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I. Tanakh et parshanut

Le midrash

Chercher dans le texte : découvrir ou inventer ?

« Au commencement Dieu créa » : pourquoi la Torah commence-t-elle par la lettre ב, fermée de trois côtés et ouverte vers l’avant ? Pour enseigner qu’on ne demande pas ce qui est au-dessus, au-dessous ou derrière, mais seulement ce qui vient après (Bereshit Rabba 1,10). La réponse n’est pas dans le verset ; elle est tirée de la forme d’une lettre. Le midrash lit ainsi : chaque détail du texte porte un sens, et l’interprète le fait parler. La question est de savoir s’il le découvre ou s’il l’invente.

1. Ce qu’est le midrash

Le mot. La racine darach signifie « chercher », « interroger ». Esd 7,10 dit qu’Esdras avait disposé son cœur « à chercher la Torah du Seigneur » ; 2 Ch 13,22 et 24,27 mentionnent déjà un « midrash » du prophète Iddo. Le mot désigne à la fois une méthode — l’interprétation qui scrute le texte — et les recueils qui la rassemblent.

Les deux genres. Le midrash halakhique tire du texte des règles : Mekhilta sur l’Exode, Sifra sur le Lévitique, Sifré sur les Nombres et le Deutéronome, compilations des IIIe-IVe siècles. Le midrash aggadique tire récits, enseignements et homélies : Bereshit Rabba, Vayiqra Rabba, Eikha Rabba, Pesiqta de-Rav Kahana, Tanhouma (voir L’aggada).

Les deux écoles. La tradition oppose l’école de R. Ichmaël, qui tient que « la Torah parle selon la langue des hommes » et n’exploite pas chaque redondance, et celle de R. Akiva, qui tire un enseignement de chaque particule — jusqu’au mot et, marque de l’objet direct. Le récit de Moïse dans la classe d’Akiva, qui voit tirer des monceaux de lois de chaque couronne de lettre (b. Menahot 29b), dit la portée de la seconde méthode.

2. Les règles

Les treize règles de R. Ichmaël, récitées chaque matin dans la prière, dérivent des sept règles attribuées à Hillel. Parmi elles :

Le rapprochement avec la rhétorique grecque. Plusieurs chercheurs, depuis David Daube et Saul Lieberman, ont relevé la parenté de ces règles avec les méthodes de l’interprétation juridique et homérique d’Alexandrie. La question de l’emprunt, de la convergence ou de l’héritage commun reste ouverte.

3. Les procédés aggadiques

4. La multiplicité des sens

Soixante-dix visages. « La Torah a soixante-dix visages » (Bemidbar Rabba 13,15) ; « comme un marteau qui fait éclater le rocher » (Jr 23,29), un verset donne plusieurs sens (b. Sanhédrin 34a). Le midrash juxtapose des interprétations incompatibles sans choisir entre elles : « autre chose » (davar aher) introduit l’explication suivante.

Le pardes. La tradition médiévale distingue quatre niveaux de sens — littéral (pechat), allusif (remez), homilétique (drach), secret (sod) —, dont les initiales forment le mot pardes, « verger ». La formule apparaît à la fin du XIIIe siècle, notamment chez Moïse de León, et plusieurs chercheurs y voient un parallèle avec les quatre sens de l’exégèse chrétienne médiévale.

Une limite. « Un verset ne sort pas de son sens littéral » (b. Chabbat 63a ; b. Yevamot 24a) : le Talmud lui-même pose que le sens premier demeure, quelles que soient les interprétations ajoutées. Le rapport entre pechat et drach est le sujet du module prévu Les commentateurs.

5. L’étude moderne

Les éditions critiques : Theodor et Albeck pour Bereshit Rabba, Margulies pour Vayiqra Rabba, Mandelbaum pour la Pesiqta, Finkelstein pour le Sifré.

Les approches. Isaak Heinemann, Darkhé ha-aggada (1940), a décrit la « pensée organique » du midrash, qui ne sépare pas forme et contenu. James Kugel a montré que les interprètes anciens — de la Septante aux rabbins — partageaient quatre présupposés : le texte est énigmatique, il concerne le lecteur, il est parfait et sans contradiction, il est entièrement divin. Daniel Boyarin a lu le midrash comme une intertextualité. Michael Fishbane a montré que l’interprétation commence dans la Bible elle-même : les Chroniques réinterprètent Samuel et les Rois, Daniel réinterprète Jérémie.

La mahloket

Le midrash dit-il ce que dit le texte ?

Il tire des lois d’une particule, des récits d’un silence, des enseignements de la forme d’une lettre ; il juxtapose des sens incompatibles ; et la tradition pose pourtant qu’un verset ne sort pas de son sens littéral. La question posée aux sept voix : l’interprète découvre-t-il ou invente-t-il ?

Le Beit Midrash classique

Le midrash ne remplace pas le sens simple, il s’y ajoute : un verset ne sort pas de son sens littéral, et il en porte d’autres. La Torah étant parole divine, rien n’y est superflu, et chaque détail enseigne. Ce que les sages tirent du texte y était, et ce qu’ils tirent de la tradition orale y trouve un appui. Découvrir et transmettre ne s’opposent pas.

Orthodoxie moderne

L’orthodoxie moderne distingue les registres : le midrash halakhique fonde souvent sur un verset une règle déjà reçue par la tradition orale — le verset est un appui, non une source —, et Maïmonide l’a dit. Le midrash aggadique est un enseignement, qui ne prétend pas donner le sens historique. Confondre les deux produit soit la naïveté, soit le mépris ; les distinguer permet de les lire sérieusement.

Monde haredi et litvak

Les paroles des sages sont vraies, et ce qu’ils tirent du texte y est. Moïse a reçu au Sinaï tout ce qu’un disciple éprouvé enseignera un jour. Que nous ne voyions pas comment un enseignement sort d’un verset montre notre distance, non la leur. On étudie le midrash avec les commentateurs, et l’on ne le soumet pas au jugement de la philologie.

Hassidisme

Le hassidisme a prolongé le midrash dans ses propres enseignements : chaque maître tire d’un verset une lumière nouvelle, et la Torah se renouvelle à chaque génération. Les soixante-dix visages ne sont pas un aveu d’incertitude, mais la mesure d’une parole infinie. Le texte parle à chacun selon ce qu’il peut entendre.

Massorti

Historiquement, le midrash procède selon des règles partagées avec d’autres interprètes anciens, et il répond aux questions de son temps en les inscrivant dans le texte. Le judaïsme massorti tient que le midrash est une création, légitime et féconde, qui montre comment la tradition s’est toujours renouvelée par l’interprétation — et que c’est un modèle pour l’interprétation d’aujourd’hui.

Réformé et libéral

Le judaïsme réformé voit dans le midrash la preuve que la tradition n’a jamais été une lecture littérale, et il a produit un « midrash moderne » — lectures féministes, lectures poétiques, relectures créatives — qu’il présente comme la continuation du genre. Il reconnaît que ces lectures ne sont pas des découvertes mais des créations, et il tient que les sages anciens le savaient aussi.

Monde séfarade et mizrahi

Les commentateurs séfarades — ibn Ezra, Radak — ont été les plus attachés au sens littéral et à la grammaire, et ils ont parfois critiqué des lectures midrashiques qui forçaient le texte. Ibn Ezra classe les méthodes d’interprétation et place le midrash à sa juste place, qui n’est pas celle du sens simple. Cette tradition critique est interne, ancienne et respectueuse.

Où en est la discussion

Le midrash ajoute au sens simple sans l’abolir, et les voix divergent sur la nature de cet ajout. La voix classique tient que rien n’est superflu dans le texte. L’orthodoxie moderne, avec Maïmonide, distingue appui et source. La voix haredi situe la difficulté dans le lecteur. Le hassidisme parle d’une parole infinie. La voix massorti y voit une création qui sert de modèle. La voix réformée prolonge le genre et assume son caractère créatif. La voix séfarade rappelle la critique interne d’ibn Ezra. Justin reconnaît dans les quatre sens du pardes ceux de l’exégèse médiévale chrétienne.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Cinq pistes formulées de manière falsifiable.

H1. Les règles d’interprétation et Alexandrie

  • Doctorat
  • Histoire de l’herméneutique
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les sept règles attribuées à Hillel correspondent terme à terme à des procédés de la rhétorique hellénistique, ce qui indique un emprunt plutôt qu’une convergence.

État de la question
Le rapprochement est proposé depuis Daube (1949) ; la direction de la dépendance est discutée.
Corpus
t. Sanhédrin 7,11 ; Sifra, introduction ; manuels de rhétorique grecque ; exégèse homérique alexandrine.
Méthode
Comparaison terminologique et procédurale.

Ce qui la réfuterait : Des procédés sans correspondant grec pour une majorité des règles.

H2. Les deux écoles

  • Master
  • Midrash halakhique
  • 12-18 mois

Hypothèse. La distinction entre les méthodes de l’école d’Ichmaël et de l’école d’Akiva est repérable dans la terminologie des midrashim halakhiques et permet d’attribuer chaque compilation à l’une ou l’autre.

État de la question
La thèse de Hoffmann (1886-1887) est classique ; elle a été nuancée.
Corpus
Mekhilta de-Rabbi Ichmaël ; Mekhilta de-Rabbi Chimon ; Sifra ; Sifré.
Méthode
Analyse terminologique.

Ce qui la réfuterait : Une terminologie mixte dans chaque compilation.

H3. Le pardes et les quatre sens

  • Doctorat
  • Histoire de l’exégèse
  • 3-4 ans

Hypothèse. La formule du pardes apparaît à la fin du XIIIe siècle dans des milieux en contact avec l’exégèse chrétienne des quatre sens, et sa structure en dépend.

État de la question
La thèse de Bacher et de Scholem est discutée.
Corpus
Moïse de León ; Bahya ben Asher ; Zohar ; exégèse chrétienne des quatre sens.
Méthode
Datation des premières occurrences et comparaison.

Ce qui la réfuterait : Une attestation juive antérieure aux contacts supposés.

H4. Les présupposés de Kugel

  • Master
  • Histoire de l’exégèse
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les quatre présupposés des interprètes anciens décrits par Kugel sont communs à Qumrân, à Philon, aux rabbins et au Nouveau Testament, et leur présence est vérifiable dans chaque corpus.

État de la question
La thèse est influente ; sa vérification systématique est partielle.
Corpus
Pesharim de Qumrân ; Philon ; midrashim ; Nouveau Testament ; Jubilés.
Méthode
Recherche des présupposés dans chaque corpus.

Ce qui la réfuterait : Un corpus où l’un des présupposés est absent.

H5. L’exégèse intérieure à la Bible

  • Doctorat
  • Exégèse
  • 3-4 ans

Hypothèse. Les procédés de réinterprétation relevés par Fishbane dans la Bible hébraïque — reprise, harmonisation, actualisation — anticipent les règles midrashiques dans une proportion mesurable.

État de la question
La thèse de Fishbane (1985) est majeure ; la comparaison systématique avec les règles reste à faire.
Corpus
Chroniques et Samuel-Rois ; Dn 9 et Jr 25 ; Ne 8 ; règles midrashiques.
Méthode
Classement des procédés bibliques selon les règles.

Ce qui la réfuterait : Des procédés sans correspondance avec les règles.

Bibliographie sélective

Ouvrages de référence

  • Strack, Hermann L., et Günter Stemberger. Introduction au Talmud et au Midrash. Paris : Cerf, 1986.
  • Kugel, James L. Traditions of the Bible. Cambridge (Mass.) : Harvard University Press, 1998.
  • Fishbane, Michael. Biblical Interpretation in Ancient Israel. Oxford : Clarendon, 1985.

Études

  • Boyarin, Daniel. Intertextualité et lecture du Midrash. Paris : Cerf, 1999.
  • Heinemann, Isaak. Darkhé ha-aggada. Jérusalem : Magnes, 1940.
  • Daube, David. « Rabbinic Methods of Interpretation and Hellenistic Rhetoric ». HUCA 22 (1949) : 239-264.
  • Halbertal, Moshe. Interpretative Revolutions in the Making. Jérusalem : Magnes, 1997 [hébreu].

Voir aussi