Ce que disent les sources, ce que le « concile de Yavné » n’a jamais été, et pourquoi la question a été posée par d’autres
On demande couramment quand le canon juif a été clos. La question suppose qu’il l’ait été par une décision, à une date, par une instance. Aucune de ces trois suppositions ne résiste à l’examen des sources, et la première chose que ce module doit établir est que la question elle-même est mal posée — et qu’elle a été posée par d’autres, pour leurs propres besoins.
Le mot « canon » n’est pas juifΚανών désigne en grec la règle du maçon, puis la norme. Son application à une liste de livres est chrétienne et tardive : Athanase l’emploie en ce sens dans sa lettre festale de 367. Le judaïsme antique n’a pas de mot pour cela. Il a des expressions techniques qui disent autre chose : souiller les mains — metamé et ha-yadayim —, livres extérieurs — sefarim hitsonim —, et mettre à l’écart — ganouz. Employer le mot « canon » pour le judaïsme, c’est déjà décrire un objet juif avec un instrument chrétien. Ce module l’emploie faute de mieux, et signale à chaque fois ce que l’instrument déforme.
Le dossier des sources
Source
Date
Ce qu’elle dit
Ce qu’elle ne dit pas
Prologue de Ben Sira
vers 132 AEC
Mentionne trois fois « la Loi, les Prophètes et les autres écrits qui les ont suivis »
Ne nomme pas le troisième groupe, n’en donne ni la liste ni le nombre. C’est la première attestation d’une tripartition et elle est floue sur le tiers
2 Maccabées 2,13-15
IIe s. AEC
Néhémie aurait fondé une bibliothèque en rassemblant les livres sur les rois, les prophètes et David
Ne dit pas qu’il en ait exclu ; décrit une collection, pas un tri
Qumrân
IIIe s. AEC - Ier s. EC
Aucune liste. Mais des proportions : plus de trente exemplaires du Deutéronome, autant des Psaumes, une vingtaine d’Isaïe
Ne distingue pas matériellement les livres reçus des autres. Le Livre des Jubilés et 1 Hénoch y sont en nombreux exemplaires ; Esther y est absent, seul livre du Tanakh dans ce cas
Josèphe, Contre Apion I, 37-43
vers 95 EC
Vingt-deux livres, « auxquels personne n’a osé rien ajouter ni retrancher » ; ce qui a été écrit après Artaxerxès n’a pas la même autorité, faute de succession prophétique assurée
Ne donne pas la liste des vingt-deux. Écrit en grec, pour un public romain, dans un ouvrage apologétique : c’est une revendication autant qu’un constat
4 Esdras 14,44-46
fin Ier s. EC
Quatre-vingt-quatorze livres dictés à Esdras : vingt-quatre à publier, soixante-dix réservés aux sages
Le chiffre de vingt-quatre apparaît ici pour la première fois. Le texte valorise simultanément les livres réservés — il n’exclut pas, il hiérarchise
m. Yadayim 3,5
vers 200 EC
Discussion sur le point de savoir si le Cantique et Qohélet souillent les mains ; Rabbi Akiva : « tous les Écrits sont saints, mais le Cantique est le saint des saints »
N’est pas une décision de clôture. C’est une controverse rapportée, sans liste, sans vote, sans autorité convoquée
b. Baba Batra 14b-15a
rédaction tardive
Donne un ordre des livres et attribue chacun à un auteur
Traite de l’ordre de copie et de l’attribution, non de l’admission. Cet ordre ne correspond à celui d’aucun manuscrit conservé
Le critère : « souiller les mains »
L’expression est contre-intuitive et c’est ce qui la rend précieuse. Un rouleau sacré rend impures les mains qui le touchent ; un livre profane ne le fait pas. L’explication le plus souvent donnée par le Talmud est pratique : on entreposait les rouleaux avec la terouma, et les souris les rongeaient ; déclarer que les rouleaux souillent a séparé les deux dépôts.
Que l’explication soit exacte ou rétrospective, le dispositif a une conséquence de méthode considérable : le critère d’appartenance est un effet rituel et non un jugement de contenu. On ne demande pas si un livre enseigne la vérité ; on demande s’il souille les mains. La discussion porte donc sur un statut observable dans la pratique, ce qui est très différent d’une définition doctrinale.
Les livres discutés sont peu nombreux et toujours les mêmes : le Cantique, dont le contenu érotique est sans détour ; Qohélet, dont les contradictions internes sont manifestes et dont la fin semble ajoutée ; Esther, qui ne nomme pas Dieu ; Ézéchiel, dont les prescriptions cultuelles contredisent la Torah — le Talmud rapporte qu’on faillit le retirer, et que Hananya ben Hizqiya brûla trois cents mesures d’huile à les concilier ; Proverbes, pour ses contradictions internes.
Le « concile de Yavné » n’a pas eu lieu
Anatomie d’une construction savante Heinrich Graetz propose en 1871 qu’un synode réuni à Yavné vers 90 EC aurait clos le canon en tranchant le cas des livres discutés. L’hypothèse est reprise pendant près d’un siècle dans toutes les introductions, juives et chrétiennes. Elle a été démontée par Jack P. Lewis en 1964, puis par Sid Leiman, Shaye Cohen et Günter Stemberger. Les objections sont accablantes et faciles à vérifier : aucune source ne mentionne un synode ; m. Yadayim 3,5 rapporte une controverse et non un vote ; aucune liste n’est produite ; et les discussions sur les mêmes livres se poursuivent pendant deux à trois siècles après la date supposée de la clôture — ce qu’un décret rendrait incompréhensible. Le cas est un exemple d’école : une hypothèse comble un vide documentaire, sa commodité lui vaut d’être répétée, la répétition lui vaut d’être tenue pour un fait, et il faut quatre-vingt-treize ans pour la défaire.
Pourquoi cette construction a-t-elle prospéré ? Parce qu’elle répondait à un besoin qui n’était pas juif. Le débat sur le canon de l’Ancien Testament était, depuis Trente et la Réforme, une question chrétienne brûlante : les protestants retenaient le contenu du canon juif, les catholiques y ajoutaient les deutérocanoniques, et chacun avait intérêt à savoir ce que « les juifs » avaient décidé et quand. Yavné fournissait une date et une instance. Le judaïsme n’avait, lui, jamais éprouvé le besoin de la question.
Trois canons, trois histoires
Corpus
Contenu
Ordre
Mode de formation
Tanakh
Vingt-quatre livres
Torah, Neviim, Ketouvim ; s’achève sur les Chroniques
Émergence par l’usage et par l’autorité de fait ; aucune décision datable
Septante
Plus étendu : Ben Sira, Sagesse, Judith, Tobit, Maccabées, ajouts à Daniel et Esther
Classement par genres ; les prophètes en dernier
Collection de traductions successives à Alexandrie, sans clôture déclarée
Canons chrétiens
Catholique et orthodoxes : contenu large. Protestant : contenu du Tanakh
Ordre de la Septante dans tous les cas, y compris protestant
Rupture avec Jérusalem ; le corpus reste limité au Pentateuque
Éthiopien
Le plus large : inclut 1 Hénoch et les Jubilés
—
Conserve des livres attestés à Qumrân et perdus partout ailleurs en version intégrale
Un fait mérite d’être souligné : les bibles protestantes ont le contenu du Tanakh et l’ordre de la Septante. Elles ne suivent donc entièrement ni l’un ni l’autre, et ce compromis n’a jamais été décidé comme tel — il résulte de la combinaison d’un choix de contenu opéré au XVIe siècle et d’une disposition héritée de la tradition latine.
Le sort de la Septante
La Septante est une traduction juive, produite pour des juifs hellénophones, et la Lettre d’Aristée en fait un récit légendaire qui en revendique le caractère inspiré. Philon s’en sert exclusivement. Au IIe siècle de l’ère commune, elle devient la bible de l’Église — et le judaïsme cesse de l’employer.
La réponse juive est philologique : Aquila, vers 130, produit une traduction grecque d’un littéralisme extrême, calquant la syntaxe hébraïque au point de rendre le grec malaisé. Symmaque et Théodotion proposent d’autres révisions. Origène, au IIIe siècle, dispose dans ses Hexaples six colonnes parallèles pour comparer — travail dont la motivation est explicitement polémique : savoir ce que les juifs répondent quand un chrétien cite un verset.
Les marges : Ben Sira, Hénoch, les Jubilés
Le cas de Ben Sira est le plus instructif, parce qu’il est resté exactement à la frontière. Le livre est exclu — il fait partie des « livres extérieurs » dont m. Sanhédrin 10,1 dit que leur lecture prive de part au monde à venir, selon une opinion. Et pourtant il est cité des dizaines de fois dans la littérature rabbinique, parfois avec la formule ki-khtiv, « comme il est écrit », réservée en principe à l’Écriture. Le texte hébreu, perdu, a été retrouvé à deux reprises : dans la Genizah du Caire à partir de 1896, puis à Massada en 1964. Un livre exclu du canon, conservé par les chrétiens en grec, cité par les rabbins en hébreu, et retrouvé dans une forteresse zélote : la frontière n’était pas une muraille.
1 Hénoch et les Jubilés sont présents à Qumrân en nombreux exemplaires, disparaissent ensuite du judaïsme, et ne survivent intégralement qu’en guèze dans le canon éthiopien. 1 Hénoch est cité comme prophétie dans l’épître de Jude, ce qui a, en retour, jeté un doute sur la canonicité de Jude lui-même chez plusieurs Pères.
Ce que Justin accusait les juifs d’avoir fait
Le dossier de l’interjecteur Dans le Dialogue avec Tryphon (71-73), Justin accuse les maîtres juifs d’avoir retranché des Écritures des passages favorables aux chrétiens : une prophétie de Jérémie sur la descente aux enfers, et surtout les mots « depuis le bois » au Psaume 96,10 — « le Seigneur a régné depuis le bois », lu comme une annonce de la croix. L’accusation est reprise pendant des siècles et elle a servi d’argument dans les disputes médiévales.
L’état de la documentation est net et il ne l’était pas du temps de Justin. Les mots « depuis le bois » ne figurent dans aucun manuscrit hébreu, dans aucun témoin ancien du texte massorétique, ni dans les meilleurs témoins grecs anciens : ils sont une addition chrétienne à certaines copies de la Septante, entrée dans la tradition latine et dans l’hymnodie — le Vexilla regis de Venance Fortunat la chante encore au VIe siècle. Le passage de Jérémie est introuvable. Justin reprochait donc aux juifs d’avoir retiré ce que des chrétiens avaient ajouté.
Ce site fait intervenir Justin comme visiteur courtois dans une maison d’étude juive. Il paraissait nécessaire de dire une fois, sans mise en scène, ce que le Justin historique a écrit et ce que les manuscrits établissent. Le renversement pratiqué ici n’a pas d’autre justification que celle-là : les positions d’où l’on parle déterminent qui peut accuser l’autre de falsifier, et l’examen des sources ne confirme pas toujours celui qui accuse.
La mahloket
Qu’est-ce qui a fait qu’un livre est entré — et le corpus est-il clos ?
Aucune source ne rapporte une décision. La question est donc de savoir ce qui, à défaut de décret, a produit un corpus stable — et si ce qui l’a produit pourrait un jour le modifier.
Le Beit Midrash classique
Le critère est prophétique et Josèphe le formule déjà : la succession des prophètes exacte cesse après Artaxerxès, et ce qui vient après n’a pas la même autorité. Le Talmud dit de même que l’esprit prophétique s’est retiré d’Israël après Aggée, Zacharie et Malachie (b. Sanhédrin 11a). Ce n’est pas un décret : c’est un constat sur une époque, qui a pour conséquence qu’aucun livre postérieur ne peut prétendre au même statut. Les discussions sur le Cantique ou Qohélet ne portent jamais sur l’admission d’un livre nouveau, seulement sur le statut de livres déjà reçus.
Orthodoxie moderne
Le corpus est clos et cette clôture est un fait de tradition, non un décret. Cela n’interdit nullement l’étude critique de sa formation : savoir que Qohélet a été discuté au IIe siècle ne retire rien à son autorité aujourd’hui, puisque cette autorité vient de la réception par le peuple juif dans la durée et non d’une signature. La position est d’ailleurs plus confortable que celle d’une tradition qui doit défendre une décision conciliaire datée, laquelle est attaquable historiquement.
Monde haredi et litvak
Les hommes de la Grande Assemblée ont établi l’ordre des livres, et la tradition le rapporte. Reconstituer une histoire de la formation du corpus à partir de fragments de Qumrân et de statistiques de manuscrits revient à substituer des conjectures à une transmission. Que des maîtres aient discuté du statut de tel livre ne prouve rien contre sa sainteté : la discussion est le mode normal de la tradition, et l’on discute aussi de lois dont personne ne conteste l’origine sinaïtique.
Hassidisme
La question de la liste est secondaire au regard de ce qu’elle suppose : qu’un texte porte une lumière. Le Cantique est le saint des saints, dit Rabbi Akiva, et c’est une affirmation sur son intensité, non sur son classement. Les récits de nos maîtres, le Tanya, les paroles d’un tsaddik ne sont pas Écriture et personne ne le prétend — et pourtant on les étudie avec la même crainte. Ce que le mot canon ne dit pas est qu’il existe des degrés, et que la frontière compte moins que la chaîne.
Massorti
La formation du corpus est un processus historique et il faut le dire. Les données de Qumrân montrent une pluralité qui a duré, les discussions tannaïtiques montrent une stabilisation progressive, et les proportions de manuscrits suggèrent une hiérarchie d’usage avant toute clôture. Cette histoire n’affaiblit pas l’autorité du corpus : elle en déplace le fondement de la révélation ponctuelle vers la réception communautaire, ce qui est la position du mouvement sur l’ensemble des questions. La clôture est de fait et il n’y a pas de mécanisme pour la rouvrir.
Réformé et libéral
Le corpus est un héritage et non une clôture surnaturelle. Le mouvement lit la Bible comme un document humain porteur d’une expérience religieuse, et il assume les conséquences : certains textes y ont plus d’autorité que d’autres — les prophètes plus que les prescriptions de pureté —, ce qui revient à reconnaître un canon à l’intérieur du canon. Cela dit, personne ne propose sérieusement d’ajouter ou de retrancher des livres, et il faut le noter : même le mouvement le plus libre à l’égard de l’autorité scripturaire n’a jamais touché à la liste.
Monde séfarade et mizrahi
Le corpus reçu est le corpus reçu, et la question ne s’est jamais posée dans ces termes. Ce que la tradition séfarade apporte au dossier est ailleurs : elle a conservé un usage liturgique et poétique de livres situés aux marges, et une familiarité avec des textes que l’Europe a oubliés. Les communautés du Yémen ont transmis des formes textuelles distinctes ; celles d’Éthiopie ont conservé un corpus plus large. Avant de demander ce qu’un concile aurait décidé, il faudrait regarder ce que les communautés ont effectivement lu.
Où en est la discussion
Trois acquis se dégagent. Le premier est négatif et solide : aucune décision de clôture n’est attestée, le synode de Yavné est une construction savante de 1871 démontée en 1964, et les controverses continuent bien après la date supposée. Le deuxième porte sur la nature des controverses, et c’est la contribution de la première voix, que Justin relève : les discussions tannaïtiques ne portent jamais sur l’admission d’un livre nouveau mais sur le statut de livres déjà reçus. Ce déplacement suffit à disqualifier la question telle que la pose l’historiographie chrétienne. Le troisième est un accord inattendu : toutes les positions, y compris la plus libre, hiérarchisent l’autorité des livres à l’intérieur du corpus, et aucune ne propose d’en modifier la liste. Un canon dans le canon existe partout ; le canon lui-même n’est touché nulle part.
Hypothèses de travail — mémoire et thèse
Sept pistes formulées de manière falsifiable. Le dossier a une particularité rare : il a été construit sur une hypothèse fausse pendant un siècle, ce qui en fait un terrain d’exercice privilégié pour l’histoire des erreurs savantes.
H1. La fortune du « concile de Yavné »
Master
Historiographie
12-18 mois
Hypothèse. L’hypothèse de Graetz (1871) s’est maintenue dans les manuels bien après sa réfutation par Lewis (1964), et la vitesse de sa disparition diffère significativement entre les manuels juifs, catholiques et protestants — écart qui s’explique par les enjeux confessionnels attachés au canon de l’Ancien Testament.
État de la question
La réfutation est acquise chez les spécialistes. La persistance de l’hypothèse dans la littérature d’enseignement est constatée anecdotiquement, jamais mesurée.
Corpus
Graetz, Kohelet (1871) ; Lewis, « What Do We Mean by Jabneh ? » (1964) ; Leiman ; Stemberger ; manuels d’introduction en trois langues et trois confessions, de 1880 à aujourd’hui ; encyclopédies.
Méthode
Relever la présence et la formulation de l’hypothèse dans un corpus de manuels daté, coder la confession de l’éditeur, et mesurer les courbes de disparition.
Ce qui la réfuterait : Une disparition simultanée dans les trois traditions après 1964.
H2. Les proportions de Qumrân comme indice d’autorité
Doctorat
Qumrân / histoire du canon
4-5 ans
Hypothèse. Le nombre d’exemplaires conservés d’un livre à Qumrân est un indicateur d’usage et non d’autorité canonique, et cette distinction est testable en comparant les proportions de manuscrits aux fréquences de citation dans les textes sectaires.
État de la question
Les proportions sont régulièrement invoquées comme indice de canonicité. L’objection du biais de conservation et celle de l’usage liturgique ne sont pas traitées ensemble.
Corpus
Inventaire des manuscrits bibliques et para-bibliques de Qumrân ; citations dans les pesharim, la Règle, le Document de Damas ; Jubilés et 1 Hénoch ; absence d’Esther.
Méthode
Croiser nombre d’exemplaires et fréquence de citation, en contrôlant l’état de conservation par grotte.
Ce qui la réfuterait : Une corrélation forte entre nombre d’exemplaires et fréquence de citation autorisée.
H3. L’absence d’Esther à Qumrân
Master
Qumrân
12-18 mois
Hypothèse. L’absence d’Esther, seul livre du Tanakh non attesté à Qumrân, s’explique mieux par un rejet lié au calendrier — Pourim ne figure pas dans le calendrier sectaire — que par le hasard de la conservation, hypothèse testable par le calcul de probabilité au regard des taux de conservation des autres livres.
État de la question
Les trois explications — hasard, rejet calendaire, rejet halakhique — circulent. Aucune estimation probabiliste n’a été publiée.
Corpus
Inventaire complet des manuscrits bibliques par livre et par grotte ; calendrier de Qumrân (4Q320-330) ; Rouleau du Temple ; 4Q550 et son rapport discuté au récit d’Esther.
Méthode
Estimer la probabilité d’une absence fortuite à partir des taux de conservation observés pour des livres de taille comparable.
Ce qui la réfuterait : Une probabilité d’absence fortuite élevée, qui rendrait l’argument du rejet superflu.
H4. « Souiller les mains » : histoire d’un critère
Doctorat
Halakha / histoire du canon
4-5 ans
Hypothèse. Le critère de l’impureté des mains n’a pas été conçu comme un critère de canonicité mais comme une mesure de conservation, et son emploi comme marqueur d’appartenance au corpus est un effet secondaire dont on peut dater l’apparition.
État de la question
L’explication par la protection contre les souris est donnée par le Talmud lui-même. Son statut — cause réelle ou rationalisation — est disputé, et l’usage du critère comme marqueur canonique n’a pas été daté.
Corpus
m. Yadayim 3,2-5 ; 4,5-6 ; b. Chabbat 14a ; t. Yadayim 2 ; discussions sur les traductions araméennes et les phylactères ; travaux de Goodman et de Leiman.
Méthode
Relever tous les emplois du critère, coder l’objet auquel il s’applique, et dater l’apparition de son usage comme marqueur d’appartenance.
Ce qui la réfuterait : Un usage canonique du critère attesté dès ses premières occurrences.
H5. Ben Sira cité comme Écriture
Master
Littérature rabbinique
12-18 mois
Hypothèse. Les citations de Ben Sira dans la littérature rabbinique employant les formules réservées à l’Écriture sont assez nombreuses et assez tardives pour indiquer un statut intermédiaire durable, incompatible avec l’idée d’une frontière nette entre livres reçus et livres extérieurs.
État de la question
Le fait des citations est connu. Leur relevé exhaustif avec codage des formules introductives n’a pas été publié en français.
Corpus
Fragments hébreux de la Genizah et de Massada ; version grecque ; citations dans b. Sanhédrin, b. Hagiga, Bereshit Rabba ; m. Sanhédrin 10,1 sur les livres extérieurs.
Méthode
Recenser les citations, coder la formule introductive et la datation de la source, et comparer aux formules employées pour les livres reçus.
Ce qui la réfuterait : Des formules systématiquement distinctes de celles réservées à l’Écriture.
H6. Aquila et l’abandon juif de la Septante
Doctorat
Philologie / histoire des religions
4-5 ans
Hypothèse. Le littéralisme extrême d’Aquila n’est pas une exigence de méthode mais une réponse polémique précise : ses choix se concentrent sur les versets employés par les apologètes chrétiens, ce qui est vérifiable verset par verset.
État de la question
La motivation antichrétienne est supposée depuis longtemps. Elle n’a pas été testée par une comparaison systématique entre les choix d’Aquila et le corpus des testimonia chrétiens.
Corpus
Fragments d’Aquila (Hexaples, palimpsestes de la Genizah) ; Justin, Dialogue avec Tryphon ; Irénée III, 21 ; recueils de testimonia ; b. Meguila 3a sur le targoum d’Onkelos-Aquila.
Méthode
Comparer les versets où Aquila s’écarte le plus de la Septante avec la liste des versets employés dans la polémique chrétienne du IIe siècle.
Ce qui la réfuterait : Une distribution des écarts indépendante des versets polémiques.
H7. L’ordre de b. Baba Batra 14b et les manuscrits
Master
Histoire du canon
12-18 mois
Hypothèse. L’ordre des livres donné par la baraïta de b. Baba Batra 14b ne correspond à celui d’aucun manuscrit conservé, ce qui indique qu’il ne décrit pas une pratique de copie mais propose un classement théorique — hypothèse testable par le relevé des ordres attestés.
État de la question
L’écart est signalé dans les introductions. Le relevé comparatif complet des ordres manuscrits n’a pas été publié avec cette question pour objet.
Corpus
b. Baba Batra 14b-15a ; codex d’Alep et de Léningrad ; manuscrits séfarades, ashkénazes et yéménites ; premières éditions imprimées ; listes patristiques pour comparaison.
Méthode
Recenser les ordres attestés par famille de manuscrits et mesurer leur distance à l’ordre talmudique.
Ce qui la réfuterait : Une correspondance de l’ordre talmudique avec une famille de manuscrits identifiée.
Bibliographie sélective
Instruments
Barton, John. The Spirit and the Letter : Studies in the Biblical Canon. Londres : SPCK, 1997.
Leiman, Sid Z. The Canonization of Hebrew Scripture. 2e éd. New Haven : Connecticut Academy of Arts and Sciences, 1991.
Études
Cohen, Shaye J. D. « The Significance of Yavneh ». Hebrew Union College Annual 55 (1984) : 27-53.
Halbertal, Moshe. People of the Book : Canon, Meaning, and Authority. Cambridge : Harvard University Press, 1997.
Lewis, Jack P. « What Do We Mean by Jabneh ? ». Journal of Bible and Religion 32 (1964) : 125-132.
Lim, Timothy H. The Formation of the Jewish Canon. New Haven : Yale University Press, 2013.
Stemberger, Günter. « La formation du canon juif ». Dans Le canon des Écritures, dir. C. Theobald. Paris : Cerf, 1990.
Ulrich, Eugene. The Dead Sea Scrolls and the Developmental Composition of the Bible. Leyde : Brill, 2015.