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Orientation

Comment s’est faite la Bible hébraïque

Des premiers écrits aux codex massorétiques : composition, fixation, clôture

Dire comment s’est faite la Bible hébraïque, c’est répondre à trois questions distinctes que l’on confond souvent. Comment les textes ont-ils été écrits — par qui, quand, à partir de quoi ? Comment leur texte a-t-il été fixé, lettre par lettre, jusqu’aux manuscrits massorétiques ? Comment la liste des livres a-t-elle été close ? Ce module traite surtout la première question et donne la synthèse des trois. La deuxième est développée dans Tanakh et parshanut, la troisième dans La formation du canon.

Deux récits, un seul objet La tradition rabbinique a son propre récit de la formation de la Bible, et il est plus nuancé qu’on ne le croit. b. Baba Batra 14b-15a attribue :
  • la Torah à Moïse, à l’exception, selon une opinion, des huit derniers versets, qui racontent sa mort et que Josué aurait écrits ;
  • les livres de Josué, des Juges et de Samuel à leurs héros ou à des prophètes contemporains ;
  • Isaïe, les Proverbes, le Cantique et Qohelet à « Ézéchias et son collège » ;
  • Ézéchiel, les Douze, Daniel et Esther aux « hommes de la Grande Assemblée ».
La tradition sait donc que plusieurs livres ont été mis par écrit longtemps après les personnages qui les portent. La critique moderne étend cette observation à la Torah elle-même. Le site expose les deux récits sans donner l’un pour la vérité de l’autre, conformément à la règle fixée pour l’hypothèse documentaire.

1. L’écriture dans l’Israël ancien

L’alphabet. L’écriture alphabétique naît au IIe millénaire dans le milieu cananéen, et l’hébreu utilise d’abord une forme de l’alphabet phénicien, dite paléo-hébraïque. L’écriture « carrée » actuelle est empruntée à l’araméen après l’exil ; la tradition l’attribue à Esdras (b. Sanhédrin 21b-22a). Les manuscrits de Qumrân écrivent encore parfois le nom divin en caractères anciens au milieu d’un texte en écriture carrée.

Ce que l’épigraphie établit. Les inscriptions hébraïques sont rares au Xe siècle et se multiplient à partir du VIIIe :

Une étude des ostraca d’Arad publiée en 2016 a identifié au moins six mains différentes dans une petite forteresse vers 600 AEC, ce qui suppose une pratique de l’écrit répandue dans l’administration militaire. On peut raisonnablement parler d’une culture écrite royale et scribale au VIIIe-VIIe siècle, beaucoup plus difficilement avant.

Les plus anciens textes bibliques matériels. Deux amulettes d’argent trouvées à Ketef Hinnom, à Jérusalem, datées de la fin du VIIe ou du début du VIe siècle, portent une forme de la bénédiction sacerdotale de Nb 6,24-26. C’est, de loin, le plus ancien témoin matériel d’un texte biblique. Il montre qu’une formule liturgique de la Torah circulait sous forme écrite avant l’exil.

Des textes voisins. Les inscriptions de Kuntillet Ajrud (vers 800) invoquent « YHWH de Samarie et son Ashéra », ce qui documente une religion israélite plus diverse que celle que la Bible prescrit. Celle de Deir Alla, en Transjordanie (vers 800), raconte une vision de « Balaam fils de Beor, voyant des dieux » : le personnage de Nb 22-24 était connu hors de la Bible. Voir Bamidbar.

2. De la parole au rouleau

Les poèmes anciens. Plusieurs poèmes présentent une langue plus archaïque que leur contexte :

Frank Moore Cross et David Noel Freedman y ont vu les plus anciens textes de la Bible, peut-être antérieurs à la royauté. La datation linguistique de la poésie reste discutée, mais l’existence d’une couche archaïque est largement admise.

Les sources citées. La Bible elle-même renvoie à des écrits perdus : le « livre des guerres du Seigneur » (Nb 21,14), le « livre du Juste » (Jos 10,13 ; 2 S 1,18), les « annales des rois d’Israël » et « de Juda », citées plus de trente fois dans les livres des Rois. Les auteurs travaillaient donc avec des documents et le disent.

Les prophètes et leurs disciples. Les prophètes parlent ; d’autres écrivent. Isaïe demande que son témoignage soit « scellé parmi ses disciples » (Is 8,16). Jérémie dicte ses oracles à Baruch, le roi brûle le rouleau, et Jérémie en fait écrire un second, plus long (Jr 36). Ce chapitre décrit, à l’intérieur de la Bible, le processus que la critique reconstruit : un noyau de paroles, une mise par écrit, une réédition augmentée.

3. Deux tournants : Josias et l’exil

Le VIIe siècle. La réforme de Josias (622) se fait autour d’un « livre de la Torah » trouvé dans le Temple (2 R 22). La critique l’identifie depuis De Wette (1805) à une forme du Deutéronome, dont la langue et la théologie marquent ensuite profondément les livres de Josué aux Rois. Juda, grossi par les réfugiés du Nord après 722, a pu recueillir aussi des traditions israélites du royaume disparu, ce qui expliquerait la présence de récits du Nord — Jacob, Osée, Élie — dans une littérature rassemblée à Jérusalem. Voir Devarim.

L’exil. La destruction de 586 oblige à expliquer la catastrophe. La grande histoire de Josué aux Rois reçoit alors, selon la plupart des critiques, sa forme finale, qui présente la chute comme le châtiment de l’infidélité. Les milieux sacerdotaux rédigent ou rassemblent l’écrit dit « sacerdotal » : la création en six jours, les généalogies, le sanctuaire, les lois de pureté. Les oracles de Jérémie et d’Ézéchiel sont mis en forme, et un prophète anonyme de l’exil écrit les chapitres 40-55 d’Isaïe (voir Yeshayahou).

4. La Torah

La tradition. La Torah a été donnée à Moïse. Le douzième siècle connaît pourtant déjà les indices du problème. Ibn Ezra, commentant Dt 1,2, évoque un « secret des douze » — les douze derniers versets — et plusieurs versets qui semblent écrits après Moïse, comme « le Cananéen était alors dans le pays » (Gn 12,6). Il conclut : « celui qui comprend se taira ».

L’histoire de la critique. Spinoza, dans le Traité théologico-politique (1670), attribue la mise en forme de la Torah à Esdras. Richard Simon (1678) parle de « scribes publics ». Jean Astruc, médecin de Louis XV, remarque en 1753 l’alternance des noms divins dans la Genèse et propose deux « mémoires » utilisés par Moïse. Au XIXe siècle, la recherche allemande aboutit à la théorie documentaire dans la forme que lui donne Julius Wellhausen (1878). Quatre sources y sont combinées :

La loi vient, dans ce schéma, après les prophètes. Le classement n’est pas neutre : il fait du judaïsme postexilique, légaliste et sacerdotal, une décadence par rapport à la religion prophétique. Solomon Schechter a qualifié cette critique de « haute critique, haut antisémitisme » (1903).

La crise du modèle. Depuis les années 1970, le modèle classique s’est défait.

Deux écoles dominent aujourd’hui. La recherche européenne distingue surtout un écrit sacerdotal et des textes « non sacerdotaux » de dates diverses, avec d’importantes rédactions perses. Une école « néo-documentaire » (Jérusalem, Chicago, Yale) défend au contraire quatre documents continus, reconstruits par des critères strictement narratifs. Aucune reconstruction n’est stabilisée.

Ce qui fait consensus. Trois points ne sont guère disputés. La Torah combine des matériaux d’origine et de date différentes. Le Deutéronome a une histoire propre. La Torah existe comme ensemble autoritatif au plus tard au IVe siècle AEC. Ce dernier point repose sur un argument fort : les Samaritains, séparés de Jérusalem, possèdent la même Torah, et seulement elle, ce qui suppose un texte fixé avant leur séparation définitive. Le récit de Ne 8, où Esdras lit publiquement « le livre de la Torah de Moïse », en garde la mémoire. L’hypothèse selon laquelle l’administration perse aurait encouragé cette codification comme loi locale reconnue (Frei, 1984) a été beaucoup discutée et reste incertaine.

5. Les Prophètes

Les prophètes antérieurs — Josué, Juges, Samuel, Rois — forment une histoire continue que Martin Noth (1943) a attribuée à un historien deutéronomiste de l’exil. Le modèle a été affiné par des hypothèses de rédactions successives, sous Josias puis en exil, et parfois contesté. Voir Shmuel.

Les prophètes postérieurs sont des livres qui ont grandi.

La fin de la prophétie. La tradition fixe une fin à l’inspiration prophétique. « Quand moururent les derniers prophètes — Aggée, Zacharie et Malachie —, l’esprit saint se retira d’Israël » (t. Sota 13,3). Cette fin, réelle ou construite, a servi à délimiter la collection.

6. Les Écrits

Une collection ouverte plus longtemps. Les Ketouvim sont la partie la plus longtemps ouverte. Les Psaumes sont un recueil de recueils : cinq livres, des collections attribuées à David, à Asaph, aux fils de Qorah, et des doxologies de clôture. Leur ordre diffère encore dans un grand manuscrit de Qumrân (11QPsa). Les livres de sagesse, les cinq meguillot, les Chroniques et Esdras-Néhémie s’échelonnent de l’époque perse à l’époque hellénistique. Daniel, écrit vers 164, est le plus récent livre du Tanakh.

Les indices d’une tripartition. Plusieurs témoins jalonnent sa formation :

7. Des textes pluriels à un texte unique

La pluralité textuelle. Les manuscrits de Qumrân comptent plus de deux cents manuscrits bibliques. Ils ont montré qu’avant l’ère commune, un même livre circulait sous plusieurs formes. On y trouve :

Emanuel Tov en a donné la classification de référence.

La stabilisation. Les manuscrits de Massada, antérieurs à 74, et ceux du désert de Judée liés à la révolte de Bar Kokhba sont pratiquement identiques au texte massorétique. Au tournant de l’ère commune, un type de texte — celui des milieux du Temple et des pharisiens — s’impose, et la pluralité disparaît de l’usage juif. La Septante est progressivement abandonnée par les juifs au profit de révisions plus littérales, puis d’Aquila (voir La formation du canon).

La clôture de la liste. Les discussions de la Mishna sur le Cantique et Qohelet montrent que le statut de quelques livres se discute encore au IIe siècle (voir Qohelet). Aucun « concile de Yavné » n’a fixé le canon : la liste se stabilise par l’usage.

8. Les massorètes et les codex

La Massora. Du VIIe au Xe siècle, les massorètes de Tibériade ajoutent au texte consonantique les voyelles, les accents de cantillation et un appareil de notes marginales : la Massora, qui compte les mots et les lettres, signale les formes rares et protège le texte. La famille des Ben Asher l’emporte sur les autres systèmes — babylonien, palestinien.

Les codex. Le codex d’Alep, vocalisé vers 930 par Aaron ben Asher, est celui que Maïmonide tenait pour modèle ; il a perdu environ un tiers de ses feuillets au XXe siècle. Le codex de Leningrad, copié en 1008-1009, est le plus ancien manuscrit complet de la Bible hébraïque et sert de base aux éditions critiques modernes. Voir Tanakh et parshanut.

Chronologie de synthèse

PériodeCe qui se formeDegré de certitude
Avant 900 AECTraditions orales ; poèmes archaïques possiblesHypothétique
VIIIe-VIIe s.Premières collections prophétiques ; annales royales ; lois anciennes ; Deutéronome primitifProbable
Fin VIIe s.Amulettes de Ketef Hinnom (Nb 6,24-26)Assuré
VIe s. (exil)Histoire deutéronomiste ; écrit sacerdotal ; Isaïe 40-55 ; ÉzéchielProbable
Ve-IVe s.Torah constituée comme ensemble ; Chroniques ; Esdras-NéhémieProbable (Torah : largement admis)
IIIe-IIe s.Qohelet ; Daniel ; traduction grecque de la TorahAssuré pour Daniel et la Septante de la Torah
IIe s. AEC - Ier s. ECPluralité textuelle à Qumrân ; tripartition attestéeAssuré
Ier-IIe s. ECStabilisation du texte proto-massorétique ; débats sur quelques livresAssuré
VIIe-Xe s.Vocalisation et Massora ; codex d’AlepAssuré

La mahloket

Une Torah qui a une histoire peut-elle venir du ciel ?

La Mishna compte parmi ceux qui n’ont pas part au monde à venir celui qui dit que « la Torah ne vient pas du ciel » (m. Sanhédrin 10,1). La critique moderne décrit une Torah composée par des mains multiples sur plusieurs siècles. La question posée aux sept voix : ces deux affirmations sont-elles incompatibles ?

Le Beit Midrash classique

Le Talmud lui-même discute des huit derniers versets et envisage que Josué les ait écrits (b. Baba Batra 15a). Ibn Ezra a relevé des versets écrits après Moïse et a demandé qu’on se taise. La tradition n’ignore donc pas les questions ; elle en fixe la limite. Ce qui est exigé, c’est que la Torah reçue soit parole divine donnée à Moïse. Les détails de la transmission peuvent se discuter à l’intérieur de cette affirmation, non contre elle.

Orthodoxie moderne

Rav Mordechai Breuer (1921-2007) a proposé une voie qui a marqué l’enseignement religieux israélien. Il accepte les observations littéraires de la critique — doublets, contradictions, styles distincts — et refuse sa conclusion historique. Les « sources » sont pour lui des aspects que Dieu a voulu juxtaposer dans un texte unique, et non des documents humains successifs. On peut lire la Torah avec les instruments de la critique et maintenir son origine divine. David Zvi Hoffmann, au XIXe siècle, avait choisi une autre voie : réfuter Wellhausen sur son propre terrain.

Monde haredi et litvak

Le huitième des treize principes de Maïmonide affirme que la Torah que nous avons est tout entière celle qui a été donnée à Moïse. Il n’y a pas de voie moyenne : une Torah composée par des hommes n’oblige pas comme une Torah divine, et l’expérience montre que ceux qui ont accepté la critique ont abandonné la pratique. Les questions relevées par Ibn Ezra sont des questions internes à la foi. Les réponses de la critique en sortent.

Hassidisme

Nahmanide écrit dans l’introduction de son commentaire que la Torah entière est faite des noms de Dieu, selon un autre découpage des lettres. Cette lecture a été reçue et amplifiée par la kabbale et le hassidisme. Une telle Torah n’est pas un livre composé de documents : elle précède le monde, et le monde a été créé par elle. La question de l’histoire de sa rédaction ne touche pas ce niveau-là.

Massorti

La déclaration de principes du mouvement massorti, Emet ve-Emounah (1988), admet que la Torah porte la marque de mains humaines et décrit plusieurs manières de comprendre la révélation, dont une révélation continue dans l’interprétation. En Grande-Bretagne, Louis Jacobs a été écarté d’une chaire de la United Synagogue au début des années 1960 pour avoir soutenu des positions voisines ; la communauté qu’il a fondée est à l’origine du mouvement Masorti britannique. L’histoire de la Torah est réelle, et l’autorité de la Torah tient à la communauté qui l’a reçue et l’interprète.

Réformé et libéral

La révélation est progressive, et la Torah est l’œuvre inspirée d’hommes qui cherchaient Dieu. Abraham Geiger l’a dit au XIXe siècle, et la critique historique a confirmé ce que le mouvement tenait déjà. Il en résulte une autonomie du lecteur : les commandements s’évaluent selon leur contenu éthique et non selon leur origine. Le verset de la Mishna vise une négation de Dieu, et non une conception de la manière dont Dieu parle par des hommes.

Monde séfarade et mizrahi

Ibn Ezra, séfarade de Tudèle, a posé la question avec une liberté que l’Ashkenaz de son temps n’avait pas. Spinoza, fils de la communauté portugaise d’Amsterdam, en a tiré une conclusion que sa communauté a sanctionnée par l’excommunication. Ces deux figures montrent la même chose : la question a été posée depuis l’intérieur du monde séfarade, et la limite a été fixée par ce même monde. La tradition séfarade a retenu la question d’Ibn Ezra et rejeté la réponse de Spinoza.

Où en est la discussion

Le désaccord porte moins sur les faits textuels que sur leur portée. Plusieurs voix admettent les observations de la critique : l’orthodoxie moderne avec Breuer en les réinterprétant, la voix massorti et la voix réformée en les acceptant. La voix haredi refuse tout compromis, par principe et par expérience. La voix classique et la voix séfarade rappellent que la tradition a posé les questions elle-même, et qu’elle a fixé une limite. Le hassidisme situe l’origine de la Torah à un niveau que l’histoire de la rédaction n’atteint pas. Tous s’accordent sur un point : le verset de m. Sanhédrin 10,1 est le lieu où se décide la compatibilité, et chacun le lit différemment.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Six pistes formulées de manière falsifiable, choisies là où la documentation matérielle — épigraphie, manuscrits, traductions — permet de départager des positions théoriques.

H1. Ketef Hinnom et la forme du texte

  • Master
  • Épigraphie
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les deux amulettes de Ketef Hinnom attestent deux formes différentes de la bénédiction sacerdotale, dont aucune ne correspond exactement au texte massorétique de Nb 6,24-26 ; elles documentent une formule liturgique fluide avant sa fixation dans la Torah.

État de la question
La lecture des amulettes a été renouvelée par l’imagerie numérique (Barkay et al., 2004). Leur relation au texte biblique reste discutée.
Corpus
Amulettes KH1 et KH2 ; Nb 6,24-26 selon le texte massorétique, la Septante et 4QNumb ; Ps 67,2 ; bénédictions épigraphiques de Kuntillet Ajrud.
Méthode
Comparer mot à mot les formes, en tenant compte des lacunes.

Ce qui la réfuterait : Une lecture des deux amulettes identique entre elles et au texte massorétique.

H2. Schechter et la « haute critique »

  • Master
  • Histoire de la recherche
  • 12-18 mois

Hypothèse. La critique de Wellhausen par les savants juifs de 1880 à 1914 porte principalement sur la dévalorisation du judaïsme postexilique et non sur la méthode documentaire elle-même, que plusieurs d’entre eux acceptent partiellement.

État de la question
La formule de Schechter est souvent citée hors contexte. La réception juive de Wellhausen n’a pas été cartographiée en français.
Corpus
Schechter, discours de 1903 ; Hoffmann, Die wichtigsten Instanzen gegen die Graf-Wellhausensche Hypothese ; Benno Jacob ; articles de la Jewish Quarterly Review et de la Monatsschrift.
Méthode
Classer les objections selon qu’elles portent sur la méthode ou sur la valorisation historique.

Ce qui la réfuterait : Une majorité d’objections portant sur la méthode elle-même.

H3. Le Pentateuque samaritain comme borne

  • Doctorat
  • Critique textuelle
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les accords du Pentateuque samaritain avec les textes « pré-samaritains » de Qumrân permettent de dater la séparation textuelle entre Samaritains et Judéens au IIe siècle AEC, ce qui borne la fixation de la Torah comme ensemble à une date antérieure.

État de la question
Les liens entre le texte samaritain et 4QpaleoExodm sont établis. La datation de la séparation reste débattue entre l’époque perse et l’époque hasmonéenne.
Corpus
Pentateuque samaritain (éd. Tal et Florentin) ; 4QpaleoExodm, 4QNumb, 4QRP ; Josèphe sur le Garizim ; fouilles du Garizim.
Méthode
Isoler les leçons sectaires samaritaines et les distinguer des leçons partagées avec les textes pré-samaritains.

Ce qui la réfuterait : Des leçons sectaires samaritaines attestées à Qumrân.

H4. Jérémie : deux éditions

  • Doctorat
  • Critique textuelle
  • 4-5 ans

Hypothèse. La forme courte de Jérémie, attestée par la Septante et 4QJerb,d, est une édition antérieure, et les plus du texte massorétique relèvent d’une rédaction cohérente identifiable par son vocabulaire.

État de la question
La thèse est majoritaire (Tov, Janzen) mais discutée par ceux qui voient dans le texte grec une abréviation.
Corpus
Jérémie massorétique et grec ; 4QJera-e ; études de Tov et Janzen.
Méthode
Analyser le vocabulaire des plus et le comparer à celui des parties communes.

Ce qui la réfuterait : Des plus sans cohérence lexicale ou des indices d’abréviation dans le grec.

H5. Le « secret des douze » d’Ibn Ezra

  • Master
  • Histoire de l’exégèse
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les allusions d’Ibn Ezra aux versets postérieurs à Moïse forment un ensemble cohérent de six à huit passages, et sa réception chez les supercommentateurs montre une lecture « critique » assumée dès le XIVe siècle.

État de la question
Le passage est célèbre depuis que Spinoza l’a cité. Les supercommentaires médiévaux n’ont pas été étudiés sous cet angle en français.
Corpus
Ibn Ezra sur Gn 12,6 ; 22,14 ; Dt 1,2 ; 3,11 ; 34,1 ; supercommentaires de Joseph Bonfils (Tsafenat Paneah) et d’autres ; Spinoza, TTP VIII.
Méthode
Établir la liste, puis classer les lectures des supercommentateurs.

Ce qui la réfuterait : Des supercommentaires unanimement harmonisants.

H6. Arad et l’alphabétisation

  • Doctorat
  • Archéologie / épigraphie
  • 4-5 ans

Hypothèse. Le nombre de mains distinctes identifiées dans les ostraca d’Arad est représentatif des forteresses judéennes du VIIe siècle, et une étude comparable des ostraca de Lakish donne une densité scripturaire équivalente.

État de la question
L’étude d’Arad (2016) a suscité des débats sur la représentativité et sur la méthode d’identification des mains.
Corpus
Ostraca d’Arad et de Lakish ; ostraca de Horvat Uza ; méthodes d’analyse d’écriture assistée par ordinateur.
Méthode
Appliquer la même méthode aux ostraca de Lakish et comparer.

Ce qui la réfuterait : Une densité de mains nettement inférieure à Lakish ou une remise en cause de la méthode par un test à l’aveugle.

Bibliographie sélective

Synthèses

  • Carr, David M. The Formation of the Hebrew Bible: A New Reconstruction. Oxford : Oxford University Press, 2011.
  • Römer, Thomas, Jean-Daniel Macchi et Christophe Nihan, dir. Introduction à l’Ancien Testament. 2e éd. Genève : Labor et Fides, 2009.
  • Schmid, Konrad. The Old Testament: A Literary History. Minneapolis : Fortress, 2012.
  • Tov, Emanuel. Textual Criticism of the Hebrew Bible. 3e éd. Minneapolis : Fortress, 2012.

Études

  • Baden, Joel S. The Composition of the Pentateuch. New Haven : Yale University Press, 2012.
  • Breuer, Mordechai. « The Study of Bible and the Primacy of the Fear of Heaven ». Dans Modern Scholarship in the Study of Torah, dir. Shalom Carmy. Northvale : Jason Aronson, 1996.
  • Cross, Frank Moore, et David Noel Freedman. Studies in Ancient Yahwistic Poetry. Missoula : Scholars Press, 1975.
  • Frei, Peter, et Klaus Koch. Reichsidee und Reichsorganisation im Perserreich. OBO 55. Fribourg : Éditions universitaires, 1984.
  • Noth, Martin. Überlieferungsgeschichtliche Studien. Halle : Niemeyer, 1943.
  • Van Seters, John. Abraham in History and Tradition. New Haven : Yale University Press, 1975.
  • Wellhausen, Julius. Geschichte Israels I [rééd. Prolegomena zur Geschichte Israels]. Berlin : Reimer, 1878.

Voir aussi