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Tanakh — Torah, livre V

Devarim

Le livre trouvé sous Josias, les traités assyriens, le Chema et la loi du roi

Le livre qui porte le dossier critique le plus ancien de toute la recherche biblique, et qui contient le verset le plus récité du judaïsme. Les deux faits sont liés : ce qui distingue Devarim des quatre autres livres — sa langue, sa théologie, son insistance sur un lieu unique — est précisément ce qui a conduit à l’identifier au rouleau trouvé dans le Temple en 622.

1. Le livre

דְּבָרִים, Devarim — « paroles », d’après l’incipit. Le grec Δευτερονόμιον vient d’une lecture de Dt 17,18, où le roi doit écrire pour lui mishné ha-torah, « une copie de cette Torah » ; les traducteurs ont compris « seconde loi ». Le nom français perpétue donc un contresens ancien : le livre n’est pas une seconde législation mais un discours.

Trente-quatre chapitres, onze parashiyot. La structure est oratoire : un premier discours rétrospectif (1-4), un deuxième discours qui contient la législation (5-28), un troisième avec l’alliance de Moab (29-30), puis le testament, le cantique, la bénédiction et la mort (31-34).

Passages principaux

Les passages de Devarim qui font l’objet d’un sous-module transversal, avec les autres livres où ils reviennent. Voir l’index des passages.

PassageDans ce livreRevient aussi dans
Sodome et Gomorrhe (à venir)Dt 29,22Bereshit, Yeshayahou, Yirmeyahou, Yehezqel, Trei Asar, Eikha
Les bénédictions de Jacob et de Moïse (à venir)Dt 33Bereshit
Le buisson ardentDt 33,16Chemot, Yeshayahou, Yirmeyahou
La Pâque (à venir)Dt 16,1-8Chemot, Vayiqra, Bamidbar, Yehoshoua, Melakhim, Divrei ha-Yamim, Ezra-Nehemya, Yehezqel
La sortie d’ÉgypteDt 6,20-25 ; 26,5-9Chemot, Yehoshoua, Tehilim, Yeshayahou, Yirmeyahou, Yehezqel, Trei Asar, Ezra-Nehemya
La manne (à venir)Dt 8,3.16Chemot, Bamidbar, Yehoshoua, Tehilim, Ezra-Nehemya
Le veau d’or (à venir)Dt 9,7-10,11Chemot, Melakhim, Trei Asar, Tehilim, Ezra-Nehemya
Les explorateurs (à venir)Dt 1,19-46Bamidbar, Yehoshoua, Tehilim
La révolte de Qorah (à venir)Dt 11,6Bamidbar, Tehilim
Balaam (à venir)Dt 23,5-6Bamidbar, Yehoshoua, Trei Asar, Ezra-Nehemya
La mort de Moïse (à venir)Dt 32,48-52 ; 34Bamidbar, Yehoshoua, Tehilim
Le DécalogueDt 5,6-21 ; 10,1-5Chemot, Vayiqra, Yirmeyahou, Trei Asar, Tehilim, Ezra-Nehemya
La théophanie du Sinaï (à venir)Dt 4,9-40 ; 5,1-5Chemot, Shoftim, Tehilim, Trei Asar, Melakhim, Ezra-Nehemya
Le Chema (à venir)Dt 6,4-9 ; 11,13-21Bamidbar, Trei Asar
Le chabbat (à venir)Dt 5,12-15Bereshit, Chemot, Yirmeyahou, Yeshayahou, Yehezqel, Ezra-Nehemya
L’institution de la royauté (à venir)Dt 17,14-20Shmuel, Shoftim, Trei Asar
Josias et le livre trouvé (à venir)Dt 12 ; 28Melakhim, Divrei ha-Yamim
La nouvelle alliance (à venir)Dt 30,6Yirmeyahou, Yehezqel

2. Le texte

Dt 32,8 : la variante la plus lourde du Pentateuque Le texte massorétique porte que le Très-Haut fixa les frontières des peuples « selon le nombre des fils d’Israël ». La Septante porte « selon le nombre des anges de Dieu », et un manuscrit de Qumrân, 4QDeutj, porte bené Elohim — « fils de Dieu ». La leçon de Qumrân et celle du grec convergent contre le texte reçu, et elles supposent un partage des nations entre des êtres divins, chaque peuple recevant le sien, Israël revenant au Seigneur. La leçon massorétique élimine cette représentation. C’est l’un des rares cas où l’on peut observer une correction théologique dans la transmission d’un texte, et le dossier est admis de part et d’autre.

Le papyrus Nash, acquis en Égypte en 1902 et daté du IIe siècle avant l’ère commune, porte le Décalogue suivi du Chema — association liturgique qui montre que les deux textes étaient déjà réunis dans un usage de prière. Avant Qumrân, il était le plus ancien fragment biblique hébreu connu.

Les phylactères de Qumrân contiennent des sélections de passages plus larges que celles fixées ultérieurement par la halakha : certains incluent le Décalogue. La Mishna conservera d’ailleurs la trace d’une récitation quotidienne du Décalogue au Temple, abandonnée « à cause des objections des hérétiques » (m. Tamid 5,1 ; b. Berakhot 12a) — indice d’une polémique dont le contenu est discuté.

3. Le dossier historico-critique

L’hypothèse fondatrice. Wilhelm Martin Leberecht de Wette soutient en 1805, dans sa dissertation, que le rouleau trouvé dans le Temple sous Josias en 622 (2 R 22-23) était Devarim ou un noyau de Devarim. L’argument tient en un point : le livre exige un lieu unique de sacrifice, et la réforme de Josias supprime précisément les sanctuaires locaux. Cette hypothèse est le point de départ de toute la critique du Pentateuque — l’ancrage chronologique dont Wellhausen se servira pour construire sa séquence.

Le dossier des traités assyriens. En 1955, les fouilles de Nimroud livrent les tablettes du traité de succession d’Assarhaddon, daté de 672. Sa structure — préambule, stipulations, témoins divins, bénédictions et surtout malédictions — recoupe étroitement celle de Devarim, et certaines malédictions de Dt 28 suivent l’ordre et les formules du traité. La conclusion tirée par la majorité des chercheurs est que Devarim emprunte la forme du traité de vassalité néo-assyrien et la retourne : le suzerain n’est plus le roi d’Assyrie mais le Seigneur. La date du traité fournit un terme après lequel situer la composition.

L’histoire deutéronomiste. Martin Noth propose en 1943 que Devarim ouvre un ensemble historique continu — Josué, Juges, Samuel, Rois — écrit selon une même grille de jugement. Le modèle a été affiné : on distingue aujourd’hui plusieurs rédactions, l’une avant l’exil et optimiste, l’autre pendant l’exil et expliquant la catastrophe.

Ce que la tradition avait relevé. Ibn Ezra annote Dt 1,2 — « au-delà du Jourdain » — d’une remarque voilée devenue célèbre, et il énumère ailleurs plusieurs passages qu’il tient pour rédigés d’un autre point de vue que celui de Moïse. Le Talmud, sur les huit derniers versets, rapporte deux avis : Josué les a écrits, ou Moïse en pleurant (b. Baba Batra 15a). La difficulté était donc posée.

4. La lecture

Le Chema (6,4-9) et le second paragraphe (11,13-21) sont récités matin et soir ; avec Nb 15, ils forment les trois paragraphes des phylactères et de la mezouza. Devarim fournit donc le texte le plus fréquemment prononcé du judaïsme.

Les malédictions de Dt 28 — la tokheha — sont lues à voix basse et rapide, et l’usage veut qu’on n’appelle personne nommément à cette montée à la Torah. Le dispositif liturgique traite le texte comme dangereux à proférer.

Le cycle annuel s’achève sur la mort de Moïse à Simhat Torah, immédiatement suivie de la reprise de Gn 1. Les onze parashiyot du livre couvrent les semaines qui vont du 9 Av à la fin des fêtes d’automne, et leurs haftarot sont précisément celles des sept semaines de consolation tirées d’Isaïe.

5. Le targum

Onkelos rend Dt 6,4 littéralement, sans amplification, ce qui est remarquable pour un verset devenu le lieu de tant de polémiques. Le Pseudo-Jonathan, lui, ajoute une mise en scène : Jacob mourant interroge ses fils sur leur fidélité et ils répondent par le Chema ; d’où, explique-t-il, la réponse murmurée « béni soit le nom de la gloire de son règne à jamais » qui suit le verset dans la liturgie et qui ne figure pas dans la Torah.

6. La parshanut

Rachi sur Dt 6,4 lit une affirmation en deux temps : le Seigneur qui est notre Dieu aujourd’hui sera reconnu comme Dieu un par tous, ce qui rattache le verset à Zacharie 14,9. La lecture est eschatologique et non arithmétique.

Ibn Ezra s’attache à la grammaire et sème ses réserves. Ramban développe le rapport entre les commandements et la terre : plusieurs prescriptions ne valent qu’en terre d’Israël, et l’exil est décrit comme une pratique par anticipation.

La lecture de ehad — « un » ou « seul » — a été mobilisée dans les controverses médiévales contre la doctrine trinitaire, et les commentateurs de l’aire chrétienne insistent sur ce point bien plus que ceux de l’aire musulmane, où l’unité divine n’était pas un point de désaccord.

7. Midrash et halakha

Sifré Devarim, midrash halakhique tannaïtique, est le principal recueil sur le livre. Les prescriptions qui en dérivent sont parmi les plus visibles du judaïsme pratiqué : phylactères, mezouza, bénédiction après le repas (Dt 8,10), obligation d’écrire un rouleau de Torah (Dt 31,19), lois de la guerre (Dt 20), du roi (Dt 17,14-20), du prophète (Dt 18), du divorce (Dt 24,1-4), de l’année sabbatique et du prosbol (Dt 15).

La loi du roi mérite une note : elle limite le souverain — pas trop de chevaux, pas trop de femmes, pas trop d’argent — et lui impose de copier lui-même une Torah et de la lire tous les jours de sa vie. C’est l’une des premières limitations écrites du pouvoir royal connues, et la Mishna en tire des règles précises sur ce que le roi ne peut pas faire.

8. Réception chrétienne et sa critique

Le cadre historique des controverses où ces versets ont été employés — Paris 1240, Barcelone 1263, Tortose 1413-1414 — est exposé dans le module Rencontres et polémiques.

PassageLecture chrétienneLecture juiveÉtat du dossier
Dt 6,4-5Jésus cite le verset comme premier commandement (Mc 12,29-30), seul passage du NT à citer le Chema en entierProclamation quotidienne de l’unité et de l’amour dûPoint de convergence réelle : le passage est cité conformément à son sens
Dt 18,15Annonce d’un prophète unique, appliquée au Christ (Ac 3,22)Institution prophétique, avec critère de discernement donné aux versets suivantsLe singulier hébreu a une valeur collective courante ; le contexte immédiat oppose le prophète aux devins des nations
Dt 21,23Paul l’applique à la croix en Ga 3,13 : « maudit celui qui est pendu au bois »Prescription sur l’exposition d’un cadavre de supplicié, à retirer avant la nuitPaul cite en abrégeant : l’hébreu porte « une malédiction de Dieu est le pendu », formule dont le sens est discuté dans le judaïsme même

La mahloket

Devarim est-il le livre trouvé sous Josias ?

L’hypothèse de De Wette est le point de départ de la critique biblique moderne. Elle met en jeu bien plus qu’une datation : elle demande ce que devient l’autorité d’un texte si l’on peut nommer le siècle et le milieu qui l’ont produit.

Le Beit Midrash classique

Le récit de 2 Rois 22 rapporte qu’un rouleau fut trouvé, et la tradition y voit le rouleau de Moïse retrouvé après avoir été caché sous Manassé. Le Talmud sait d’ailleurs que le rouleau était ouvert à Dt 28 lorsqu’il fut lu. Que le livre ait été oublié puis retrouvé est ce que le texte lui-même raconte ; l’hypothèse moderne ajoute seulement qu’il aurait été composé alors, ce qui est une inférence et non une lecture.

Orthodoxie moderne

Les données sont réelles et il faut les traiter : la correspondance entre les exigences du livre et les mesures de Josias est frappante, et les parallèles avec les traités assyriens sont documentés. On peut les intégrer sans conclure à une composition tardive — un texte ancien peut avoir été remis en vigueur, réédité, adapté à une forme diplomatique connue de ses lecteurs. Ce qui n’est pas acceptable est le saut du constat de ressemblance à la thèse de fabrication, saut qui n’est jamais démontré.

Monde haredi et litvak

La Torah a été donnée à Moïse, Devarim compris, et la question ne se pose pas dans ces termes. Il faut ajouter une observation sur l’histoire de l’hypothèse : De Wette écrit en 1805 dans un milieu où l’on cherchait à établir que le judaïsme était une religion tardive et sacerdotale, construite après coup. Cette visée a orienté la recherche pendant un siècle, et Wellhausen a écrit sur le judaïsme du Second Temple des pages que l’on n’oserait plus publier. Une hypothèse peut être techniquement séparable de son contexte ; elle ne l’a pas toujours été.

Hassidisme

Ce qui importe est ce que le livre fait. Devarim est le discours d’un homme qui sait qu’il va mourir et qui parle à ceux qui entreront sans lui ; toute sa force tient dans cette situation. Un texte se juge à ce qu’il produit dans celui qui le reçoit, et la date de sa mise par écrit ne change rien à ce que fait le Chema prononcé le soir.

Massorti

L’hypothèse est solide et le mouvement l’enseigne. Sa force ne tient pas à un argument mais à la convergence de plusieurs séries indépendantes : la correspondance avec la réforme de 622, la forme des traités assyriens du VIIe siècle, la langue, et la théologie de la centralisation qui suppose des sanctuaires locaux encore en activité. Reconnaître cela n’ôte rien à l’autorité du livre : un texte qui a fondé la vie d’un peuple pendant vingt-six siècles n’a pas besoin d’être plus ancien qu’il n’est.

Réformé et libéral

Le mouvement accepte l’hypothèse sans difficulté, et il en tire une conséquence qu’il juge féconde : si Devarim reformule et centralise, alors la tradition a elle-même pratiqué la réforme religieuse à l’intérieur du corpus. Le livre est la preuve scripturaire que l’on peut réécrire l’héritage au nom de l’héritage. C’est l’argument le plus solide du judaïsme libéral et il est tiré du texte lui-même.

Monde séfarade et mizrahi

Le monde judéo-arabe a commenté Devarim sans la pression de cette question, née dans les universités allemandes. Ce qu’il apporte est ailleurs : Saadia traduit et commente en arabe, Maïmonide tire de Dt 17 sa théorie du pouvoir royal limité, et les communautés du Maghreb et d’Orient ont développé autour du Chema une pratique de la proclamation à haute voix dont l’intensité frappe les visiteurs. Le verset est plus chanté que discuté.

Où en est la discussion

Les données sont admises par les sept positions : la correspondance avec la réforme de 622, la forme des traités néo-assyriens, la langue propre du livre. Les divergences portent sur l’inférence. Trois positions la font — massorti, réformée, et l’orthodoxie moderne sous condition. Trois la refusent en distinguant la ressemblance formelle de la fabrication, objection logique et non dogmatique, que Justin reconnaît fondée. Une déplace la question vers l’effet du texte. Deux observations traversent la discussion : la tradition avait relevé les difficultés — Ibn Ezra, b. Baba Batra 15a — bien avant De Wette ; et l’hypothèse est née dans un milieu qui cherchait à établir la tardiveté du judaïsme, ce que la voix haredi rappelle et que Justin concède sans réserve.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Sept pistes formulées de manière falsifiable. Le dossier réunit un corpus épigraphique assyrien entièrement publié, des variantes textuelles décisives et une historiographie dont les motifs sont eux-mêmes documentables.

H1. Dt 32,8 : anatomie d’une correction

  • Doctorat
  • Critique textuelle
  • 4-5 ans

Hypothèse. La leçon massorétique « fils d’Israël » résulte d’une correction théologique délibérée de « fils de Dieu », attestée par 4QDeutj et la Septante ; la comparaison avec d’autres passages traitant du partage des nations permet d’établir la cohérence de cette correction.

État de la question
Le dossier est admis. Son caractère isolé ou systématique n’a pas été testé sur l’ensemble des passages concernés.
Corpus
Dt 32,8-9 dans le TM, 4QDeutj, 4QDeutq, LXX ; Ps 82 ; Dn 10 ; textes ougaritiques sur l’assemblée divine ; listes des tiqouné soferim.
Méthode
Relever les passages impliquant une pluralité divine et comparer leur traitement dans les témoins.

Ce qui la réfuterait : Un traitement variable, incompatible avec une correction systématique.

H2. Devarim et le traité d’Assarhaddon

  • Doctorat
  • Épigraphie / exégèse
  • 4-5 ans

Hypothèse. La dépendance de Dt 28 à l’égard des malédictions du traité de succession d’Assarhaddon porte sur l’ordre autant que sur les formules, et cet ordre est celui d’une séquence divine assyrienne reprise telle quelle, ce qui exclut la coïncidence typologique.

État de la question
Le parallèle est établi depuis les travaux de Moshe Weinfeld. L’argument de l’ordre a été soulevé par Hans Ulrich Steymans ; il mérite une vérification indépendante.
Corpus
Traité de succession d’Assarhaddon (tablettes de Nimroud, 672) ; Dt 28,20-44 ; traités araméens de Sfiré ; formulaires hittites de vassalité.
Méthode
Collationner les séquences de malédictions et tester la probabilité d’un ordre commun fortuit.

Ce qui la réfuterait : Un ordre divergent, ou des séquences comparables dans des textes sans contact possible.

H3. Le Décalogue retiré de la liturgie

  • Master
  • Liturgie / polémique
  • 12-18 mois

Hypothèse. L’abandon de la récitation quotidienne du Décalogue, attribué par le Talmud aux « objections des hérétiques », vise un groupe identifiable, et le rapprochement avec les phylactères de Qumrân contenant le Décalogue permet de préciser l’enjeu.

État de la question
L’identité des minim visés est disputée : judéo-chrétiens, sectaires, ou groupes soutenant que seul le Décalogue fut révélé. Le dossier n’a pas été traité avec les données de Qumrân.
Corpus
m. Tamid 5,1 ; b. Berakhot 12a ; y. Berakhot 1,5 ; phylactères de Qumrân contenant le Décalogue ; papyrus Nash ; sources patristiques sur le Décalogue.
Méthode
Confronter les témoignages rabbiniques aux pratiques attestées matériellement et aux positions chrétiennes documentées.

Ce qui la réfuterait : Une identification impossible du groupe visé, à établir comme telle.

H4. Wellhausen et le judaïsme du Second Temple

  • Doctorat
  • Historiographie
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les jugements de valeur portés par Wellhausen sur le judaïsme post-exilique ne sont pas des ornements rhétoriques mais des prémisses de son argumentation chronologique, et leur retrait modifierait la construction — hypothèse testable par l’analyse de l’enchaînement des raisons.

État de la question
Le caractère théologiquement orienté des Prolegomena est reconnu. La question de savoir si ces jugements sont séparables de l’argument n’a pas été instruite.
Corpus
Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels (1878) ; De Wette (1805) ; Graf ; réponses juives contemporaines — Geiger, Hoffmann, Kaufmann.
Méthode
Isoler les énoncés évaluatifs et tester si l’argument chronologique subsiste sans eux.

Ce qui la réfuterait : Une indépendance complète de l’argument chronologique à l’égard des jugements de valeur.

H5. La tokheha : traiter un texte comme dangereux

  • Master
  • Liturgie / anthropologie
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les usages entourant la lecture des malédictions — voix basse, absence d’appel nominatif, lecteur volontaire — constituent un dispositif de protection rituelle comparable à ceux attestés pour d’autres textes réputés redoutables, et leur formation est datable.

État de la question
Les usages sont universellement pratiqués et rarement étudiés. Leurs variantes entre rites ne sont pas tabulées.
Corpus
Dt 28 et Lv 26 ; Choulhan Aroukh, Orah Hayim 428 ; coutumiers ashkénazes, séfarades, yéménites ; Sefer Hassidim.
Méthode
Recenser les usages par rite et dater leurs premières attestations.

Ce qui la réfuterait : Une absence de dispositif particulier dans plusieurs rites majeurs.

H6. La loi du roi et la limitation du pouvoir

  • Master
  • Théologie politique
  • 12-18 mois

Hypothèse. Dt 17,14-20 constitue l’une des plus anciennes limitations écrites du pouvoir royal, et la comparaison avec les idéologies royales assyrienne et égyptienne permet d’en mesurer l’originalité — ou de la relativiser.

État de la question
Le caractère limitatif du texte est souligné en théologie politique. La comparaison systématique avec les textes royaux voisins est rare.
Corpus
Dt 17,14-20 ; 1 S 8 ; m. Sanhédrin 2 ; Maïmonide, Hilkhot Melakhim ; inscriptions royales assyriennes ; protocoles royaux égyptiens.
Méthode
Coder les obligations et interdictions imposées au roi dans chaque corpus et comparer.

Ce qui la réfuterait : Des limitations comparables attestées dans les corpus royaux voisins.

H7. Le Chema dans la polémique médiévale

  • Master
  • Histoire des controverses
  • 12-18 mois

Hypothèse. L’argument tiré de l’unité divine dans les commentaires juifs de Dt 6,4 est significativement plus développé dans l’aire chrétienne que dans l’aire musulmane, où l’unité n’était pas contestée — corrélation testable sur un corpus de commentaires localisés.

État de la question
L’intuition est formulée par les historiens de la polémique. Elle n’a pas été vérifiée par comparaison systématique des commentaires selon leur aire.
Corpus
Rachi, Ibn Ezra, Radak, Bahya ben Asher pour l’aire chrétienne ; Saadia, Maïmonide, Ibn Aqnin pour l’aire musulmane ; recueils polémiques — Sefer Nitsahon, Milhamot ha-Chem.
Méthode
Mesurer l’ampleur et l’orientation du traitement du verset selon l’aire de rédaction.

Ce qui la réfuterait : Un développement équivalent dans les deux aires.

Bibliographie sélective

Instruments

  • Weinfeld, Moshe. Deuteronomy and the Deuteronomic School. Oxford : Clarendon, 1972.
  • Tigay, Jeffrey H. Deuteronomy. JPS Torah Commentary. Philadelphie : Jewish Publication Society, 1996.

Études

  • Levinson, Bernard M. Deuteronomy and the Hermeneutics of Legal Innovation. Oxford : Oxford University Press, 1997.
  • Noth, Martin. Überlieferungsgeschichtliche Studien. Halle : Niemeyer, 1943.
  • Otto, Eckart. Deuteronomium 1-11. HThKAT. Fribourg : Herder, 2012.
  • Römer, Thomas. La première histoire d’Israël. Genève : Labor et Fides, 2007.
  • Sommer, Benjamin D. Revelation and Authority : Sinai in Jewish Scripture and Tradition. New Haven : Yale University Press, 2015.
  • Steymans, Hans Ulrich. Deuteronomium 28 und die adê zur Thronfolgeregelung Asarhaddons. Fribourg : Universitätsverlag, 1995.

Voir aussi