massorétique a donc conservé une lacune plutôt que de la combler, ce qui est un indice de sa méthode.

Les chronologies. Les âges des patriarches d’avant le déluge diffèrent entre le texte massorétique, la Septante et le Pentateuque samaritain, avec des écarts de plusieurs siècles sur l’intervalle entre la création et le déluge. Les trois systèmes sont cohérents chacun de son côté, ce qui indique des révisions volontaires et non des erreurs de copie.

Les tiqouné soferim. La tradition reconnaît elle-même une liste de corrections de scribes — passages où le texte aurait été modifié par respect, pour éviter une formulation jugée inconvenante à l’égard de Dieu. Gn 18,22 en fait partie : le texte porte « Abraham se tenait devant le Seigneur », là où la forme ancienne aurait porté l’inverse.

3. Le dossier historico-critique

Position du site L’hypothèse documentaire est exposée ici comme l’état d’un débat savant, et non adoptée comme cadre. Ce choix n’est pas une prudence diplomatique : la forme classique de l’hypothèse — quatre sources autonomes, datables, identifiables verset par verset — est aujourd’hui contestée par une part importante des spécialistes eux-mêmes, et aucune version de remplacement n’est stabilisée. Un site qui adopterait l’une d’elles daterait immédiatement.

Les données. Elles sont anciennes et elles ne sont pas contestées. Gn 1,1-2,4a et Gn 2,4b-25 donnent deux récits de création dont l’ordre, le vocabulaire et le style diffèrent : dans le premier, l’humain est créé en dernier, mâle et femelle ensemble, par une parole ; dans le second, l’homme est formé le premier, d’une glaise, et la femme ensuite. Le premier emploie Elohim, le second YHWH Elohim. Le récit du déluge comporte des doublets et deux comptes des animaux — un couple de chaque espèce en Gn 6,19, sept paires d’animaux purs en Gn 7,2.

L’histoire de l’hypothèse. Jean Astruc, médecin croyant, propose en 1753 de distinguer deux mémoires selon les noms divins, pour défendre l’authenticité mosaïque en expliquant les répétitions. Julius Wellhausen donne en 1878 la forme classique à quatre sources — J, E, D, P — avec une chronologie qui place le corpus sacerdotal en dernier. L’édifice a dominé un siècle.

Où en est la discussion. La source E est aujourd’hui largement abandonnée. La datation tardive de P est contestée par les travaux israéliens, notamment ceux de Menahem Haran et d’Avi Hurvitz, sur des arguments linguistiques. Rolf Rendtorff et Erhard Blum ont proposé des modèles de blocs plutôt que de sources continues. La recherche nord-américaine et israélienne et la recherche européenne ne travaillent plus tout à fait avec les mêmes instruments. Ce qui subsiste sans contestation sérieuse est le constat de départ : le texte est composite. Ce qui est ouvert est la manière de le décrire.

Il faut ajouter un fait que les exposés omettent souvent : la tradition juive a relevé ces difficultés bien avant la critique. Ibn Ezra signale au XIIe siècle des passages qu’il juge post-mosaïques, par des formules voilées — « celui qui comprend se taira ». Le Talmud discute des derniers versets de Devarim. Constater une difficulté textuelle n’est pas une invention du XVIIIe siècle.

4. La lecture

ParashaChapitresHaftara (rite ashkénaze)Enjeu du rapprochement
Bereshit1,1 - 6,8Isaïe 42,5-43,10Le créateur du ciel est celui qui appelle le serviteur : la création est rapportée à l’élection
Noah6,9 - 11,32Isaïe 54,1-55,5« Comme aux jours de Noé » : l’alliance après le déluge garantit celle d’après l’exil
Lekh Lekha12,1 - 17,27Isaïe 40,27-41,16Abraham « mon ami » : le départ du patriarche fonde la consolation
Vayera18,1 - 22,242 Rois 4,1-37Deux annonces de naissance à des femmes stériles, deux enfants rendus
Hayé Sara23,1 - 25,181 Rois 1,1-31La vieillesse d’Abraham et celle de David
Toledot25,19 - 28,9Malachie 1,1-2,7« J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü » — verset dont Paul fera un usage décisif en Rm 9

Le principe des haftarot mérite d’être énoncé : le passage prophétique n’est pas choisi pour commenter la parasha mais pour entrer en résonance avec elle, souvent par un seul mot. L’association produit un sens que ni l’un ni l’autre texte ne porte seul. C’est une forme d’exégèse par montage, et elle est liturgique avant d’être savante.

5. Le targum

Onkelos traduit Gn 1,1 sans difficulté, mais il intervient dès qu’une formule prête à l’anthropomorphisme. « Dieu se promenait dans le jardin » (Gn 3,8) devient « la voix de la Parole du Seigneur se promenait ». Le targum introduit ainsi le memra, la Parole, comme terme d’écran entre Dieu et le monde — procédé constant et dont l’intérêt dépasse le judaïsme : les études sur le prologue de Jean l’ont abondamment discuté.

Le Pseudo-Jonathan, beaucoup plus développé, ajoute des récits entiers : il nomme la femme de Caïn, fait de Samaël le serpent, raconte la fabrication des vêtements de peau. Le Neofiti donne sur Gn 22 une version de la ligature où Isaac parle et consent explicitement — élément absent du texte hébreu et lourd de conséquences pour la lecture de l’épisode.

6. La parshanut

Rachi ouvre son commentaire par une question qui est une déclaration de méthode : pourquoi la Torah commence-t-elle par la création et non par le premier commandement, puisqu’elle est un livre de prescriptions ? Sa réponse — pour établir que la terre appartient à Dieu qui la donne à qui il veut — est ouvertement polémique et adressée à son temps.

Rashbam, son petit-fils, relit Gn 1,5 pour établir que le jour commence au matin, contre l’usage halakhique qui le fait commencer au soir. Il maintient la pratique et donne du verset le sens qu’il y lit. Le cas est le meilleur exemple médiéval d’une séparation assumée entre peshat et norme.

Ibn Ezra annote Gn 12,6 — « le Cananéen était alors dans le pays » — d’une formule restée célèbre : « il y a là un secret, et celui qui comprend se taira ». Spinoza y lira au XVIIe siècle l’aveu voilé d’une rédaction postérieure à Moïse, et il le dira, lui, à voix haute.

Ramban introduit le principe selon lequel les actes des pères sont un signe pour les fils — maassé avot siman le-banim —, qui fait du récit patriarcal une préfiguration de l’histoire d’Israël. Le procédé ressemble formellement à la typologie chrétienne et il en diffère sur un point décisif : il reste à l’intérieur d’une seule histoire, celle du peuple, et n’annonce pas un autre.

7. Midrash et halakha

Bereshit Rabba, recueil palestinien du Ve siècle, est le principal midrash aggadique sur le livre, et il procède verset par verset. Sa méthode est reconnaissable : il pose une question sur une anomalie du texte, propose plusieurs réponses attribuées à des maîtres différents, et ne tranche pas. C’est le même régime que le Talmud, appliqué au récit.

Sur le plan halakhique, Bereshit fonde peu — la Torah normative commence véritablement avec Chemot 12. Les rabbins y rattachent néanmoins sept commandements dits noahides, obligatoires pour toute l’humanité et non pour les seuls juifs : interdits de l’idolâtrie, du blasphème, du meurtre, de l’inceste, du vol, de la consommation d’un membre arraché à un animal vivant, et obligation d’instituer des tribunaux (b. Sanhédrin 56a). Cette construction est considérable : elle établit une norme universelle sans exiger de conversion, et elle constitue la réponse juive classique à la question du salut des non-juifs — un juste des nations a part au monde à venir.

8. Réception chrétienne et sa critique

Le cadre historique des controverses où ces versets ont été employés — Paris 1240, Barcelone 1263, Tortose 1413-1414 — est exposé dans le module Rencontres et polémiques.

Trois passages de Bereshit ont produit, dans la tradition chrétienne, des lectures qui ont eu des effets sur les juifs eux-mêmes. Ils sont exposés ici avec les deux lectures côte à côte.

PassageLecture chrétienneLecture juiveÉtat du dossier
Gn 3Chute et péché originel transmis à toute la descendance ; fondement de la nécessité de la rédemptionFaute des premiers humains, dont les conséquences sont réelles — mortalité, peine — sans transmission d’une corruption de nature. L’homme naît avec deux penchants, yetser ha-tov et yetser ha-ra, et peut choisirLa doctrine du péché originel est augustinienne et le texte ne la contient pas ; Paul en Rm 5 fait un usage typologique qui ne s’impose pas au lecteur du verset
Gn 3,15« Protévangile » : la descendance de la femme écrasant la tête du serpent est lue comme annonce du Christ, et la Vulgate porte ipsa conteret — « elle écrasera » —, ce qui a nourri l’iconographie marialeÉtiologie de l’hostilité entre les hommes et les serpents, avec un jeu sur « la tête » et « le talon »Le féminin ipsa de la Vulgate ne correspond pas à l’hébreu, qui porte un masculin. Les éditions critiques latines ont rétabli ipse
Gn 22 — l’AqedaFigure du sacrifice du Fils : Isaac portant le bois, le bélier substitué, le lieu identifié au GolgothaÉpreuve d’Abraham, mémorial invoqué dans la liturgie de Roch ha-Chana ; dans certaines traditions midrashiques, Isaac consent et son sang est évoqué — développement dont la datation est débattueLe rapprochement entre les lectures juives de l’Aqeda et la théologie chrétienne du sacrifice est l’un des dossiers les plus disputés, et la question de savoir qui a influencé qui reste ouverte

La mahloket

L’Aqeda : épreuve réussie ou échec ?

Gn 22 est le récit le plus commenté du livre et le plus dérangeant. Le texte dit qu’Abraham est éprouvé ; il ne dit pas qu’il a réussi. Après la scène, Dieu ne lui parle plus, Sara meurt au chapitre suivant, et Isaac n’est jamais montré redescendant de la montagne. La mahloket porte sur ce que le silence du texte autorise à conclure.

Le Beit Midrash classique

L’épreuve est réussie, et le mérite acquis subsiste : le zekhout avot est invoqué dans la liturgie de Roch ha-Chana, où l’on demande à Dieu de se souvenir de la ligature et de faire taire sa colère. Le midrash développe la scène bien au-delà du texte : il fait d’Isaac un adulte consentant, il place le bélier parmi les dix choses créées à la veille du premier chabbat, il fait dire à Abraham qu’il aurait pu invoquer la promesse et qu’il s’est tu. Le silence de Dieu après l’épisode est relevé par les commentateurs et il est expliqué, non nié.

Orthodoxie moderne

Soloveitchik lit l’Aqeda comme le paradigme de tout acte religieux : l’homme conquiert le monde puis est appelé à rendre ce qu’il a conquis, et le sacrifice n’est pas l’anéantissement mais la restitution. Le fait que le sacrifice n’ait pas lieu est le centre du récit et non son dénouement heureux : ce qui est demandé est le consentement, non l’exécution, et l’ange arrête la main précisément pour que la différence soit visible. L’épreuve porte donc sur la disponibilité et elle est réussie au moment où le couteau se lève.

Monde haredi et litvak

La question « a-t-il réussi ? » est étrangère au texte. Le verset conclut : « maintenant je sais que tu crains Dieu » — c’est une constatation divine, et il n’y a pas à en appeler. La difficulté que l’on croit trouver dans le silence subséquent vient d’une attente narrative moderne, qui exige une scène de réconciliation. Le texte n’en a pas besoin. Ce qu’il faut retenir est l’obéissance, et ce que l’on peut méditer est le prix qu’elle coûte, ce que les commentateurs n’ont jamais dissimulé.

Hassidisme

Abraham est l’homme de la bonté — hessed — et il lui est demandé l’acte le plus contraire à sa nature. C’est cela, l’épreuve : non pas obéir, mais servir contre sa propre disposition. Le Kotzker et d’autres ont soutenu qu’un homme qui aurait tué son fils avec empressement aurait échoué ; ce qui est agréé est l’obéissance d’un homme qui en souffre. Le silence qui suit est le prix, et il est dit.

Massorti

Le récit doit être lu dans son contexte ancien, où le sacrifice d’enfants est attesté chez les voisins d’Israël et polémiqué par les prophètes — Jérémie dit que Dieu ne l’a jamais ordonné et que cela n’est pas monté à son cœur (Jr 7,31). Gn 22 est alors lisible comme un récit d’étiologie et de rupture : ce qui est demandé est refusé au dernier moment, et l’interdit fondateur est posé. Cette lecture n’enlève rien à la force du texte ; elle en déplace l’objet, d’une théologie de l’obéissance vers une théologie de la limite.

Réformé et libéral

Le mouvement a très tôt exprimé un malaise devant ce texte, et il ne le dissimule pas. Certaines lectures contemporaines soutiennent qu’Abraham échoue : il a discuté avec Dieu pour Sodome, il ne discute pas pour son fils, et le silence divin qui suit sanctionnerait cet échec. D’autres refusent cette lecture comme anachronique. Le point d’accord est méthodologique : un texte que l’on trouve moralement intolérable doit être affronté comme tel, et non neutralisé par une allégorie.

Monde séfarade et mizrahi

La liturgie tranche à sa manière. L’Aqeda est récitée quotidiennement dans les préliminaires de l’office selon le rite séfarade, et non seulement à Roch ha-Chana. Elle y est invoquée comme mérite : « souviens-toi en notre faveur de l’alliance et de la ligature ». La question de la réussite ne se pose donc pas dans ces termes — le texte est devenu une prière, et l’on ne demande pas d’une prière si son personnage a réussi. Les piyoutim d’Ibn Gabirol et des poètes d’Espagne y reviennent constamment.

Où en est la discussion

Le texte ne dit pas si Abraham a réussi, et les sept positions se répartissent selon ce qu’elles font de ce silence. Trois le comblent par le mérite — classique, séfarade, hassidique — et transforment le récit en prière, ce qui suspend la question. Deux le comblent par l’interprétation de l’épreuve : l’orthodoxie moderne en fait une épreuve de disponibilité réussie au moment où le couteau se lève, le hassidisme une épreuve contre la nature propre. Une le laisse ouvert et l’assume, la voix réformée, en refusant de neutraliser un texte moralement intolérable. Une déplace l’objet : la lecture massorti fait de Gn 22 un récit de rupture avec le sacrifice d’enfants attesté chez les voisins d’Israël, ce qui est la position la mieux étayée documentairement — et celle que Justin reconnaît comme la plus embarrassante pour l’usage typologique chrétien, puisqu’un texte qui dit que Dieu n’exige pas cela ne peut pas servir à dire qu’il l’a exigé une fois.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Sept pistes formulées de manière falsifiable. Bereshit est le livre le plus travaillé du corpus : les sujets retenus privilégient donc les angles sériels et les dossiers de réception, où le terrain est moins saturé.

H1. Le consentement d’Isaac : qui a influencé qui ?

  • Doctorat
  • Histoire comparée des exégèses
  • 5 ans

Hypothèse. Les développements midrashiques faisant d’Isaac un adulte consentant et la théologie chrétienne du consentement du Fils se développent dans la même aire et dans le même siècle ; la chronologie fine des attestations permet de tester l’hypothèse d’une influence, et dans quel sens.

État de la question
Shalom Spiegel a soutenu en 1950 que les traditions juives sur le sang d’Isaac étaient anciennes ; d’autres y voient une réponse à la théologie chrétienne. Le débat n’a pas été tranché par une chronologie serrée.
Corpus
Gn 22 ; targoums Neofiti et Pseudo-Jonathan ; Bereshit Rabba 55-56 ; piyoutim de l’Aqeda ; Méliton de Sardes ; Origène, Homélies sur la Genèse 8 ; 4 Maccabées ; Josèphe, Ant. I, 222-236.
Méthode
Dater les attestations dans les deux corpus selon des critères explicites et examiner les milieux de contact.

Ce qui la réfuterait : Une antériorité nette et non ambiguë de l’un des deux corpus.

H2. Le memra des targoums et le prologue de Jean

  • Doctorat
  • Targoumique / NT
  • 4-5 ans

Hypothèse. L’emploi du memra comme terme d’écran dans les targoums est un procédé de traduction et non une hypostase, et son rapprochement avec le λόγος johannique repose sur une confusion entre fonction syntaxique et statut théologique — hypothèse testable par le relevé exhaustif des emplois.

État de la question
Le rapprochement est proposé depuis le XIXe siècle et régulièrement repris. Les targoumistes le contestent, notamment Domingo Muñoz León ; le relevé exhaustif n’est pas publié en français.
Corpus
Onkelos, Neofiti, Pseudo-Jonathan sur l’ensemble de la Torah ; Jn 1,1-18 ; Philon sur le λόγος ; Sagesse 18,15.
Méthode
Relever tous les emplois du memra, coder la construction syntaxique et le type d’anthropomorphisme évité, et tester la valeur hypostatique.

Ce qui la réfuterait : Des emplois du memra en position de sujet agissant indépendamment de tout anthropomorphisme à éviter.

H3. Les chronologies divergentes d’avant le déluge

  • Master
  • Critique textuelle
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les écarts systématiques entre le texte massorétique, la Septante et le Pentateuque samaritain sur les âges des patriarches résultent de trois révisions volontaires et cohérentes, chacune orientée par une contrainte identifiable — la date du déluge, celle de l’entrée en Égypte, ou la position du mont Garizim.

État de la question
Les trois systèmes sont connus et tabulés. L’hypothèse d’une révision orientée est ancienne ; elle n’a pas été testée sur l’ensemble des trois corpus simultanément.
Corpus
Gn 5 et 11 dans le TM, la LXX, le Pentateuque samaritain ; Jubilés ; Josèphe ; Démétrios le Chronographe ; manuscrits de Qumrân.
Méthode
Reconstituer les trois systèmes complets, identifier les points d’ancrage de chacun, et tester la cohérence interne des révisions supposées.

Ce qui la réfuterait : Une distribution des écarts sans orientation cohérente dans l’un des trois systèmes.

H4. Les sept commandements noahides : formation et usages

  • Doctorat
  • Halakha / théologie des religions
  • 4-5 ans

Hypothèse. La liste des sept commandements noahides est une construction tannaïtique tardive, et son emploi comme réponse à la question du salut des non-juifs est postérieur à sa formulation ; les deux chronologies sont dissociables.

État de la question
La liste de b. Sanhédrin 56a est bien connue. Son histoire de formation et l’apparition de son usage sotériologique n’ont pas été distinguées sériellement.
Corpus
t. Avoda Zara 8,4 ; b. Sanhédrin 56a-60a ; Bereshit Rabba 16 ; Maïmonide, Hilkhot Melakhim 8-10 ; usages modernes dans le dialogue interreligieux.
Méthode
Dater les attestations de la liste et celles de son emploi sotériologique, et comparer les deux séries.

Ce qui la réfuterait : Une apparition simultanée de la liste et de son usage sotériologique.

H5. Ipsa conteret : histoire d’une variante

  • Master
  • Histoire des traductions
  • 12-18 mois

Hypothèse. Le féminin de Gn 3,15 dans la Vulgate, contraire à l’hébreu, a produit une iconographie mariale entière, et la persistance de cette iconographie après le rétablissement du masculin dans les éditions critiques est mesurable.

État de la question
La variante et sa correction sont connues des latinistes. L’effet sur l’iconographie et la persistance après correction n’ont pas été étudiés ensemble.
Corpus
Gn 3,15 en hébreu, LXX, Vulgate clémentine et Néo-Vulgate (1979) ; iconographie de l’Immaculée ; Ineffabilis Deus (1854) ; manuels d’iconographie.
Méthode
Recenser les occurrences iconographiques datées et les corréler à l’histoire éditoriale du verset.

Ce qui la réfuterait : Une disparition rapide du motif iconographique après le rétablissement du masculin.

H6. La haftara comme exégèse par montage

  • Master
  • Liturgie / exégèse
  • 12-18 mois

Hypothèse. Le choix des haftarot obéit à des principes repérables — mot-crochet, situation parallèle, contraste — dont la distribution diffère significativement entre les rites ashkénaze, séfarade et yéménite, et ces divergences révèlent des lectures distinctes des mêmes parashiyot.

État de la question
Les listes divergentes sont connues et tabulées dans les éditions. Leur analyse comme choix exégétiques n’a pas été conduite comparativement.
Corpus
Listes de haftarot des trois rites ; Mahzor Vitry ; Tosefta Meguila 3 ; fragments de la Genizah attestant le cycle triennal palestinien.
Méthode
Coder le principe d’association pour chaque couple dans les trois rites et analyser les divergences.

Ce qui la réfuterait : Une identité des listes entre rites, ou des associations sans principe repérable.

H7. Ibn Ezra et Spinoza : reconstituer une filiation

  • Master
  • Histoire des idées
  • 12-18 mois

Hypothèse. Spinoza tire explicitement du Traité théologico-politique son argument sur la rédaction post-mosaïque de la Torah des annotations voilées d’Ibn Ezra, et la comparaison des passages montre une dépendance directe et non une convergence.

État de la question
Spinoza cite Ibn Ezra et l’admiration est connue. L’ampleur exacte de l’emprunt et son rôle dans la construction de l’argument n’ont pas été mesurés.
Corpus
Ibn Ezra sur Gn 12,6 ; Dt 1,2 ; 34,1 ; Spinoza, Traité théologico-politique, chap. 8 ; commentaires médiévaux intermédiaires ; bibliothèque de Spinoza.
Méthode
Collationner les passages et établir la chaîne de transmission — édition employée, intermédiaires possibles.

Ce qui la réfuterait : Une construction de l’argument spinozien indépendante des passages d’Ibn Ezra.

Bibliographie sélective

Sources et instruments

  • La Bible. Traduction du rabbinat, dir. Zadoc Kahn. Paris, 1899 ; rééd. Tel-Aviv : Sinaï.
  • Rachi. Commentaire sur la Genèse. Paris : Gallimard, 1994.
  • Bereshit Rabba. Éd. Theodor-Albeck. Jérusalem : Wahrmann, 1965.

Études

  • Blum, Erhard. Die Komposition der Vätergeschichte. Neukirchen-Vluyn : Neukirchener, 1984.
  • Hurvitz, Avi. A Linguistic Study of the Relationship between the Priestly Source and the Book of Ezekiel. Paris : Gabalda, 1982.
  • Kugel, James L. Traditions of the Bible. Cambridge : Harvard University Press, 1998.
  • Römer, Thomas. L’invention de Dieu. Paris : Seuil, 2014.
  • Ska, Jean-Louis. Introduction à la lecture du Pentateuque. Bruxelles : Lessius, 2000.
  • Spiegel, Shalom. The Last Trial. New York : Pantheon, 1967.
  • Zakovitch, Yair. Une introduction à l’exégèse intrabiblique. Jérusalem : Rubin Mass, 1992 [hébreu].

Voir aussi