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III. Halakha

La conversion

« Ton peuple sera mon peuple » : comment on entre dans un peuple

Une Moabite dit « ton peuple sera mon peuple » et devient l’aïeule de David. Un tribunal de trois hommes demande à un candidat pourquoi il veut se joindre à un peuple persécuté. Un converti dira « Dieu de nos pères » comme les autres, parce que Maïmonide l’a écrit à l’un d’eux. Et aujourd’hui, la question de savoir qui peut convertir divise les courants du judaïsme plus que toute autre. La conversion est le lieu où se décide la nature même de l’appartenance.

Ce que ce module traite Il expose le droit de la conversion, son histoire et ses controverses actuelles. Il ne constitue pas une orientation pour une démarche personnelle : celle-ci relève d’une communauté et d’une autorité, et les critères varient considérablement selon les courants et les pays. Les positions exposées ici sont décrites, non recommandées.

1. Dans la Bible

Pas de procédure. La Bible ne connaît pas d’institution de conversion. Elle connaît le guer, l’étranger résident, protégé par de nombreuses lois — « tu aimeras le guer, car vous avez été guerim en Égypte » (Dt 10,19) —, soumis à certaines obligations et associé à certains rites. La question de l’appartenance se pose en termes d’intégration, non de statut juridique.

Les figures. Rut est le modèle : sa déclaration (Rt 1,16-17) deviendra la formule de référence. La « multitude mêlée » monte d’Égypte avec Israël (Ex 12,38). Ex 12,48 exige la circoncision pour participer à la Pâque. Is 56,3-7 promet à l’étranger qui garde le chabbat « un nom meilleur que des fils et des filles ».

Le mot change de sens. Dans la Torah, guer désigne l’étranger installé ; dans la littérature rabbinique, il désigne le converti. Ce glissement est l’un des plus significatifs de l’histoire du vocabulaire juif.

2. Le Second Temple

Une époque d’attraction. Des sources grecques et latines attestent l’attrait du judaïsme : Juvénal moque les Romains qui observent le chabbat, Josèphe affirme que les coutumes juives se sont répandues dans de nombreuses villes. Les « craignant-Dieu » — sympathisants non circoncis — sont attestés par des inscriptions, notamment à Aphrodisias.

Un cas documenté. Josèphe raconte la conversion de la maison royale d’Adiabène, avec un désaccord entre deux conseillers sur la nécessité de la circoncision pour le roi Izatès (Antiquités XX, 17-96). C’est le témoignage le plus détaillé sur un débat interne juif à ce sujet au Ier siècle.

Les conversions forcées. Les Hasmonéens ont imposé la circoncision aux Iduméens et aux Ituréens, selon Josèphe. Le fait est rapporté sans approbation dans la tradition ultérieure, et Hérode, descendant d’Iduméens convertis, en illustre la conséquence.

3. La procédure rabbinique

Le texte fondateur. b. Yevamot 47a-b décrit la procédure :

Les éléments constitutifs. La tradition retient : la circoncision, l’immersion, l’acceptation des commandements (qabbalat mitsvot), et un tribunal de trois. Le sacrifice, requis du temps du Temple, est suspendu.

Les règles de protection. Il est interdit de rappeler à un converti son origine (b. Baba Metsia 58b-59b) ; le converti est visé par l’interdit d’opprimer l’étranger, répété selon le Talmud trente-six fois dans la Torah. Maïmonide, répondant à Obadia le prosélyte, écrit qu’il doit dire « Dieu de nos pères » comme tout autre, puisque Abraham est le père de tous ceux qui se joignent à lui.

Les avis réservés. Le Talmud rapporte aussi des positions sévères : « les convertis sont pour Israël aussi durs qu’une plaie » (b. Yevamot 47b ; b. Qiddouchin 70b), phrase diversement expliquée — par l’exigence accrue qu’ils imposent, ou par les difficultés qu’ils rencontrent. Les deux registres coexistent dans les sources.

4. L’histoire

5. Les controverses actuelles

QuestionÉtat du débat
L’acceptation des commandementsFaut-il une intention d’observance complète ? Une partie de l’orthodoxie contemporaine l’exige et invalide rétroactivement des conversions ; d’autres autorités, dont plusieurs décisionnaires séfarades, s’y opposent fermement, estimant qu’une conversion accomplie selon les formes ne s’annule pas
Qui convertitLe grand rabbinat d’Israël ne reconnaît pas les conversions non orthodoxes, ni celles de nombreux tribunaux orthodoxes de diaspora. La Cour suprême israélienne a reconnu certaines conversions pour l’état civil et la loi du retour, sans effet sur le statut personnel
Les immigrés de l’ex-URSSPlusieurs centaines de milliers de personnes arrivées au titre de la loi du retour ne sont pas juives selon la halakha. Des dispositifs de conversion ont été créés, avec des résultats limités ; c’est l’un des problèmes sociaux majeurs du pays
L’ÉthiopieOvadia Yossef a reconnu en 1973 la judéité des Beta Israel, permettant leur immigration ; une conversion de précaution a néanmoins été demandée à certains, ce qui a provoqué des protestations
Les courants libérauxMassorti et réformé pratiquent la conversion avec des exigences différentes ; le judaïsme réformé américain a adopté en 1983 la filiation patrilinéaire pour les enfants élevés juifs, décision non reconnue par les autres courants et qui constitue le point de rupture le plus net

La mahloket

Qui décide de l’entrée dans le peuple ?

La procédure est ancienne et simple ; son application ne l’est pas. Une conversion vaut-elle si celui qui l’a reçue n’observe pas ? Peut-elle être annulée ? Et qui a autorité pour la conduire ? La question posée aux sept voix.

Le Beit Midrash classique

Le Talmud est clair sur deux points : on décourage d’abord, et « dès qu’il est remonté, il est comme un Israélite en tout point » (b. Yevamot 47b). Un juif est un juif ; il n’y a pas de catégorie intermédiaire. Et l’on n’a pas le droit de lui rappeler son origine. Ces règles sont anciennes, et elles ont été formulées quand la conversion coûtait la vie.

Orthodoxie moderne

L’orthodoxie moderne tient que la procédure ne s’annule pas rétroactivement : ce qui a été fait selon les formes est fait, et l’observance ultérieure relève de la responsabilité de chacun, comme pour tout juif. Les annulations prononcées ces dernières années sont contestées par de nombreuses autorités, précisément parce qu’elles créent une insécurité de statut qui frappe des familles entières, souvent des années après.

Monde haredi et litvak

La conversion suppose l’acceptation du joug des commandements ; sans elle, il manque un élément constitutif. C’est la raison des exigences actuelles : non pour écarter, mais pour que ce qui est fait soit valide. Les tribunaux sérieux prennent le temps, accompagnent, et ne convertissent pas pour régler un problème administratif. Le converti sincère est accueilli comme un enfant d’Abraham.

Hassidisme

Le hassidisme reprend l’enseignement selon lequel l’âme du converti était déjà présente au Sinaï. Ce n’est pas une métaphore consolante : cela signifie que la conversion révèle plutôt qu’elle ne fabrique. D’où l’attitude requise : accueillir, non examiner. Le Talmud dit que les convertis sont durs comme une plaie ; les maîtres hassidiques ont expliqué que c’est parce qu’ils sont plus exigeants que nous, et que cela nous gêne.

Massorti

Historiquement, l’exigence d’une acceptation complète des commandements comme condition de validité est une formulation récente : les sources anciennes demandent d’informer sans surcharger. Le judaïsme massorti observe que le durcissement contemporain répond à une situation — les mariages mixtes, l’immigration massive — et qu’il faut le dire ainsi plutôt que de le présenter comme la tradition immémoriale.

Réformé et libéral

Le judaïsme réformé accueille les convertis sans exiger l’observance intégrale et a adopté en 1983 la filiation patrilinéaire. Il assume que cette décision est une rupture, et il l’argumente : dans une société où les familles mixtes sont nombreuses, exclure les enfants élevés juifs parce que le père seul est juif lui paraît indéfendable. Il reconnaît que cette position est la cause principale de la non-reconnaissance mutuelle entre courants.

Monde séfarade et mizrahi

Ovadia Yossef est ici la figure décisive : il a reconnu la judéité des Beta Israel en 1973, refusé les annulations rétroactives de conversion, et soutenu une jurisprudence d’intégration fondée sur les sources et sur le principe qu’on ne rejette pas ceux qui veulent se joindre. La tradition séfarade et orientale a généralement été plus accueillante en pratique, et cette différence est documentée.

Où en est la discussion

La procédure est ancienne ; son application divise. La voix classique retient que le converti est juif en tout point et qu’on ne lui rappelle pas son origine. L’orthodoxie moderne refuse les annulations rétroactives et souligne l’insécurité qu’elles créent. La voix haredi lie la validité à l’acceptation des commandements. Le hassidisme tient que la conversion révèle plutôt qu’elle ne fabrique. La voix massorti décrit le durcissement comme une réponse datable à une situation. La voix réformée assume la rupture de la filiation patrilinéaire. La voix séfarade, avec Ovadia Yossef, défend la sécurité du statut. Justin relève que ces protections ont été écrites quand la conversion menait au bûcher.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Cinq pistes formulées de manière falsifiable.

H1. Le glissement du mot guer

  • Doctorat
  • Philologie / histoire
  • 3-4 ans

Hypothèse. Le passage du sens d’étranger résident à celui de converti s’opère dans la littérature du Second Temple, et il est repérable dans la Septante avant les sources rabbiniques.

État de la question
Le glissement est admis ; sa datation précise reste discutée.
Corpus
Occurrences de guer dans la Torah ; Septante ; Philon ; Josèphe ; Mekhilta ; Sifra.
Méthode
Classer les rendus et les emplois par corpus daté.

Ce qui la réfuterait : Un emploi au sens de converti dans un texte biblique assuré.

H2. Le débat d’Adiabène

  • Master
  • Histoire du judaïsme ancien
  • 12-18 mois

Hypothèse. Le désaccord rapporté par Josèphe entre Ananias et Éléazar reflète un débat réel du Ier siècle sur la nécessité de la circoncision, parallèle à celui des premières communautés chrétiennes.

État de la question
Le rapprochement est fait ; son analyse comparée reste utile.
Corpus
Josèphe, Antiquités XX, 17-96 ; Ac 15 ; Ga 2 ; sources rabbiniques sur la conversion sans circoncision.
Méthode
Comparer les positions et leurs argumentaires.

Ce qui la réfuterait : Un récit josephien sans portée au-delà du cas particulier.

H3. L’étendue de la conversion khazare

  • Doctorat
  • Histoire médiévale
  • 4-5 ans

Hypothèse. La conversion khazare a concerné l’élite dirigeante et non l’ensemble de la population, et les thèses qui en font l’origine principale des juifs ashkénazes sont infirmées par la génétique des populations et par l’histoire du yiddish.

État de la question
Le consensus scientifique est établi ; les thèses contraires continuent de circuler.
Corpus
Correspondance de Hasdaï ibn Chaprut ; sources arabes et byzantines ; documents de la Genizah ; études génétiques ; histoire du yiddish.
Méthode
Croiser sources écrites, linguistique et données génétiques.

Ce qui la réfuterait : Des données génétiques ou linguistiques compatibles avec une origine khazare majoritaire.

H4. L’exigence d’acceptation intégrale

  • Master
  • Halakha
  • 12-18 mois

Hypothèse. La formulation de l’acceptation des commandements comme condition de validité susceptible d’annulation rétroactive apparaît au XXe siècle, les sources antérieures traitant l’acceptation comme un élément de procédure.

État de la question
La thèse est défendue par plusieurs chercheurs et contestée par les tenants des annulations.
Corpus
b. Yevamot 47a-b ; Maïmonide, Hilkhot Issouré Bia 13-14 ; Choulhan Aroukh, Yoré Déa 268 ; responsa des XIXe et XXe siècles ; décisions rabbiniques récentes.
Méthode
Retracer les formulations successives.

Ce qui la réfuterait : Une annulation rétroactive attestée dans la jurisprudence classique.

H5. Les effets de la décision de 1983

  • Doctorat
  • Sociologie religieuse
  • 3-4 ans

Hypothèse. L’adoption de la filiation patrilinéaire par le judaïsme réformé américain a augmenté le nombre de personnes s’identifiant comme juives sans modifier significativement les taux d’affiliation synagogale.

État de la question
Les enquêtes existent ; leur exploitation sur ce point précis reste partielle.
Corpus
Résolution du CCAR (1983) ; enquêtes de population juive américaine de 1990, 2000-2001, 2013 et 2020.
Méthode
Analyse longitudinale des données d’enquête.

Ce qui la réfuterait : Une corrélation forte avec les taux d’affiliation.

Bibliographie sélective

Ouvrages de référence

  • Cohen, Shaye J. D. The Beginnings of Jewishness. Berkeley : University of California Press, 1999.
  • Goodman, Martin. Mission and Conversion. Oxford : Clarendon, 1994.
  • Sagi, Avi, et Zvi Zohar. Transforming Identity: The Ritual Transition from Gentile to Jew. Londres : Continuum, 2007.

Études

  • Golb, Norman. « Obadiah the Proselyte: Scribe of a Unique Twelfth-Century Hebrew Manuscript ». Journal of Jewish Studies 18 (1967) : 43-63.
  • Ferziger, Adam S. Exclusion and Hierarchy. Philadelphie : University of Pennsylvania Press, 2005.
  • Zohar, Zvi. Rabbinic Creativity in the Modern Middle East. Londres : Bloomsbury, 2013.
  • Stampfer, Shaul. « Did the Khazars Convert to Judaism? ». Jewish Social Studies 19/3 (2013) : 1-72.

Voir aussi