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Mahshava — Module I

Pensée juive

De Philon à Levinas : philosophie, Kabbale, hassidisme et pensée moderne

Le judaïsme n’a pas de dogmatique, il a une mahshava — une pensée. La différence n’est pas de degré : il n’existe aucune instance habilitée à définir, et les tentatives de fixer des articles de foi ont toutes été des propositions individuelles, discutées comme telles.

Les treize principes ne sont pas un credo Maïmonide formule en 1168, dans son commentaire de la Mishna, treize principes qu’il tient pour obligatoires. Ils ont été contestés de son vivant, Hasdaï Crescas en propose une autre liste, Joseph Albo la réduit à trois, et Isaac Abravanel soutient que réduire la Torah à des principes est déjà une erreur puisque tout y est principe. Que la version versifiée du Yigdal figure dans les livres de prière ne change rien à leur statut : aucun tribunal n’a jamais exclu quiconque pour les avoir refusés.

La rencontre avec la philosophie

AuteurDatesŒuvrePosition
Philonvers 20 AEC - 45 EC, AlexandrieDe opificio mundi, allégoriesLit la Torah avec le platonisme. Ignoré par la tradition rabbinique, conservé par les chrétiens — cas unique d’un auteur juif transmis exclusivement par l’Église
Saadia Gaon882-942, BabylonieEmounot ve-Déot (933)Premier système juif complet, en arabe, avec les instruments du kalam. Raison et révélation s’accordent nécessairement
Bahya ibn PaqudaXIe s., SaragosseHovot ha-LevavotDistingue devoirs des membres et devoirs du cœur ; ouvrage de spiritualité le plus lu du monde séfarade
Juda Halévivers 1075-1141KouzariContre la philosophie : le Dieu d’Abraham n’est pas celui d’Aristote, et l’expérience historique d’un peuple vaut mieux qu’une démonstration
Maïmonide1138-1204Guide des égarés (vers 1190)Aristotélisme radical ; théologie négative — on ne peut rien affirmer de Dieu, seulement écarter ce qu’il n’est pas ; la prophétie est un phénomène naturel perfectionné
Gersonide1288-1344, ProvenceMilhamot ha-ChemVa plus loin que Maïmonide : limite la prescience divine des futurs contingents pour sauver la liberté humaine
Hasdaï Crescasvers 1340-1410, AragonOr ha-ChemCritique de la physique aristotélicienne — sur le vide, l’infini, le lieu — que Spinoza et d’autres reprendront. L’amour, non l’intellect, est le lien à Dieu

La controverse maïmonidienne éclate dans les années 1230, une génération après la mort de son objet. Des rabbins de Provence et du nord de la France interdisent l’étude du Guide ; les partisans excommunient les opposants ; et en 1232 ou 1233, à Montpellier, des exemplaires du Guide sont brûlés — selon plusieurs sources après dénonciation aux dominicains. Douze ans plus tard, les mêmes dominicains font brûler le Talmud à Paris. Le lien de cause à effet est discuté par les historiens et le rapprochement chronologique a frappé les contemporains eux-mêmes, qui y ont vu un châtiment.

La Kabbale

Ce n’est pas une école mais une tradition ésotérique qui devient, à partir du XVIe siècle, la théologie dominante du monde juif — fait que les présentations rationalistes du judaïsme ont longtemps minoré.

ÉtapeTexte ou lieuApport
Antiquité tardiveSefer Yetsira ; littérature des HekhalotLes dix sefirot et les vingt-deux lettres ; récits d’ascension céleste
XIIe s.Sefer ha-Bahir, ProvencePremière expression du symbolisme des sefirot comme structure de la vie divine, incluant un pôle féminin
fin XIIIe s.Zohar, CastilleCommentaire araméen attribué à Rabbi Chimon bar Yohaï. Gershom Scholem a établi la composition par Moïse de León ; des travaux récents proposent une élaboration collective
XVIe s.Safed : Cordovero, Isaac LouriaTsimtsoum — le retrait de Dieu qui fait place au monde ; chevirat ha-kelim — le bris des vases ; tiqoun — la réparation confiée à l’homme

La construction lourianienne a une conséquence que la pensée juive moderne exploitera abondamment : le monde est cassé, la réparation est une tâche humaine, et chaque acte y contribue. C’est la matrice de la notion contemporaine de tiqoun olam, même si son usage actuel — action sociale et politique — est un déplacement considérable par rapport au sens lourianien, qui est cosmique et rituel.

Sabbataï Tsevi et ses suites

En 1665-1666, un mouvement messianique d’une ampleur sans précédent traverse le monde juif autour de Sabbataï Tsevi, proclamé par Nathan de Gaza. Des communautés entières vendent leurs biens. En septembre 1666, sommé de choisir par le sultan, Sabbataï Tsevi se convertit à l’islam.

L’effondrement est considérable et ses effets durent un siècle : mouvements clandestins qui tiennent la conversion pour un mystère nécessaire, les Dönme de Salonique, plus tard le frankisme, et une méfiance durable des autorités rabbiniques envers tout enthousiasme — méfiance qui pèsera sur l’accueil du hassidisme. Gershom Scholem a fait de cet épisode le pivot de sa lecture de l’histoire juive moderne, thèse discutée mais qui a réorienté tout le champ.

Hassidisme, Mitnagdim, Musar

Le hassidisme naît en Podolie au XVIIIe siècle autour d’Israël ben Éliézer, le Baal Chem Tov, qui n’a rien écrit. Il déplace le centre de gravité de l’érudition vers l’expérience — joie, prière fervente, devekout — et institue le tsaddik comme médiateur, ce qui est une innovation sociale majeure : l’autorité passe du savant au maître charismatique, et elle devient héréditaire.

Les Mitnagdim, autour du Gaon de Vilna, s’y opposent violemment — excommunication de 1772 — sur trois griefs : la modification du rite, l’abaissement de l’étude, et le culte de la personne du tsaddik. Le conflit s’apaise au XIXe siècle devant l’adversaire commun qu’est la Haskala, et il produit du côté litvak une institution durable : la yeshiva de Volojine, fondée en 1803, modèle de toutes les yeshivot modernes.

Le mouvement du Musar, fondé par Israël Salanter au milieu du XIXe siècle, constitue une troisième voie : travail méthodique sur les traits de caractère, introspection, étude à voix basse de textes éthiques. Il s’implante dans les yeshivot litvaks et façonne durablement leur climat.

La pensée moderne

AuteurDatesApport
Moses Mendelssohn1729-1786Jérusalem (1783) : le judaïsme n’impose pas de croyances mais une législation révélée ; plaidoyer pour la séparation de l’État et de la religion
Hermann Cohen1842-1918La religion de la raison tirée des sources du judaïsme : le judaïsme comme religion éthique par excellence ; découverte du prochain par la souffrance d’autrui
Franz Rosenzweig1886-1929L’Étoile de la Rédemption (1921), écrite en partie sur des cartes postales depuis le front. Pensée dialogique ; refus de la conversion au christianisme à laquelle il était décidé
Martin Buber1878-1965Je et Tu (1923) ; recueil des récits hassidiques ; sionisme culturel et binational
Abraham Joshua Heschel1907-1972Dieu en quête de l’homme ; le pathos divin ; marche à Selma aux côtés de Martin Luther King — « je priais avec mes jambes »
Joseph Soloveitchik1903-1993L’homme de la halakha ; L’homme de foi solitaire : deux Adam irréconciliables, l’un qui domine le monde, l’autre qui cherche l’alliance
Emmanuel Levinas1906-1995L’éthique comme philosophie première ; le visage d’autrui ; Lectures talmudiques annuelles au Colloque des intellectuels juifs de langue française
Yeshayahou Leibowitz1903-1994Le service divin est sans contrepartie ; toute théologie du sens est une idolâtrie ; critique radicale de la sacralisation de l’État et des territoires

Après la Shoah

Pourquoi le dispositif de controverse est suspendu ici Ce site fait dialoguer sept voix juives avec les interjections d’un visiteur chrétien. Sur cette question, ce dispositif serait déplacé : les positions en présence ne sont pas des thèses d’école mais des réponses de survivants, et l’interjection d’un chrétien — fût-il courtois — dans un débat sur les conséquences théologiques d’un crime commis en terre chrétienne serait une faute de tact et de méthode. Les positions sont donc exposées, nommées, datées, sans mise en scène.

Richard Rubenstein, After Auschwitz (1966) : le Dieu de l’histoire qui récompense et châtie est mort ; le maintenir reviendrait à faire d’Auschwitz un châtiment, ce qui est intolérable.

Eliezer Berkovits, Faith after the Holocaust (1973) : reprend la notion biblique du Dieu caché — hester panim — et soutient que la liberté humaine exige un retrait divin dont Auschwitz est le prix extrême.

Emil Fackenheim : formule le « 614e commandement » — il est interdit d’accorder à Hitler une victoire posthume, donc interdit de désespérer et de cesser d’être juif. La formule a été autant critiquée que reprise, notamment parce qu’elle fonde une obligation religieuse sur un adversaire.

Yeshayahou Leibowitz refuse la question : demander ce que la Shoah signifie théologiquement, c’est chercher à Dieu des comptes, ce qui relève du même besoin de rétribution que la position qu’on prétend écarter. Sa position est la plus austère et elle est d’une grande cohérence avec l’ensemble de sa pensée.

Irving Greenberg propose un critère plutôt qu’une doctrine : aucune affirmation théologique n’est recevable si elle ne pourrait être prononcée devant des enfants qui brûlent. Ce critère a été largement adopté, y compris par des auteurs qui ne partagent pas ses conclusions.

La mahloket

La philosophie est-elle légitime dans le judaïsme ?

La controverse maïmonidienne des années 1230 n’est pas close : elle se rejoue à chaque rencontre du judaïsme avec un système de pensée extérieur — l’aristotélisme, puis les Lumières, puis les sciences humaines. La question n’est pas de savoir si l’on peut penser, mais avec quels instruments et à quel prix.

Le Beit Midrash classique

La position classique est moins hostile qu’on ne le dit et plus prudente qu’on ne le souhaiterait. Le Talmud connaît la « sagesse grecque » et la traite avec méfiance sans l’interdire absolument. Le Guide lui-même circule sous condition : plusieurs autorités l’autorisent après vingt-cinq ans et après maîtrise du Talmud, ce qui n’est pas une interdiction mais un ordre des apprentissages. La crainte n’est pas la philosophie ; c’est un jeune homme qui aurait lu Aristote avant d’avoir appris à conduire une sugya.

Orthodoxie moderne

La philosophie et les sciences sont non seulement légitimes mais nécessaires. Torah im derekh eretz chez Hirsch, Torah u-Madda à Yeshiva University : la vérité ne peut pas se contredire, et un savoir établi ne menace pas une révélation véritable. Soloveitchik, docteur en philosophie de Berlin sur Hermann Cohen, en est l’incarnation. La tension est reconnue et non dissimulée : son Homme de foi solitaire décrit précisément l’impossibilité d’unifier les deux Adam, et il en fait une condition plutôt qu’un problème à résoudre.

Monde haredi et litvak

L’objection porte sur l’ordre des autorités. Employer la philosophie comme instrument est une chose ; lui reconnaître le pouvoir de juger de la vérité de la Torah en est une autre, et la pente de la première vers la seconde est attestée par l’histoire. Le Hazon Ich l’a formulé sans détour : ce qui est en jeu n’est pas l’étendue du savoir mais la question de savoir devant quel tribunal une proposition doit se justifier. Le monde des yeshivot produit une pensée considérable — l’analyse conceptuelle de Brisk est une œuvre philosophique, même si elle ne s’appelle pas ainsi.

Hassidisme

La spéculation n’est pas le chemin. Le Baal Chem Tov enseignait par le récit et par la présence, et la Habad a produit avec le Tanya un système d’une grande rigueur conceptuelle qui ne doit rien à Aristote : ses instruments sont kabbalistiques. Ce que le hassidisme conteste n’est pas la pensée mais l’idée qu’un dispositif intellectuel emprunté puisse servir de fondement. Le mouvement a d’ailleurs prouvé qu’on pouvait bâtir une pensée exigeante avec des outils internes.

Massorti

Les sciences humaines sont un instrument légitime, et la Wissenschaft des Judentums est l’ancêtre direct du mouvement. Ce qui est refusé est le réductionnisme : expliquer la genèse d’une croyance n’est pas la réfuter, et confondre les deux est une erreur logique élémentaire que le XIXe siècle a commise abondamment. La position est celle d’une théologie qui accepte d’être informée par l’histoire sans s’y dissoudre.

Réformé et libéral

La pensée juive doit dialoguer avec son temps, sous peine de devenir inintelligible à ceux qu’elle s’adresse. Le mouvement est né de cette conviction et il en assume les conséquences : Geiger a fait de l’histoire critique un instrument de réforme religieuse, et Hermann Cohen a montré qu’on pouvait rendre compte du judaïsme dans les termes de la philosophie la plus exigeante de son époque. Le risque de dissolution est réel et il a été couru ; le risque inverse — une tradition parlant une langue que personne n’entend — l’est aussi.

Monde séfarade et mizrahi

La question est ici presque sans objet, et pour une raison historique précise : c’est dans le monde judéo-arabe que la philosophie juive s’est faite. Saadia écrit en arabe avec les instruments du kalam, Maïmonide écrit le Guide en judéo-arabe, Halévi rédige le Kouzari en arabe pour combattre les philosophes avec leurs armes. La séparation entre étude talmudique et spéculation, que l’Europe centrale a instituée, n’a pas eu lieu de la même façon : le Ben Ich Haï à Bagdad écrivait halakha, kabbale, prédication et poésie dans la même semaine.

Où en est la discussion

La discussion ne porte pas sur la légitimité de penser — aucune position ne la conteste — mais sur trois questions distinctes. L’ordre des apprentissages : faut-il une formation préalable, et laquelle ? Sur ce point, la position classique et l’orthodoxie moderne sont plus proches qu’il n’y paraît. Le tribunal devant lequel une proposition se justifie : c’est l’argument haredi, et il est logiquement le plus solide de la discussion, ce que Justin concède tout en rappelant qu’il a servi à interdire des travaux exacts. La possibilité d’une pensée rigoureuse avec des instruments internes : la voix hassidique la soutient et l’a démontrée en pratique, ce qui constitue la contribution la moins attendue. Un fait historique traverse l’ensemble et désamorce la question telle qu’elle est posée en Europe : la philosophie juive est née en arabe, et ses adversaires les plus efficaces l’ont combattue avec ses propres instruments.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Sept pistes formulées de manière falsifiable. Le champ dispose de corpus entièrement édités — le Guide, le Zohar, la correspondance de la controverse maïmonidienne — et de fonds manuscrits largement numérisés.

H1. La composition du Zohar après Scholem

  • Doctorat
  • Kabbale / philologie
  • 4-5 ans

Hypothèse. L’attribution du Zohar à Moïse de León, établie par Scholem, doit être remplacée par un modèle d’élaboration collective sur plusieurs décennies, ce que la variabilité stylistique interne et la tradition manuscrite permettent de tester.

État de la question
Scholem a tranché contre l’attribution antique. Yehuda Liebes puis Ronit Meroz ont proposé une composition plurielle. Le débat est ouvert et les méthodes quantitatives n’ont pas été appliquées.
Corpus
Manuscrits du Zohar antérieurs à l’imprimé ; Tiqouné ha-Zohar ; Raaya Mehemna ; écrits hébreux certains de Moïse de León ; araméen zoharique et ses anomalies.
Méthode
Analyse stylométrique des couches, croisée avec la tradition manuscrite et la datation des témoins.

Ce qui la réfuterait : Une homogénéité stylistique compatible avec un auteur unique.

H2. La controverse maïmonidienne et les dominicains

  • Doctorat
  • Histoire médiévale
  • 4-5 ans

Hypothèse. Le lien entre l’autodafé du Guide à Montpellier vers 1232 et celui du Talmud à Paris en 1242 est plus qu’une coïncidence chronologique : les mêmes réseaux dominicains et les mêmes convertis y interviennent, ce qui est établissable par la prosopographie.

État de la question
Le rapprochement est fait par les sources juives contemporaines elles-mêmes, qui y voient un châtiment. Les historiens hésitent entre causalité et coïncidence, faute d’étude prosopographique.
Corpus
Lettres de la controverse ; chroniques de Hillel de Vérone ; procès du Talmud de 1240 ; archives dominicaines de Provence et de Paris ; rôle de Nicolas Donin.
Méthode
Reconstituer les réseaux et les acteurs des deux épisodes et rechercher les recoupements.

Ce qui la réfuterait : Une absence de recoupement entre les acteurs des deux affaires.

H3. Philon transmis par les chrétiens : mesurer une absence

  • Master
  • Histoire de la transmission
  • 12-18 mois

Hypothèse. L’absence totale de Philon dans la littérature rabbinique n’est pas un accident de conservation mais reflète une absence réelle de circulation, ce qui est testable par la recherche d’échos conceptuels indépendants du nom.

État de la question
Le fait est constaté et rarement expliqué. Certains ont supposé des influences indirectes via les targoums ou le midrash.
Corpus
Corpus philonien ; midrashim anciens ; targoums ; Bereshit Rabba ; citations patristiques de Philon ; Eusèbe, HE II, 17-18.
Méthode
Rechercher des échos conceptuels et exégétiques philoniens dans le corpus rabbinique selon des critères explicites.

Ce qui la réfuterait : La découverte d’échos philoniens nombreux et spécifiques dans le corpus rabbinique.

H4. Le tiqoun olam : histoire d’un déplacement

  • Master
  • Histoire des idées
  • 12-18 mois

Hypothèse. L’expression, aujourd’hui synonyme d’engagement social et politique, désigne dans la Mishna un motif de décision juridique et chez Louria une opération cosmique ; le glissement vers son sens contemporain est datable et localisable dans le judaïsme américain du XXe siècle.

État de la question
Le déplacement est signalé par plusieurs auteurs, dont Levenson, et vivement discuté. Sa chronologie précise n’a pas été établie.
Corpus
m. Guittin 4-5 ; prière Aleinou ; corpus lourianien ; publications des mouvements juifs américains depuis 1950 ; discours politiques.
Méthode
Relever et dater les occurrences de l’expression dans un corpus américain et israélien, et coder le sens attribué.

Ce qui la réfuterait : Une continuité sémantique entre les emplois anciens et contemporains.

H5. Les treize principes et leur entrée dans la liturgie

  • Master
  • Liturgie / dogme
  • 12-18 mois

Hypothèse. Le passage des treize principes d’une proposition contestée à un élément de la prière quotidienne, par le Yigdal et le Ani Maamin, s’opère sans décision d’autorité et par la seule voie éditoriale des livres de prière imprimés.

État de la question
Le statut ambigu des principes est connu. Leur trajectoire liturgique n’a pas été retracée par l’histoire du livre de prière.
Corpus
Commentaire de Maïmonide sur m. Sanhédrin 10 ; Yigdal de Daniel ben Judah ; siddourim imprimés depuis le XVIe siècle ; critiques de Crescas, Albo, Abravanel.
Méthode
Suivre la présence des deux pièces dans les éditions successives de livres de prière, par rite et par aire.

Ce qui la réfuterait : Une décision d’autorité attestée introduisant les principes dans la liturgie.

H6. Soloveitchik et Hermann Cohen

  • Doctorat
  • Philosophie juive
  • 4-5 ans

Hypothèse. La dette de Soloveitchik envers le néokantisme de Marbourg, où il a soutenu sa thèse, structure l’ensemble de son œuvre halakhique et non seulement ses écrits philosophiques ; l’analyse des catégories employées dans L’homme de la halakha permet de l’établir.

État de la question
La thèse berlinoise sur Cohen est connue. Son effet sur la conception soloveitchikienne de la halakha comme construction a priori est affirmé plus que démontré.
Corpus
Thèse de Soloveitchik (Berlin, 1932) ; Ich ha-Halakha (1944) ; L’homme de foi solitaire (1965) ; Hermann Cohen, Logik der reinen Erkenntnis ; œuvres de Brisk.
Méthode
Relever les catégories néokantiennes employées et les confronter à la méthode conceptuelle de Brisk dont il hérite par son grand-père.

Ce qui la réfuterait : Une dérivation complète des catégories depuis la seule méthode de Brisk.

H7. La réception française de Levinas dans les milieux juifs

  • Master
  • Histoire intellectuelle
  • 12-18 mois

Hypothèse. La réception de Levinas est asymétrique : considérable dans la philosophie universitaire française et beaucoup plus limitée dans les milieux juifs pratiquants, y compris en France, et cet écart est mesurable par les citations et les programmes d’étude.

État de la question
La notoriété philosophique est établie. La faiblesse de la réception dans les institutions juives est perçue sans être documentée.
Corpus
Lectures talmudiques et actes du Colloque des intellectuels juifs ; revues juives francophones ; programmes de l’École normale israélite orientale ; citations dans la littérature rabbinique francophone.
Méthode
Recenser les citations dans les deux corpus et comparer les densités par décennie.

Ce qui la réfuterait : Une réception équivalente dans les deux milieux.

Bibliographie sélective

Sources

  • Maïmonide. Le Guide des égarés. Trad. Salomon Munk. Paris : Verdier, 1979.
  • Juda Halévi. Le Kuzari. Trad. Charles Touati. Paris : Verdier, 1994.
  • Rosenzweig, Franz. L’Étoile de la Rédemption. Paris : Seuil, 2003.
  • Le Zohar. Trad. Charles Mopsik. 7 vol. Paris : Verdier, 1981-2001.

Études

  • Idel, Moshe. La cabale : nouvelles perspectives. Paris : Cerf, 1998.
  • Liebes, Yehuda. Studies in the Zohar. Albany : SUNY Press, 1993.
  • Scholem, Gershom. Les grands courants de la mystique juive. Paris : Payot, 1983.
  • Scholem, Gershom. Sabbataï Tsevi : le messie mystique. Lagrasse : Verdier, 1983.
  • Sirat, Colette. La philosophie juive au Moyen Âge. Paris : CNRS Éditions, 1983.
  • Touati, Charles. Prophètes, talmudistes, philosophes. Paris : Cerf, 1990.
  • Trigano, Shmuel, dir. La société juive à travers l’histoire. 4 vol. Paris : Fayard, 1992-1993.

Voir aussi