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Terre et institutions

Les Prophètes : le pays et ses royaumes

De la chute de Jéricho à la chute de Jérusalem

Les Prophètes premiers racontent l’entrée dans le pays et sa perte : Jéricho tombe au début de Josué, Jérusalem tombe à la fin des Rois. Entre les deux, six siècles où la géographie devient politique — sanctuaires concurrents, capitales rivales, villes assiégées, frontières qui bougent. Les Prophètes derniers parlent depuis ces lieux ou de loin : Amos à Béthel, Isaïe dans Jérusalem assiégée, Jérémie dans une citerne, Ézéchiel sur un canal de Babylonie. Ce module donne les lieux des deux ensembles, avec trois cartes : la conquête, Jérusalem, les exils.

1. La conquête et le partage

La conquête selon Josué Entrée par Jéricho, Aï et Gabaon, campagne vers le sud jusqu’à Lakish et Hébron, campagne du nord contre Hatsor ; Silo devient le sanctuaire, Sichem le lieu de l’alliance. Le récit ; l’archéologie ne confirme ni Jéricho ni Aï à l’époque supposée. Mer Jourdain MerMorte plaines de Moab Jéricho Aï Gabaon Jérusalem Lakish Hébron Hatsor Sichem Silo Dan campagne du centre et du sud (Jos 6–10) campagne du nord (Jos 11) Itinéraire du récit, non tracé établi.
Entrée par Jéricho, Aï et Gabaon, campagne vers le sud jusqu’à Lakish et Hébron, campagne du nord contre Hatsor ; Silo devient le sanctuaire, Sichem le lieu de l’alliance. Le récit ; l’archéologie ne confirme ni Jéricho ni Aï à l’époque supposée.

Le récit de Josué. Le peuple franchit le Jourdain en face de Jéricho, dont les murailles tombent ; Aï est prise par ruse ; les Gabaonites obtiennent un traité ; une coalition du sud est écrasée à Gabaon puis les villes de la Chephela et de Juda — Lakish, Églon, Hébron, Debir — sont prises ; une coalition du nord est vaincue aux eaux de Mérom et Hatsor est brûlée (Jos 6-11). Le sanctuaire est établi à Silo ; l’alliance est renouvelée à Sichem, entre le Garizim et l’Ébal.

Les autres récits. Juges 1 donne une image différente : chaque tribu conquiert son territoire, et beaucoup de villes restent cananéennes — Jérusalem, Meguiddo, Beth-Shéan, Guézer, Dor. Le livre des Juges se passe dans un pays partagé, non conquis.

L’archéologie. Jéricho n’a pas de muraille au XIIIe siècle, ni d’occupation notable ; Aï (et-Tell) est en ruine depuis le IIIe millénaire — son nom signifie « la ruine » ; Hatsor a été détruite au XIIIe siècle, ce qui est compatible avec Jos 11 sans l’attester ; Lakish est détruite plus tard. En revanche, des centaines de petits villages apparaissent dans la montagne centrale à partir de 1200, sans destruction préalable des villes cananéennes de la plaine. Les modèles concurrents — conquête, infiltration pacifique, révolte paysanne, émergence interne à Canaan — sont exposés dans Histoire d’Israël ancien.

2. Les sanctuaires

Avant la centralisation, le pays a plusieurs lieux de culte, et les textes les nomment : Silo, où l’arche demeure jusqu’à sa prise par les Philistins (1 S 4) ; Béthel, où Jacob avait vu l’échelle et où Jéroboam installe un veau d’or ; Dan, à l’autre extrémité, avec l’autre veau ; Guilgal, Mitspa, Rama, Nob, Gabaon où Salomon sacrifie avant la construction du Temple (1 R 3,4). Le Deutéronome exige un lieu unique « que le Seigneur choisira » ; les livres des Rois jugent chaque roi à l’aune des « hauts lieux » qu’il tolère ou détruit ; Josias en 622 les supprime tous et centralise à Jérusalem (2 R 23). La géographie cultuelle est le critère du jugement historique.

3. Deux royaumes

Après Salomon, le pays se divise (931). Israël, au nord, plus grand, plus riche, plus exposé, change de capitale — Sichem, Tirça, puis Samarie, fondée par Omri vers 880 — et tombe sous les Assyriens en 722. Juda, au sud, plus petit, plus isolé dans sa montagne, garde Jérusalem et la dynastie de David jusqu’en 586. Les frontières entre les deux bougent — Béthel est disputée —, et les guerres contre Damas, Moab, Édom, les Philistins se lisent dans les livres des Rois et sur les stèles voisines : Mésha de Moab raconte sa victoire sur Israël, Tel Dan mentionne la « maison de David ». La carte des deux royaumes est dans Melakhim.

4. Jérusalem

Jérusalem : les enceintes successives La Cité de David sur l’éperon sud, entre le Cédron et la vallée centrale ; le Temple au nord ; l’extension sur la colline occidentale au VIIIe siècle, quand les réfugiés du Nord affluent ; l’enceinte hérodienne. La source de Guihon et le tunnel d’Ézéchias assurent l’eau en cas de siège. vallée de Hinnom vallée centrale (Tyropéon) vallée du Cédron Temple Cité de David colline occidentale source de Guihon piscine de Siloé tunnel d’Ézéchias Cité de David (Xe siècle ?) extension du VIIIe siècle (Ézéchias) enceinte de l’époque hérodienne Schéma, non à l’échelle ; les tracés du Xe et du VIIIe siècle sont discutés.
La Cité de David sur l’éperon sud, entre le Cédron et la vallée centrale ; le Temple au nord ; l’extension sur la colline occidentale au VIIIe siècle, quand les réfugiés du Nord affluent ; l’enceinte hérodienne. La source de Guihon et le tunnel d’Ézéchias assurent l’eau en cas de siège.

Ville jébuséenne prise par David (2 S 5), sur un éperon étroit entre le Cédron et la vallée centrale, autour de la source de Guihon ; Salomon bâtit le Temple sur la hauteur au nord. Au VIIIe siècle, la ville s’étend sur la colline occidentale — l’archéologie y montre un accroissement brusque, attribué aux réfugiés du royaume du Nord après 722 ; Ézéchias fait creuser le tunnel qui amène l’eau de Guihon à la piscine de Siloé, à l’intérieur des murs, avant le siège de Sennachérib en 701 (2 R 20,20 ; l’inscription du tunnel a été trouvée en 1880). La ville est prise par Nabuchodonosor en 597, détruite en 586, et le livre des Rois s’achève sur ses ruines. Ézéchiel en dessine un plan idéal (Éz 40-48). Sa reconstruction relève des Écrits.

5. Les exils

Les exils Les déportés de Samarie en 722 vers la Haute-Mésopotamie et les villes des Mèdes ; ceux de Juda en 597 et 586 vers la Babylonie, où les archives de Nippour les retrouvent ; la fuite en Égypte avec Jérémie ; le retour sous les Perses. Méditerranée Jérusalem Samarie Ninive Gozan (Habor) Babylone Nippour Tahpanhès Éléphantine déportation d’Israël (722) déportations de Juda (597, 586) et fuite en Égypte retour sous les Perses (538 et après)
Les déportés de Samarie en 722 vers la Haute-Mésopotamie et les villes des Mèdes ; ceux de Juda en 597 et 586 vers la Babylonie, où les archives de Nippour les retrouvent ; la fuite en Égypte avec Jérémie ; le retour sous les Perses.

722. Sargon II déporte, selon ses annales, 27'290 habitants de Samarie « à Halah, sur le Habor, fleuve de Gozan, et dans les villes des Mèdes » (2 R 17,6) ; des étrangers sont installés à leur place — origine des Samaritains selon le même chapitre, lecture que les Samaritains eux-mêmes récusent. Les déportés ne reviennent pas ; c’est le point de départ des dix tribus perdues.

597 et 586. Nabuchodonosor déporte le roi Joïakîn et l’élite (2 R 24), puis, après la révolte de Sédécias, détruit la ville et déporte de nouveau (2 R 25). Les archives de Nippour — les tablettes « al-Yahoudou », « la ville de Juda », publiées depuis 2014 — montrent des Judéens installés dans des villages de Babylonie, cultivant, payant l’impôt, portant des noms yahvistes. Ézéchiel est parmi eux, à Tel-Aviv sur le canal Kebar. Un groupe fuit en Égypte avec Jérémie, à Tahpanhès (Jr 43) ; plus au sud, la colonie d’Éléphantine aura son propre temple.

Le retour. L’édit de Cyrus (538) permet le retour et la reconstruction ; il concerne les Écrits.

6. D’où parlent les Prophètes derniers

ProphèteLieuCe que le lieu fait au message
AmosBerger de Teqoa, en Juda ; parle à Béthel, sanctuaire du NordUn Judéen au sanctuaire royal d’Israël, expulsé par le prêtre Amatsia (Am 7)
OséeRoyaume du NordLe seul prophète écrivain du Nord ; la géographie de l’adultère — Guilgal, Béthel devenue Beth-Aven, « maison du néant »
IsaïeJérusalemLe siège de 701 vécu de l’intérieur ; Sion inviolable — thème que Jérémie combattra
MichéeMorésheth, dans la ChephelaLa vue depuis les villes exposées de la plaine ; l’annonce que Sion sera labourée (Mi 3,12)
JérémieAnatot, village de prêtres près de Jérusalem ; Jérusalem ; Mitspa ; l’ÉgypteLe siège, la citerne, la ruine, la fuite : la géographie de la catastrophe suivie pas à pas
ÉzéchielBabylonie, Tel-Aviv sur le KebarJérusalem vue de loin, en vision ; le Temple futur mesuré comme un plan d’architecte
JonasNiniveLa capitale ennemie qui se convertit ; Tarsis à l’autre bout du monde
Aggée, ZacharieJérusalem sous les PersesLe Temple à rebâtir ; les nations qui monteront à Jérusalem

La mahloket

La conquête a-t-elle eu lieu ?

Josué raconte une conquête rapide et totale ; Juges 1 une installation partielle ; l’archéologie montre des villages nouveaux dans la montagne sans destruction des villes de la plaine, et des sites — Jéricho, Aï — qui n’étaient pas là pour être pris. La question posée aux sept voix.

Le Beit Midrash classique

Le livre de Josué dit lui-même que la conquête ne fut pas totale : « il reste beaucoup de pays à posséder » (Jos 13,1), et Juges 1 énumère les villes non prises. Les sages ont lu ces textes ensemble ; ils n’ont jamais enseigné une conquête achevée en une génération. Que les fouilles trouvent des villages plutôt que des ruines s’accorde avec un peuple qui s’installe dans la montagne, là où les villes cananéennes n’étaient pas.

Orthodoxie moderne

L’orthodoxie moderne distingue ce que le texte affirme et ce qu’une lecture rapide y ajoute : Josué ne décrit pas la destruction de toutes les villes, mais des campagnes contre des coalitions, avec trois villes brûlées seulement — Jéricho, Aï, Hatsor. Elle reconnaît que Jéricho et Aï posent un problème réel, et que la datation du récit, ou son genre — un récit de fondation qui condense —, doit être discutée. Elle refuse la conclusion qu’il ne s’est rien passé.

Monde haredi et litvak

Josué a fait entrer Israël dans le pays, comme il est écrit, et les miracles du Jourdain et de Jéricho sont dans la Torah des Prophètes. Ce que les fouilles ne trouvent pas, ce sont des murailles ; elles ne trouvent pas non plus la voix qui parlait à Moïse. Nous ne mesurons pas la parole de Dieu avec une truelle.

Hassidisme

Le hassidisme lit la conquête comme celle de soi-même : Jéricho est fermée « et personne n’en sort ni n’y entre » (Jos 6,1), comme un cœur clos, et ses murailles tombent au son du chofar, non par la force. La terre à conquérir est intérieure ; le récit enseigne comment.

Massorti

Historiquement, il n’y a pas eu de conquête militaire du type décrit par Josué : Israël émerge en Canaan, dans la montagne, à partir de populations locales et peut-être de groupes venus d’ailleurs, et le récit de Josué est une construction de l’époque royale, probablement de Josias, qui projette dans le passé un programme de possession totale. Le judaïsme massorti tient ce résultat pour solide, et il lit Josué comme un texte sur ce qu’Israël devait être, non sur ce qu’il fut.

Réformé et libéral

Le judaïsme réformé accepte la lecture historique et s’en trouve soulagé : les ordres d’extermination de Josué, qui ont servi à justifier des conquêtes chrétiennes puis d’autres, ne décrivent pas un événement mais un idéal deutéronomiste que les Juges contredisent déjà. Il retient que le pays a été un lieu de coexistence dès l’origine, et il tire de cette lecture des conséquences pour le présent.

Monde séfarade et mizrahi

Les sources séfarades — Abravanel en tête — ont lu Josué avec l’attention d’hommes qui avaient vu des royaumes se prendre et se perdre : Abravanel, ministre de rois, s’interroge sur la stratégie, les traités, la logistique du récit. Cette lecture politique et réaliste, antérieure à l’archéologie, a déjà relevé les tensions entre Josué et Juges. La question n’a pas été inventée par les fouilles.

Où en est la discussion

Le récit et l’archéologie ne coïncident pas, et la tradition le savait en partie. La voix classique rappelle que Josué lui-même dit la conquête inachevée. L’orthodoxie moderne précise la portée du récit et admet le problème de Jéricho. La voix haredi sépare la parole et la truelle. Le hassidisme lit une conquête intérieure. La voix massorti tient l’émergence interne et la construction joséenne pour établies. La voix réformée s’en trouve soulagée. La voix séfarade rappelle la lecture politique d’Abravanel. Justin reconnaît que le récit a servi des conquêtes chrétiennes.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Cinq pistes formulées de manière falsifiable.

H1. Josué et Juges 1

  • Doctorat
  • Exégèse
  • 3-4 ans

Hypothèse. Juges 1 conserve une tradition de conquête tribale antérieure à Josué, et non une correction postérieure de celui-ci, ce que montrent sa terminologie et sa liste de villes non prises.

État de la question
Les deux hypothèses sont défendues.
Corpus
Jos 1-12 ; 13,1-6 ; Jg 1 ; parallèles Jos 15,13-19 / Jg 1,10-15.
Méthode
Analyse littéraire et comparaison des doublets.

Ce qui la réfuterait : Une dépendance littéraire de Jg 1 envers Josué.

H2. Hatsor au XIIIe siècle

  • Master
  • Archéologie
  • 12-18 mois

Hypothèse. La destruction de Hatsor (strate XIII) est datable du milieu du XIIIe siècle et présente des traces de destruction délibérée des statues de culte, compatibles avec une destruction par des groupes hostiles au culte cananéen.

État de la question
Les fouilles de Ben-Tor l’indiquent ; l’identité des destructeurs est discutée.
Corpus
Rapports de fouilles de Hatsor (Yadin, Ben-Tor) ; Jos 11 ; Jg 4.
Méthode
Analyse stratigraphique et des traces de destruction.

Ce qui la réfuterait : Une datation postérieure à 1200 ou une destruction accidentelle.

H3. L’extension de Jérusalem au VIIIe siècle

  • Doctorat
  • Archéologie
  • 3-4 ans

Hypothèse. L’accroissement de Jérusalem sur la colline occidentale est concentré entre 722 et 701 et résulte de l’afflux de réfugiés du Nord, ce que montrent la céramique et les noms des sceaux.

État de la question
La thèse de Broshi (1974) est influente et discutée (Na’aman).
Corpus
Fouilles du quartier juif et de la Cité de David ; sceaux et bulles ; 2 R 18 ; 2 Ch 30.
Méthode
Analyse de la croissance urbaine et de l’onomastique.

Ce qui la réfuterait : Une croissance graduelle commencée avant 722.

H4. Les tablettes d’al-Yahoudou

  • Master
  • Assyriologie
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les Judéens des tablettes d’al-Yahoudou conservent des noms yahvistes sur trois générations dans une proportion supérieure aux autres groupes déportés, ce qui atteste une identité maintenue en exil.

État de la question
Le corpus est publié depuis 2014 ; les comparaisons sont en cours.
Corpus
Tablettes d’al-Yahoudou (Pearce et Wunsch) ; archives Murashu de Nippour ; onomastique comparée.
Méthode
Analyse onomastique statistique.

Ce qui la réfuterait : Une proportion comparable aux autres groupes.

H5. Les hauts lieux de Josias

  • Doctorat
  • Histoire / archéologie
  • 3-4 ans

Hypothèse. La réforme de Josias (2 R 23) a laissé des traces archéologiques identifiables dans les sanctuaires provinciaux de Juda — Arad, Beer-Sheva —, dont les autels ont été démontés à la fin du VIIe siècle.

État de la question
La datation des démantèlements d’Arad et de Beer-Sheva est discutée (Ézéchias ou Josias).
Corpus
Fouilles d’Arad et de Beer-Sheva ; 2 R 18,4 ; 23 ; 2 Ch 31.
Méthode
Datation stratigraphique des démantèlements.

Ce qui la réfuterait : Des démantèlements antérieurs à Josias.

Bibliographie sélective

Ouvrages de référence

  • Finkelstein, Israel, et Neil Asher Silberman. La Bible dévoilée. Paris : Bayard, 2002.
  • Dever, William G. Who Were the Early Israelites and Where Did They Come From? Grand Rapids : Eerdmans, 2003.
  • Rainey, Anson F., et R. Steven Notley. The Sacred Bridge. Jérusalem : Carta, 2006.

Études

  • Na’aman, Nadav. « The Conquest of Canaan in the Book of Joshua and in History ». Dans From Nomadism to Monarchy. Jérusalem : Yad Ben-Zvi, 1994.
  • Pearce, Laurie E., et Cornelia Wunsch. Documents of Judean Exiles and West Semites in Babylonia. Bethesda : CDL Press, 2014.
  • Broshi, Magen. « The Expansion of Jerusalem in the Reigns of Hezekiah and Manasseh ». IEJ 24 (1974) : 21-26.
  • Römer, Thomas. La première histoire d’Israël : l’école deutéronomiste à l’œuvre. Genève : Labor et Fides, 2007.

Voir aussi

Dernière révision de cette page : .

Comment citer cette page

« Les Prophètes : le pays et ses royaumes », Judaica Comparata, révision du 24 septembre 2026, <https://www.etude-judaica.ch/modules/geographie-neviim.html>, consulté le 24 septembre 2026.

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